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iaboc - Page 2

  • Lecture du livre : Les dames de nage – Bernard Giraudeau

    Les dames de nage – Bernard Giraudeau.jpg Une leçon de vie sans morale à la fin, sans ambition d’être universel, sans autre vocation que celle d’expliquer, d’écrire et de parler au monde dans l’intimité d’un tracé d’encre : C’est un peu l’invitation au voyage d’un Bernard Giraudeau qui s’efface pour laisser parler son personnage dans « Les dames de nage », un roman des histoires tristes et des amours sans réponses.

    Est-ce ce résumé un peu trop porté sur le marin qui erre de port en port, ou cette couverture où se languit une nudité à peine voilée ? Les dames de nage portent à confusion – Il n’en est rien. Ce qui est célébré ici n’est pas les amours d’un soir ou la beauté de la femme inaccessible, c’est la recherche de soi, du bonheur et les histoires tristes des gens qui vont et viennent, sans racines, ballottés dans la tempête de leur vie inégale – C’est l’amour des femmes, de tout âge, de toutes nationalités, de l’humanité aussi, comme des paysages et des contrées que l’on arpente, les yeux secs.

    Le marin de cette histoire est chacun d’entre nous, celui qui se cherche et qui poursuit des chimères, des souvenirs, une odeur, le satin d’une peau – Et qui se perd à courir le monde à sa recherche. Touchant, fragile, aveugle aussi, il frôle les vies des autres et concentré sur leur histoire, cherchant à capter les mouvements de leur âme dans l’optique de la caméra qui le suit sans cesse et le précède même, cherche à leur trouver un sens. Pourtant, c’est une vie qu’il leur invente, un sens qu’il veut leur donner, comme il poursuit dans la poussière le mirage de se trouver lui-même.

    Jo et l’Afrique, Amélie et l’Europe, Marcia et l’Amérique du Sud, Croyance, Mama, Camille, Marguerite… Des femmes et trois amis, Marc, personnage principal de cette aventure, Michel, qui s’oubliera par amour, et Diego le déraciné - Ils vont se réconforter, se soutenir, se comprendre, avancer… Et s’arrêter parfois, au bord de la route.

    Les amours dans lesquels il se noie avec délice, les cheveux dans lesquels il glisse ses mains et son cœur qui s’attache parfois aux corps dans lesquels il s’emmêle font de Marc, ex-marin originaire de La Rochelle qui filme la vie qu’il n’a pas le temps de vivre, un personnage si proche et si intime qu’on se fond dans ces récits qui se suivent à la façon de nouvelles. L’Homme à la poursuite de lui-même y trouve quelques réponses, quelques sourires, quelques larmes aussi – Car la plume de Bernard Giraudeau est salée comme les pleurs, l’océan, et la sueur qui goute des corps alanguis.

    Les dames de nage est un conte magnifique sur l’humanité, le désir et l’amour qu’un homme peut porter aux femmes, qui sont toute sa vie. Une invitation à la profondeur de l’être dans laquelle on aime à se noyer, à se laisser porter, à couler jusqu’au sol sablonneux des abysses de soi et des autres.

    Les dames de nage, Bernard Giraudeau, p. , 17€ aux éditions Métailié (6,50 € en poche). Prix des lecteurs de l’Express, juillet 2007.

  • Impardonnables de Philippe Djian : fin de critique

    Bref, une fois encore chez Djian, la vie ne fait pas de cadeau. Les personnages en sortent-ils toujours grandis ? On ne sait pas vraiment, mais le lecteur, lui, tire toujours quelque chose de ces histoires pleines d'images fulgurantes, de pureté et de violence. Le roman de Djian parle des imprévus de la vie, de ces fossés qui se creusent sans prévenir, même sous les pieds les mieux établis. Il parle aussi du fardeau de la génération précédente, celle des cinquante-soixante ans, obliger de gérer de plus en plus tard, la vie de hordes d'adulescents irresponsables, leurs enfants, égoïstes, égocentriques, capricieux et gâtés.

    Le combat quotidien

    Impardonnables dit aussi la nécessité de se protéger, à un certain moment, dans un monde de plus en plus chaotique et imprévisible. Car au-delà du style - rhétorique chère à l'auteur que l'écrivain brandit régulièrement pour se protéger - Djian est aussi un écrivain à idées. Les petits riens auscultés à la loupe sont ici autant de tableaux qui parlent de notre époque tourmentée.

    L'histoire du roman, elle, se joue comme souvent chez Djian en coulisses, dans les trous du récit. Entre les chapitres. Ce qui n'est pas dit en révèle bien plus que ce qui est écrit noir sur blanc. C'est tout l'art de l'ellipse dont use et abuse ce grand écrivain français. A la manière d'un Raymond Carver, d'un Bukowski ou d'un Martin Suter, Philippe Djian tend à démontrer ce que la vie au quotidien peut avoir d'extraordinaire. Combien elle contient de trésors, de moments qu'ils faut savoir capter, garder et protéger faute de passer à côté de l'essentiel. C'est, encore une fois, la leçon inestimable de Philippe Djian. Et elle vaut pour toutes les générations.

    Philippe Djian, Impardonnables, Gallimard, 2009.

  • Retour sur Impardonnables de Philippe Djian

    A soixante ans, Philippe Djian poursuit sa quête du satori littéraire. En gardant à l'esprit, toujours, deux maîtres mots qui doivent mener son lecteur à l'illumination : discipline et légèreté. Impardonnables, son seizième roman, qui fait suite à la série Doggy bag, en fait une nouvelle fois l'éclatante démonstration.

     

    Ses lecteurs le savent bien, il y a quelque chose dans l'écriture de Philippe Djian qui rapproche l'écrivain d'une tradition littéraire asiatique. Un minimalisme, une économie, qui le différencient des autres et rendent singulières chacune de ses oeuvres. Djian élague, il ne s'embarrasse pas de superflu. Chacune de ses phrases vibre et brille comme la lame d'un katana. Son écriture à la fois concentrée et poétique cache mal sa puissance sous des airs faussement humbles. Rusé, Djian utilise la sensibilité de son lecteur à la manière du moine shaolin roué, qui use de la force de son adversaire pour arriver à ses fins.

     

    A force d'ellipses et de coq-à-l'âne soigneusement amenés, Djian déstabilise son lecteur pour mieux le captiver. Finalement, l'auteur finit toujours par nous emmener là où il veut. Si son style gagne en épure au fil du temps, il n'a pas perdu de sa force, ni de son originalité. Ces deux qualités, l'écrivain les doit également à une philosophie proche de la pensée asiatique : une volonté d'accorder ses mots à sa pensée, une prise de distance avec le monde, une manière de savourer les petites joies quotidiennes qui aident à supporter les peines, et un humour désabusé, parfois nihiliste, totalement unique dans le champ des lettres françaises.

    Faute avouée n'est pas pardonnée

    Au contraire de Liz Wagstaff, Il nous est ordonné de pardonner à nos ennemis, mais il n'est écrit nulle part que nous devons pardonner à nos amis, disait Cosme de Medicis. Dans Impardonnables, c'est avec l'expérience de la soixantaine que Francis, son personnage principal, écrivain à succès sur le retour, se voit forcer d'affronter les divers épreuves que la vie semble soudain vouloir lui imposer. Epreuves qu'il doit toutes à sa famille ou à ses proches. C'est la disparition de sa fille tout d'abord, seule rescapée d'un terrible accident qui a coûté la vie à sa femme et à son autre fille. Les escapades de plus en plus fréquentes et de plus en plus longues de sa seconde femme, ensuite. Enfin, les relations conflictuelles qu'il entretient malgré lui avec le fils déséquilibré d'une vieille amie. Amie elle-même gravement malade.

     

    à suivre ...