mardi, 11 juillet 2006
Envie profonde
La FNAC publie son magazine gratuit appelé EPOK, sorte d'exposé ludique du prêt à consommer pour technoloïques en manque ainsi que de vitrine pour le prêt à penser de notre époque (sans K, comme Culture !). Bref, du publi-reportage pour vendre et encore vendre.
Il s'y trouve des petites perles qu'il faut savourer comme telles, comme le parfum d'un temps édénique auquel nous aspirons encore et toujours. Ainsi, dans son numéro de la semaine du 7 juillet se trouve tout un dossier sur les mobiles (les téléphones, pas les jouets pendus au plafond). A la page 5, je tombe sur les petites interviews des célébrités éphémères de ce temps, auxquelles le magazine demande de témoigner sur ce petit outil indispensable qu'est devenu le téléphone mobile. L'une d'elle est Mareva Galanter, dont je sais maintenant qu'elle fut Miss France en 1999 puis animatrice télé.
Voici ses propos : "J'ai un motorola, un portable ultramoderne avec plein de fonctions : musique, photos, vidéo... Mais je ne me sers de rien du tout, je ne me suis jamais connecté au wap. Je suis inapte. Je pourrais avoir un vieux dinosaure, ce serait pareil. Ca m'énerve de recevoir des textos écrits en abrégé : je suis obligée de les lire quatre fois, à haute voix, avant de comprendre. J'ai l'impression d'être une mamie. Quand j'étais ado, au lycée, je pensais qu'avoir un portable, c'était un accomplissement dans sa vie. Je me souviens de cette envie profonde, qui est très vite retombée quand j'en ai eu un."
Rassurons la belle Mareva : elle n'est pas une mamie gâteuse, elle est normale et tout simplement rétive à la course technologique qui transforme chaque individu en consommateur effréné, à la poursuite de l'objet qui pourra lui donner un succédané de position sociale. Qui la voiture, qui l'échelon hierarchique, qui l'invitation spéciale dans telle ou telle soirée côtée, qui le fait de se pavaner de connaître telle ou telle célébrité : chacun a ses manies, ses envies, son caractère. Les réactions de Mareva sont donc perfaitement normales.
Ce qui me frappe le plus est sa conclusion, sorte de bilan sans illusions sur le fonctionnement de ce monde : "Je me souviens de cette envie profonde, qui est très vite retombée quand j'en ai eu un". Le monde fonctionne sur l'envie, la possession, l'AVOIR, alors que les relations entre les êtres, visibles et invisibles, temporels et éternels, fonctionnent sur l'ETRE. L'AVOIR est infini, comme l'ETRE mais les plus grandes personnes sont celles qui ont pû maîtriser le désir de possession au profit de la rencontre.
Quand le Christ dit qu'il sera plus difficile à un riche d'entrer au royaume des cieux que pour un chameau de passer par le chas d'une aiguille, il ne dit qu'une vérité éternelle qui s'applique à tous les hommes de toutes les époques. La nôtre, engluée dans un matérialisme sordide, ne déroge certainement pas à la règle. Elle en est au contraire le plus criant reflet.
La différence avec les temps passés est qu'avant, les gens savaient que le message judéo-chrétien prônait l'assouvissement du seul désir de l'Homme, c'est- à dire une rencontre coeur à coeur avec la sagesse éternelle (avec la sagesse éternelle, pas avec l'église visible d'un clergé chaotique), la Trinité des personnes qui mène sa giration d'amour. Aujourd'hui, nous ne le savons plus et l'envie ne se calme qu'avec une dose d'AVOIR toujours plus forte. Et cela retombe très vite.
Coupons l'être humain de la transcendance et il devient un lombric soumis à toutes ses envies. Il faut AVOIR, bien sûr, c'est essentiel pour les activités humaines, mais il faut aussi surtout ETRE.
Peut-être notre époque a-t-elle résolu la question de Hamlet "to be or not to be" en choisissant de ne plus être. Les propos de Mareva me disent simplement que ce n'est pas aussi simple.
17:20 Publié dans Chrétiens | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : christianisme, Mareva Galanter
lundi, 10 juillet 2006
Rome, ville éternelle
Qui dira le choc produit par la vue des ruines de la Rome antique ? Ce sont des photos mille fois vues et pourtant mille fois loin de la réalité. Fouler du pied le forum romain et imaginer les générations qui sont passées là donne un certain vertige.
Qui dira le choc devant l'ampleur des thermes de Caracalla, réduites à des ruines majestueuses qui impressionnent par leur volume et leur qualité ?
Rome se résume à mes yeux de touriste rapide à ces deux vues. La basilique Saint-Pierre n'a pas eu la chance de me convertir à la grâce du baroque, trop compliqué à mes yeux de cistercien convaincu. La colonnade du Bernin est tout simplement magique et aérienne quand la basilique est pataude et boursouflée.
La ville de Rome ? Rien d'éternel par contre. Des rues bruyantes, sales, des immeubles lépreux, des quartiers jonchés de merveilles architecturales, comme des diamants bruts dans une gangue de charbon. Une chaleur étouffante prenant à la gorge, le vrombissement incessant des Vespa, le hurlement continuel et inutile des ambulances (trafic fluide en permanence), des fontaines magiques disséminées un peu partout, des glaces à déguster qui se terminent trop vite, la gentillesse et l'exhubérance des romains, surtout un soir de demi-finale de la Coupe du monde de football.
Le Vatican ? Pas vu et pas trop envie de voir avec deux jeunes enfants sur les bras. Des défilés de prêtres en soutane, sérieux comme des fonctionnaires de Bercy, pressés comme des hommes d'affaire de la Défense. Je n'ai rien vu de ma foi dans le peu que j'ai vu. L'Eglise visible sera toujours en dessous de ce qu'elle doit être, ce reflet du coeur du Christ.
Le pélerinage se réduisit à un grand merci dit sur la tombe de Jean-Paul II. C'était à mes yeux une chose essentielle à faire en cette ville.
17:41 | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Rome
mardi, 27 juin 2006
De l'incarnation
S'étalant en 4mx3 sur les murs du métro, une photo d'un téléphone mobile du dernier cri avec ce slogan : "Imaginez la beauté incarnée". Rien de plus banal que cette surenchère des superlatifs pour des produits qui seront passés de mode dans six mois. Après tout, c'est la règle du jeu de ce monde voué à l'éphémère et il faut rester indulgent et charitable envers les benêts qui salivent à la vue d'une vulgaire mécanique, sophistiquée certes, mais vulgaire mécanique tout de même.
Ce qui m'a le plus interloqué, comme chrétien, c'est encore l'utilisation des concepts de la foi que je professe pour vendre un produit. A défaut de reconnaître ses racines chrétiennes, la société française pille son inconscient.
Si on me demandait à brûle-pourpoint ce que je peux imaginer comme "beauté incarnée", je répondrais : Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme... et par lui tout a été fait !
C'est le vrai sens d'incarner, "qui vient dans la chair". Rien à voir avec des composants électroniques assemblés par des robots sophistiqués.
Alors, qui est comme Dieu ? Quis ut Deus, Mi Ka El ? Certainement pas cette petite mécanique de poche. L'utilisation du concept même d'incarnation rend compte de l'incroyable dégradation de la mystique dans une société qui se prosterne devant le premier veau d'or venu.
Incarnation de la beauté, avons-nous dit ? Peut-être pouvons-nous dès lors réciter cette prière si ancienne qu'est l'angelus dans laquelle se trouvent ces deux versets tirés du prologue de l'évangile de Jean, et qui me font toujours frémir :
Et le verbe s'est fait chair
Et il a habité parmi nous
22:35 Publié dans Chrétiens | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : christianisme, incarnation
jeudi, 22 juin 2006
Anti-football pride
Fier ! Oui, je suis assez fier d'avoir réussi à n'écouter aucune émission de radio sur le football, de n'avoir lu aucun article sur la coupe du monde, de n'avoir vu aucun match de cette coupe du monde dont on nous rabat les oreilles. La puissance de feu médiatique orchestrée pour cet évènement de la mondialisation heureuse n'a eu aucun effet sur moi. Absolument aucun. Je me suis même offert le luxe d'acheter une TV écran plat grand format et de demander la livraison exprèssement APRES la coupe du monde, histoire de voir autre chose que de la pelouse avec vingt-deux types qui cavalent après la baballe (et pas dans le même sens parait-il !).
Oui, il est possible de résister à l'offensive.
Ce que je fais de mes soirées ? J'ai décidé hardiment de m'offrir les classiques de la littérature latine. En ce moment, c'est le grand Virgile qui s'occupe de me distraire avec ses Bucoliques.
"Incipe, parve puer, risu cognoscere matrem :
Matri longa decem tulerunt fastidia menses.
Incipe, parve puer : qui non risere parenti,
Nec deus hunc mensa, dea nec dignata cubili est."
"Commence, petit enfant, à reconnaître ta mère en souriant, ta mère qui supporta dix mois de longs dégoûts.
Commence, petit enfant ; celui qui n'a pas souri à sa mère n'est jugé digne, ni de la table d'un dieu, ni de la couche d'une déesse" - Les Bucoliques, IV - Pollion.
C'est mieux que de brailler devant un écran en mangeant des pizzas, non ?
22:35 Publié dans Le monde à l'envers | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Football, Virgile
lundi, 19 juin 2006
Rebatet, la lumière et l'ombre
Je viens de terminer, terrassé, "les deux étendards" de Lucien Rebatet. La fin n'est pas heureuse, laisse un sentiment d'inachevé et de gâchis mais, au milieu de cette boue se dégage l'aventure amoureuse unique de Régis, Michel et Anne-Marie. Anne-Marie, surtout, l'admirable figure dont le filigrane illumine ce roman magique, est un hymne à la féminité la plus tendre et la plus sauvage.
Rebatet n'a jamais pû aller au-delà de ce roman. Il ne le pouvait plus. Avoir tout donné comme cela, dans ce style qui arrache les tripes, est tout simplement fabuleux. Pour me tenir en haleine durant 1300 pages dans un roman qui ne parle que d'amour de la première à le dernière page, il faut avoir un talent énorme, disproportionné.
Au-delà du personnage glauque de Lucien Rebatet, son style est prodigieux. Mais quel anti-clérical, quelle charge virulente contre l'Eglise et le catholicisme... et quel roman chrétien parlant de l'amour le plus brûlant, à travers ses phases spirituelles puis extrêmement charnelles et érotiques. L'être humain dans toute sa démesure de passion entre le ciel et la terre, les deux étendards, au milieu duquel flotte la figure féminine.
Répètons-le avec nos pauvres mots dérisoires : un maître roman du XXème siècle, trop méconnu.
22:40 Publié dans Lectures | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Rebatet, roman d'amour, christianisme, anti-cléricalisme

