jeudi, 23 novembre 2006
Spiritualiser la technique : pour une théologie du repassage !
Dans son blog CaelumEtTerra, Philippe Maxence s'interroge sur le rapport avec la technicité, dans la mesure ou celle-ci (en particulier dans le mode de vie occidental) peut nous faire oublier nos racines spirituelles. La tentation serait donc forte de renoncer à la technique pour conserver ce qui nous semble le plus précieux, c'est à dire notre rapport avec le Christ. C'est sans doute dans cette voie que se sont inscrits quelques mouvements, par ailleurs très proches des mouvements prônant la décroissance ou l'écologisme radical.
Il est toujours possible d'avoir la tentation de Venise, en effet. Cependant, la réalité du mode de vie occidental s'impose à nous. Nous sommes nés dans cet environnement, nous y avons été nourris, nous y évoluons, nous sommes soumis aux mêmes stimulis que les autres personnes. De même que Jésus n'a pas renié sa condition d'homme pour se réfugier dans sa divinité (Cf la tentation au désert et Géthsémani), de même nous ne pouvons renoncer à être ce que nous sommes dans le milieu où nous sommes nés. Dès lors que nous sommes dans un cadre donné, il faut que ce cadre devienne le champ (chant) de la grâce. La réalité n'est pas à éliminer mais à sanctifier.
Je me souviens de cette réflexion entendue un jour, il y a fort longtemps d'un prêtre qui disait que le chrétien pouvait prier partout, y compris devant un mur de béton brut recouvert de graffitis. Ce prêtre avait parfaitement raison car il considérait le cadre du monde comme une contrainte qui ne pouvait que nous inciter à nous élever. C'est le champ d'action qui s'ouvre devant nous et que nous devons parcourir avec toutes nos faiblesses, hésitations, renoncements mais aussi avec notre tenacité, notre persistance et avec la certitude de la foi.
Alors c'est bien joli tout cela, mais en quoi cela me concerne-t-il dans "ma vie de tous les jours" ? Ben oui, ma brave dame, c'est pas tout, mais j'ai une bonne pile de linge qui m'attend !
C'est justement cela, la sanctification du réel. Quiconque m'observerait de l'extérieur penché sur ma table à repassage considérerait que non seulement je fais un travail complétement idiot et répétitif, mais qu'en plus cela me vide la tête. Jugement téméraire à tout le moins car la réalité intime est tout à fait différente.
- le cadre du repassage s'impose à moi. Je l'accepte car il faut que toute la famille ait des vêtements corrects.
- la tâche n'est pas idiote puisqu'il y a une finalité pratique indéniable
- elle n'est pas non plus idiote car tout en repassant, je peux utiliser ma tête à autre chose. Je pourrais regarder la télévision, ce que je fais de temps à autre, mais je peux aussi prier ou méditer sur un texte.
- je me confronte à la réalité de la matière. Dans un environnement social et professionnel de plus en plus virtuel où la gestion des savoirs et des réseaux sociaux devient plus important que la réalisation technique, ce retour à la matière brute qui résiste permet de trouver un équilibre.
Vous me direz que j'expose une vision idyllique de cette activité et que la réalité sociale est autrement différente. C'est vrai. Je ne me permet cette reflexion que parce que j'ai la liberté du choix alors que pour beaucoup de femmes, c'est une contrainte sociale dont elles peuvent difficilement s'affranchir.
En tant qu'homme, la réalisation des tâches domestiques fait partie de la réalisation du devoir d'état inhérent à chaque couple. Les contraintes doivent être partagées, sur la base d'un contrat tacite. Ce n'est d'ailleurs ni plus ni moins que ce qu'énonce le Code Civil (art 214).
C'est aussi plus que cela car la répétition incessante des piles de linge, trois fois par semaine, est comme une route qui se prolonge sous mes pas. C'est mon pélerinage immobile. Il faut considérer selon l'image véhiculée par la tradition chrétienne, que nous sommes juste des pélerins sur cette terre, en route vers la Jérusalem céleste. Dans mes activités quotidiennes, je n'ai pas les belles bannières au vent, les oriflammes, les chants de groupe et les petits scouts qui font le service d'ordre. Je n'ai pas à mes côtés les dames patronesses en jupes plissées bleu marine et corsage blanc. Je n'ai pas les fanas du chapelet levant au ciel des yeux extatiques. Tout cela tient lieu des images d'Epinal. Dans mon pélerinage, mon pauvre pélerinage quotidien, dans lequel j'embarque bon gré mal gré ma famille, j'ai une pile de linge, une machine fumante et brûlante, et une table pliante. C'est ma cellule et mon cloître dans ce monastère étendu à l'échelle du monde. Et j'emmène le monde collé à mes pieds et mes mains vers le Christ.
20:00 Publié dans Chrétiens | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Christianisme, Devoir d'état, Prière, Sanctification
mercredi, 22 novembre 2006
Borat ou la mise en abymes
Avouons-le franchement : j'en ai encore les zygomatiques frétillants ce matin. Le Film Borat est un excellent dérideur, à condition toutefois de ne vraiment pas le prendre au premier degré. L'outrance et la vulgarité sont les maîtres mots de ce film mais, à travers l'excès et le côté burlesque "extrême", il échappe à la lourdeur si inhérente à un certain type de films comiques. Car Borat s'inscrit dans la lignée des comiques burlesques, rejoignant par là la grande époque du cinéma muet, en même temps que le film d'opinion. Loin du côté moralisateur de Michaël Moore, trop sérieux dans sa critique de l'Amérique, Borat met les rieurs de son côté.
Et les Américains ont fait une ovation au film, ce qui prouve que cette société a tout de même une faculté certaine à l'auto-dérision. Là où cela devient interessant, c'est quand les critiques français annoncent "urbi et orbi" que ce film est un remède contre la pensée unique. Ces critiques étant eux-mêmes les fournisseurs de la pensée unique, serait-on capable de produire un tel film sur la société française, sans voir se mettre en branle toutes les sociétés de vertu républicaines ? Oh, bien sûr, il serait très facile de pourfendre les marroniers que sont "l'extrême droite" et les "intégristes" catholiques mais serait-on assez hardi pour tailler des croupières à l'Islam, à l'immigration, à la société bobo-médiatique, à l'Art Contemporain sans que ceux qui en font partie s'en offusquent alors qu'ils manifestent à longueur d'année sur la "liberté d'expression" ? Pourrait-on faire un tel film sans voir débarquer la Halde, la Licra, le Mrap, SOS Racisme, j'en passe et des meilleurs ? Je ne suis pas sûr de la réponse.
Borat est excessif, soit, mais il fait rire et ce rire est la meilleure "arme" pour parler de sujets et, in fine, sans doute rapprocher les personnes. On en vient à souhaiter un voyage de Borat dans l'exception française. La mise en abymes deviendrait vertigineuse.
07:25 Publié dans Idéologies | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Borat, Exception culturelle, Cinéma
lundi, 20 novembre 2006
Les balises du Iaboc
Voici une série de textes qui m'ont paru important à signaler comme autant de balises ou d'amers pour pouvoir naviguer dans un monde contemporain particulièrement dépourvu de repères :
Jean-Paul II : Les droits des nations
Jean-Paul II : Exhortation apostolique "Ecclesia in Europa"
Jean-Paul II : Les sentinelles du matin
Jean-Paul II : Les trois co-patronnes de l'Europe
Alain de BENOIST : 25 réflexions sur le totalitarisme au XXème siècle
Bernard de CASTERA : Douze degrés d'humilité dans un usage de l'intelligence face au réel
Eugenio CORTI : Le communisme n'a pas disparu
Gérard DEFOIS : Jean-Paul II, la France et le droit des nations
Elie FAURE : Vertu de l'Occident
Vaclav HAVEL : L'identité nationale et le grand large
Henri HUDE : La dérive idéologique de la démocratie
Roland HUREAUX : Les 27 critères de l'idéologie
Edouard HUSSON : Retrouver l'esprit d'Helsinki
Joseph JOBLIN : Euthanasie - l'Occident à la croisée des chemins
John MAJOR : L'avenir de l'Europe
Georges MATHIEU : L'Europe de la culture
Ernest RENAN : Qu'est-ce qu'une nation ?
Jean-François REVEL : La grande parade
Michel SCHOOYANS : l'ONU et les nouveaux droits de l'homme
Jean VAGUE : L'aurore sur le gué du Iaboc
Alexandre ZINOVIEV : Pourquoi je rentre en Russie
La lettre d'Amérique : Les raisons d'un combat - Lettre d'Amérique
Le manifeste Atlantide-Europe : Manifeste Atlantide-Europe
15:50 | Lien permanent | Envoyer cette note
La mort et la beauté
Il m'arrive de penser à la mort, même d'y penser régulièrement. L'époque de la Toussaint, du jour des défunts, favorise cet état d'esprit où l'on réfléchit sur les fins dernières.
L'expression "fins dernières" vise non pas la mort mais l'état après la mort car toute reflexion sur la mort entraîne ipso facto un questionnement sur ma propre identité. La mort est le miroir qui renvoie notre propre identite. C'est un lieu commun de la littérature.
La mort est vue traditionnellement comme un passage. Je me demande également dans quelle mesure elle ne peut pas être prise comme une protection créée par Dieu pour sauvegarder notre liberté. Imaginez un instant d'être, dans l'état où nous sommes, faca à face avec Dieu, avec la beauté totale, absolue, avec la force et la puissance, avec la miséricorde et l'amour. Demandez-vous simplement si vous pourriez résister à ce regard qui se pose sur vous.
Pour ma part, j'aurais l'impression d'éclater, de voler en éclat, de me faire pulvériser. Il ne faut pas moins que la barrière de la mort pour protéger mon regard de la beauté fulgurante de Dieu. La mort est une création de sagesse. A nous de l'apprivoiser et de nous préparer à la rencontre qui va bouleverser ... notre vie !
09:05 Publié dans Chrétiens | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Christianisme, Mort, Dieu
Visez la Croix
Entendu ce matin sur le canal Europe 1 la nouvelle campagne de promotion du journal "La Croix".
Après la promotion vantant que le journal est tout beau, tout propre et qu'il fait bien comprendre comme il faut le monde de dingue qui nous entoure, vient le moment du slogan récapitulant la philosophie générale du quotidien.
Chrétiens, accrochez-vous : " VISEZ LA CROIX". J'espère avoir bien entendu car cela aurait pu être "Lisez la Croix" mais si j'ai sursauté, c'est parce que j'ai l'impression qu'il n'y a pas d'erreur (ou alors il faut revoir le message)
Dans le sens commun, viser est très fortement connoté "militaire". Le Trésor de la Langue française nous rappelle que viser , c'est "diriger son regard avec attention sur quelqu'un, quelque chose pour chercher à l'atteindre, notamment en lançant un projectile, en assénant un coup ou pour l'ajuster en pointant une arme ou un appareil optique".
Les autres définitions sont :
1- Diriger et fixer son regard, un objet, une arme vers l'objectif à atteindre
2- Regarder, fixer intensément, examiner quelqu'un, quelque chose
3- Avoir en vue, faire allusion à ; Chercher à atteindre, à obtenir par son action
4- S'adresser à quelqu'un, concerner quelqu'un avec une intention hostile, une attaque, une critique
Bref, le contexte n'est pas à la contemplation sereine de l'instrument de supplice de Jésus, ni de l'explicitation de l'actualité au regard du Mystère chrétien. Un double sens qui peut nuire au message de clarté que veut lancer le quotidien.
... Enfin, si cela avait été "visez la Synagogue" ou "visez le minaret", cela aurait été très certainement plus explicite pour beaucoup !
A quand une plainte pour christianophobie ?
08:55 Publié dans Le monde à l'envers | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Christianisme, Christianophobie

