jeudi, 12 janvier 2006
Eugenio CORTI : La plupart ne reviendront pas
Eugenio CORTI : La plupart ne reviendront pas
Une armée ainsi dans la nuit se perdait
Le survivant d’une catastrophe se demande toujours ce qui lui vaut la grâce d’être vivant alors que tous ou presque sont morts. Hasard ou Providence, le sens à donner ne paraît pas immédiatement. Cependant, si l’événement catastrophique a eu lieu durant la jeunesse, il peut éclairer la vie entière d’une lumière totalement différente de celle que l’on imaginait. C’est ce qui est arrivé au jeune lieutenant Corti, âgé de 21 ans, lorsqu’il a réchappé de la poche dans laquelle l’Armée Rouge avait enfermé les corps d’armée allemands et italiens en décembre 1942, sur les rives du Don. L’effroyable, inhumaine et ahurissante retraite qui s'ensuivit alors rappelle pour beaucoup la débandade napoléonienne au cours de laquelle les armées impériales quittèrent le sol russe en laissant derrière elles un sillage de cadavres. 130 ans après l’aventure de l’Empereur, une nouvelle retraite se rééditait dans les mêmes conditions climatiques, dans la même urgence militaire. En décembre 1942, sur les trente mille italiens pris au piège dans la poche, quatre mille seulement sortirent de l’enfer au bout d’un mois, souvent à la lisière de la mort. Il nous revient alors en mémoire les vers de Victor Hugo sur la Retraite de Russie, si illustrateurs et évocateurs : "Il neigeait, on était vaincu par sa conquête" nous dit le poète, ajoutant "Après la plaine blanche, une autre plaine blanche", faisant "Pour cette immense armée un immense linceul". La Russie vue par le lieutenant Corti, comme par Hugo, est dévorée par l’infini, a le visage grimaçant de l'hiver, happant ceux qui s’y frottent, engloutissant ceux qui s’y attardent, ne laissant qu’à contre-cœur échapper quelques vies. Prophétiquement , Hugo lui annonçait déjà : "le désert dévorait le cortège. On pouvait, à des plis qui soulevaient la neige, Voir que des régiments s'étaient endormis là … On s'endormait dix-mille, on se réveillait cent …toute une armée ainsi dans la nuit se perdait".
Après la Libération, en 1947, alors que l’aventure russe était occultée parce que marque infamante de l’épopée mussolinienne, Corti publia son livre, fruit d'une exigence morale rendue impérieuse par son retour à la vie civile. Dans une ambiance d'après-guerre désireuse de légèreté, ce fut un choc pour les italiens, mais également un salutaire exercice de mémoire. La souffrance endurée ne resterait pas oubliée par le camp vainqueur. Ce livre fut régulièrement réédité depuis en Italie, l’auteur s’attachant d'apporter à chaque édition de nouvelles précisions. Il paraît aujourd’hui pour la première fois en français. « La plupart ne reviendront pas » est, à la première lecture, le simple journal de campagne d’un officier italien sur le front russe. A la première lecture seulement ! Les lecteurs qui connaissent déjà le Cheval Rouge retrouveront en effet dans ce livre l’intégralité de l’expérience personnelle de l’auteur, engagé volontaire en Russie pour aller constater « de visu » les résultats du communisme avant, pensait-on alors, son écroulement prochain. De l’aveu propre de l’auteur, âgé de 21 ans à ce moment, la retraite de décembre 1942 fut le moment le plus pénible de son existence et l’on mesure à la fin du livre la profondeur de cet aveu. C’est un témoignage fort et de première main. Comme tout document venant des témoins direct d’un événement, il possède une énergie farouche, une douleur sourde, une sobriété intense. Fidèle au simple exposé des faits qu’il a vécu durant ces jours – ces siècles serions-nous tentés de penser - , scrupuleusement vérifiés et certifiés, l’auteur du Cheval Rouge, sans fioritures, sans digressions ni grandes phrases, nous laisse libre de l’émotion que ne manque pas de procurer la lecture de ces pages construite avec l'intensité dramatique d'une tragédie antique. Dans l’intemporalité où nous place l’auteur, malgré le décompte précis des jours qui s’écoulent, il ne nous est pas possible de prendre parti pour un camp ou pour un autre. Au cœur de la tourmente russe, les Allemands, les Italiens ou les Russes sont chacun victimes et bourreaux, chacun pris dans l’étau de la guerre, chacun pris dans une spirale de violence et de douleur qui semble ne jamais devoir prendre fin, chacun accroché à une étincelle d'humanité qu'il faudra entretenir dans la traversée de cette "saison en enfer". Pris dans ce tourbillon, le lieutenant Corti s’accroche au seul élément qui lui semble raisonnable, sa foi. Et il en faut pour continuer à réciter le Rosaire par des températures qu’aucune bête n’affronterait volontairement, pour continuer à trouver des éléments d’espérance quand toute la réalité s’acharne à démontrer qu’il n’y en a plus. Et il en faut encore plus pour croire que le fléau de la guerre et les épreuves qui se sont abattues sur ces hommes est juste : "Pendant ce temps, au milieu de nous, au milieu de nos figures immobiles et penchées, sévissait le froid. Il continuait de nous faire souffrir de façon indicible. Peu à peu, je finis par ne plus me percevoir comme une individualité bien distincte, autonome : non, j'étais un atome de l'humanité qui souffrait, une toute petite partie de l'infinie douleur humaine. Je repensai à cette sensation si nettement ressentie, mais que j'ai du mal à communiquer en raison de notre tournure d'esprit individualiste : j'avais ressenti qu'au travers de moi, l'Humanité expiait ses fautes. C'était juste. Mais que c'était douloureux" . Avec ce sentiment d'expiation, l'auteur touche du doigt la grande faille humaine par laquelle s'engouffre la profonde lèpre du Mal, la haine de l’homme, laquelle fut le moteur paroxystique des deux idéologies barbares du vingtième siècle, le communisme et le nazisme. Et Corti de la montrer, de la dénoncer, mais aussi et surtout de la porter en prière silencieuse aux pieds du Seigneur.
Le témoignage d'Eugenio Corti sur l'enfer russe est d’autant plus tranchant et implacable dans ce récit qu'il ne s’épargne pas lui-même, disséquant son âme avec une lumière crue : réflexes animaux, lâcheté, manque de parole, toutes choses qui seraient inavouables dans un récit héroïque ou de propagande mais qui, ici, montrent l’envers du décor, la réalité et la complexité de la nature humaine. La guerre brouille profondément les frontières naturelles de la morale. On s'y noie ou on croît à la Providence pour garder le cap malgré tout. Ce qui taraude et perturbe les âmes des personnes peut gagner le corps social tout entier, et dans le cas présent, le corps d'armée italien qui se trouve cisaillé par les contradictions et la désorganisation, déjà endémique auparavant. Hormis concernant les régiments des chasseurs alpins, il faudrait reprendre mot à mot la description donnée par Victor Hugo de l’armée impériale : « On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau /Hier la grande armée, et maintenant troupeau /On ne distinguait plus les ailes ni le centre ». Il faut cependant bien avouer, à décharge, que les conditions dans lesquelles fut effectuée cette retraite, par –45°C de température, quasiment sans nourriture, ni armement, ni protection adaptée contre le froid, harcelé par les partisans, les katiouchas, les chars russes, les faiblesses de l’âme et la désorganisation humaine sont à relativiser. Il en ressort par un contraste saisissant que les actes désintéressés et charitables qui ont eu lieu au cours de ces 28 jours, même les moindres, envers des camarades en difficulté, placent leurs auteurs dans le camp des saints. Eugenio Corti trace quelques portraits bouleversants de ces hommes qui furent peu après happés par la guerre et le froid, échappant de justesse par sa plume à l'oubli définitif.
Par son sobre style littéraire démonstratif, l’auteur nous épargne les leçons de moralisme que l’on trouve dans ce type de récit sur l’absurdité de la guerre et la nécessité de la fraternité humaine. A l’aune de sa foi chrétienne, plus ardente encore dans ces conditions, il tire les enseignements de ce que fut, pour lui, cette "via dolorosa". Avoir trempé les pieds dans les eaux sombres de la mort fait naître chez Eugenio Corti la certitude d’être dans la main de la Providence, d’être un petit instrument d’un dessein qui le dépasse, d’être dans la situation de celui qui « clame dans le désert » cette exigence de vérité sur l’homme, cet appel d’un royaume qui ne sera plus recouvert des sanglantes scories humaines. Le témoignage qu’il rend de l’engloutissement russe est d’autant plus poignant à nos yeux qu’il est écrit comme une épitaphe de tombeau, avec ce style si minéral et épuré qui lui est propre, et que l’on retrouvera en plénitude dans le Cheval Rouge. Plus de cinquante ans après sa sortie, ce récit intemporel n’a rien perdu de sa force terrible car il fait part des expériences qui traversent le cœur et l’âme des hommes : la souffrance et l’espérance. Quand on réchappe d’une telle épreuve, on ne peut plus désormais parler et écrire qu’avec l’éternité comme horizon, et la certitude de la Miséricorde du Seigneur.
ISBN-13: 978-2877064859
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Philippe MAXENCE : Pour le réenchantement du monde - Une introduction à Chesterton
Philippe MAXENCE : Pour le réenchantement du monde - Une introduction à Chesterton
La quadrature du rond
Gilbert Keith Chesterton m’exaspère. Il est un de ces écrivains insaisissable dont l’écriture déroute, dont les raisonnements prennent des chemins muletiers sur lesquels il est difficile de le suivre. Je l’ai quitté il y a longtemps après avoir tenté vainement d’entrer dans « la sphère et la croix », du « du monde comme il ne va pas » et de « l’homme éternel », pourtant considéré par Graham Greene comme le meilleur livre écrit au XXème siècle. J’ai clos alors ses livres avec le regret de ne pas avoir la clef d’entrée de son univers. La fascination restait en même temps que l’exaspération. Il ne me restait que le désir d’y revenir. J’ai donc abordé le livre de Philippe Maxence avec l’espoir ténu d’y décrypter cet insaisissable et paradoxal auteur anglais. A dire le vrai, Chesterton ne peut être compris que si le lecteur a gardé, ou retrouvé, son esprit d’enfance, sa capacité à s’émerveiller. C’est la seule clef valable selon Maxence et il faut bien lui rendre raison sur ce point. Enfance ne veut pas dire naïveté, infantilisme, crédulité. Dans l’esprit de GKC, il s’agit d’un retournement du regard, d’une conversion, de cette capacité à percevoir le monde avec des yeux toujours neufs, restaurés dans la logique divine du septième jour. « Faire de notre regard le même regard que celui des anges devant le premier matin de la Création » dit Maxence dans un beau résumé. L’enfance selon Chesterton, c’est « le sens commun transcendantal », c’est à dire l’adhésion constante à la réalité, à l’être, à la vérité. D’où l’invitation constante du créateur du « Père Brown » lancé à l’homme moderne pour que ce dernier retrouve une vision exacte de la réalité, vision perdue à partir du moment où il s’est érigé en son propre maître, en l’horizon indépassable de sa propre pensée. Philippe Maxence analyse bien le point de départ de la pensée de Chesterton : « En tombant d’une vision théocentrique à une vision uniquement anthropocentrique, l’homme n’a pas seulement perdu ou faussé sa relation à Dieu. Il n’a pas seulement perdu ou faussé sa perception et sa relation à Dieu. Il n’a pas seulement perdu ou faussé sa perception de l’homme. Il a perdu la compréhension de l’univers. La modernité n’a pas rendu l’homme aveugle. Elle a rendu son regard opaque, embué, flou, morne, voilé. Elle l’a libéré de tout lien. Mais en le libérant, elle l’a emprisonné dans une vision inversée ».
Partant de là, Chesterton sera le trublion de l’intelligentsia anglaise au début du vingtième siècle. Il vitupérera, pourfendra, laminera tout l’orgueil de la philosophie moderne qui nie non seulement toute consistance à la Vérité mais aussi la possibilité de la Vérité. Il constatera avec un amusement attristé que « Plus le temps avance, plus les hommes reculent », par bégaiements successifs, et que les clercs qui devaient rechercher la Vérité ont conduit le monde sur la voie sans issue du désenchantement. Chesterton n’aura donc comme mission que de « ruer dans les brancards » à l’aide d’une plume acerbe, leste, caustique, emportée, qui défendra sans cesse l’imagination comme reine tout en la refusant comme tyran. Il dira donc adieu au négationnisme moderne qui récuse les sens et l’imagination, atrophiant ainsi l’intelligence et nous rendant orphelin du dessein initial du Créateur.
Restaurer l’espérance de l’humain lignage en suscitant l’émerveillement. Vaste programme énoncé bien avant Jean-Paul II dans Fides et Ratio (n°4): « Sans émerveillement, l’homme tomberait dans la répétitivité et, peu à peu, il deviendrait incapable d’une existence vraiment personnelle ». Tolkien n’aura pas eu d’autre but avec la mythologie qui donna naissance au Seigneur des Anneaux. Chesterton également, et bien avant lui, défendit les Elfes contre les biotechniciens car les mythes, loin d’être des illusions, sont les révélateurs de l’essence des choses et des êtres. Par la défense de l’imaginaire et de sa traduction poétique, Chesterton dépassera le simple examen de la matérialité des choses à laquelle s’arrête tous les rationalistes, asséchant une grande part de la nature humaine : « le poète ne désire que l’exaltation, l’expansion, un monde dans lequel il puisse s’étendre. Le poète ne demande qu’à dresser sa tête dans les cieux. Le logicien, lui, cherche à enfermer le ciel dans sa tête. Et sa tête éclate », dira-t-il dans "Orthodoxie", son maître-livre. Bien souvent, cet examen du merveilleux nous mène à une réalité éternelle, remontant à la source de toute chose et de toute vie. Chesterton nous reconduit à la contemplation que suscitent inévitablement les premiers chapitres de la Genèse et le prologue de l’Evangile de Jésus-Christ selon Saint Jean. L’imagination, contraire de l’illusion, est une source forte de rébellion contre l’orgueil naturel qui s’enracine dans le cœur de l’homme. C'est aussi une attitude profondément chrétienne quand on part du principe que christianisme assume tout et ne rejette rien, ce que le non-croyant ne comprend pas. Dans l'univers de Chesterton, comme il devrait en être d'ailleurs dans tout l'Univers, le réalisme et le merveilleux ne peuvent s'exclure parce que « le réalisme est vraiment merveilleux et que le vrai merveilleux est vraiment réaliste ». Toute séparation artificielle, tout nominalisme appliqué froidement au nom d’une froide raison, ne peut qu'entraîner un dépérissement de la faculté d'émerveillement de l'homme. Est-ce l'écho du péché originel que Chesterton a capté ? Sans doute un de ses accords majeurs, un de ces accords auquel l'Homme tend le plus l'oreille, éperdu qu'il est de la supériorité de sa logique, et qui cherche à gommer toutes les autres. Car avec le mystère de l’incarnation, Dieu à opéré un basculement, un renversement auquel ne pouvait qu’être sensible un Chesterton en recherche de Vérité. Avec l’Incarnation de Dieu, la logique du monde a été renversée. Plus exactement, le monde a retrouvé sa logique première, celle de la création, la logique divine. Il n’est pas anormal que le monde refuse ce renversement et tente, à son tour, par tous ses moyens, de réimposer sa propre logique, le sens de son propre regard. Chesterton affirme que deux types d’hommes contredisent directement la froide logique humaine et se replace dans le « renversement » voulu par Dieu, l'un dans l'ordre sacramentel et l'autre dans l'ordre artisanal : le prêtre et le poète. Paradoxalement, ce sont eux qui manquent le plus pour empêcher le monde de sombrer dans un narcissisme désespérant.
Chesterton, mystique, mousquetaire de la plume, miroir redresseur de nos travers déformants, humoriste paradoxal et décapant, reste à redécouvrir. Gageons que cet homme à pirouettes, au physique rond et aux idées carrées, qui affirmait que « Le fou n’est pas celui qui a perdu la raison mais celui qui a tout perdu sauf sa raison », aurait apprécié être dans la situation de cet homme que le chansonnier Jean Boyer faisait marcher sur ses mains durant la dernière guerre : " J'verrai l'monde de bas en haut / C'est peut-être plus rigolo / J'y perdrai rien par surcroît / Il est pas drôle à l'endroit".
ISBN-13: 978-2884820417
23:00 Publié dans Lectures | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Chesterton, Philippe Maxence, Littérature, Christianisme
Eugenio CORTI : Les derniers soldats du roi
Eugenio Corti : Les derniers soldats du roi
Un destin de géants
Nous avions laissé le lieutenant Corti exsangue au sortir de l'hiver russe raconté dans le premier tome de sa fresque de guerre, "la plupart ne reviendront pas" . Dans ce second tome, nous le retrouvons sous le chaud soleil italien, dans son pays où, engagé dans l'armée régulière italienne au côté des alliés après le débarquement de 1943, il participe à la libération de son pays. Cette armée régulière, ce sont ces "derniers soldats du roi" qui combattaient par sens du devoir, par l'amour de la Patrie, par le refus du chaos et de la défaite, par le désir de terminer une guerre qui déchirait les corps et les consciences. L'histoire de ces soldats oubliés fut passée sous silence dans l'historiographie officielle, face aux maquisards.
L'épopée italienne du futur auteur du "Cheval Rouge" ne baigne pas dans l'optimisme, hormis celui des rencontres, y comprises féminines (ce qui nous donne des pages splendides sur l'amour et la patience). Corti n'excelle jamais autant que dans ces portraits de personnes depuis disparues dans l'oubli et la cendre. En cela il est un humaniste chrétien car il s'attache à retrouver l'Homme dans la vérité de son incarnation et non dans une abstraction socialisante qui désole aujourd'hui les relations humaines. L'auteur est d'ailleurs lucide sur la dégradation de cet humanisme sirupeux qui se sépare du christianisme : "J'avais vu, en Russie à quoi ces idéaux avaient mené, et en quoi s'étaient trouvés transformés ces humanitaires, avec leurs figures illuminées : en bourreaux de leurs semblables à l'échelle des millions, et bourreaux d'eux-mêmes…"
Si l'hiver russe a martyrisé au plus haut point son corps, et que c'est par la force de son âme et d'un appui sans doute surnaturel qu'il s'en est sorti, là, c'est l'hiver intérieur qui gagne un pays gangrené par l'affairisme, les compromissions politiques et un communisme offensif sur la nature duquel la majorité des acteurs politiques de l'époque furent bien aveugles. Cependant, comme dans chacun de ses ouvrages, c'est un regard d'espérance dépassant l'horizon humain qu'il porte sur ses contemporains et les épreuves qu'ils traversent. C'est toujours l'éclair de la grâce qui fuse quand il reprend à son compte l'explication des malheurs de la guerre faite par le père abbé du couvent de Subiaco : "Vous payez aujourd'hui pour le mal commis surtout par d'autres. Rappelez-vous pourtant que le mystère de la réversibilité est quelque chose de merveilleux, et que peut-être un jour, des souffrances endurées par d'autres, la grâce pourrait venir, surtout sur vous". Comme il le confie, "C'est ainsi que, justement en ces jours de désagrégation, mon esprit allait à cet égard s'affermissant en lui-même, se nourrissait et se construisait."
Le récit de guerre du lieutenant Corti garde toujours cette distance élégante avec le quotidien des armes. Il sait que la guerre cessera et qu'un autre combat, plus âpre encore s'engagera, sur le terrain moral. Car chez l'auteur, tout se tient dans cette recherche de la moralité des actes humains. Il estime que tous les fléaux engendrés par les hommes ne sont que le résultat d'un déséquilibre moral : "Ce n'est que dans le domaine moral que nous autres hommes sommes vraiment libres. Par conséquent, c'est quelque chose qui est notre œuvre, qui s'est pour ainsi dire progressivement accumulé dans le domaine moral et qui jusqu'à un certain point s'ébranle comme le fait une avalanche et, malgré tous nos efforts contraire, nous entraîne. La guerre est donc le produit d'une rupture dans le domaine moral. Elle est, ni plus ni moins, le produit de l'immoralité humaine."
Rappelant avec regret que Dieu est ramené petitement aux dimensions uniquement rationnelles de l'homme, Eugenio Corti retrouve une foi ferme quand il s'abîme dans de profondes rêveries où la contemplation d'un papillon lui "suffit à lui seul à démontrer l'existence de Dieu".
La marque profonde d'Eugenio Corti, c'est une profonde nostalgie de l'enfance et de ce qui est pur, simple et sans tâche. Dans toute son œuvre, Corti n'a jamais cessé de vouloir retourner à cet état édénique tout en assumant les responsabilités et les charges de l'âge adulte, ce qui n'empêche ni les chagrins, ni les ruptures. Avec lui, l'être humain atteint une densité spirituelle jamais démentie, comme ne sont jamais démenties non plus les profondes contradictions des hommes dans leur quête du Royaume éternel. Dans un de ces dialogues avec l'ange, qui fait aussi le charme du style de l'auteur, il fait dire à cette créature spirituelle : "le problème c'est que votre destin est un destin de géants". Toute l'œuvre de Corti se place dans l'acceptation de ce destin.
ISBN-13: 978-2877065443
22:45 Publié dans Lectures | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Eugenio Corti, Italie, Seconde guerre mondiale, Christianisme, Littérature
samedi, 31 décembre 2005
Colonisateurs et colonisés
Les mauvais débats sur la mémoire qui se déroulent actuellement dans une France qui ne cherche qu'à cracher sur son passé dans des relents infestés de racisme rendent particulièrement détonnants les témoignages venant d'autres pays. On pourrait supposer que les missions civilisatrices voulues par les grandes puissances du passé ne soient qu'un mythe passé au crible de l'idéologie du XXème siècle.
J'ai retrouvé récemment une photo que j'avais prise au sein de l'Université de Salamanque, une des plus grandes universités au XVIème siècle, université où les savants donnèrent leurs conseils à un certain Christophe Colomb avant une tentative de voyage qui allait faire grand bruit !

Il s'agit d'une plaque de marbre sur laquelle est inscrit le texte suivant :
"Los antiguos colegiales mexicanos del mayor hispanoamericano "Nuestra Senora de Guadalupe" en homenaje à la universidad de Salamanca, alma mater de las que Espana creo en america y en cuyas aulas estudio Hernan Cortes - 1985 - V centenario del nacimiento de Hernan Cortes"
Voilà bien des mexicains qui remercient l'Espagne de leur avoir envoyé Hernan Cortes. Soit ils sont idiots, ce qui m'étonnerait tout de même, soit ce que l'on nous véhicule sur la conquête de l'Amérique est faux, ce qui m'étonnerait moins !
Rappelons tout de même que Cortes mis fin a un empire sanglant qui éprouvait le goût exquis de faire des pyramides de crânes !
Et toc donc, voilà pour tous ceux qui crachent sur leur passé !
01:55 Publié dans Le monde à l'envers | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Colonisation, Mémoire, Décolonisation, Amérique, Hernan Cortes
dimanche, 25 décembre 2005
Fête de la Nativité et de l'Incarnation

« Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » St Jean I 14-18
Jamais notre monde divisé, dans son ivresse de puissance, n'aura eu tant besoin de s'en remettre à la faiblesse toute-puissante de son Créateur. Dieu faible qui se met à la recherche des hommes, qui s'en remet à eux, pour que les hommes viennent à lui. Vertige de l'Amour.
Joyeuse fête de la Nativité.
22:10 Publié dans Chrétiens | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Christianisme, Noël

