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Avis sur L'Entretien du désespoir: Essai sur l'affolement de René Lapierre

"N'y a-t-il pas quelque chose au-delà de cet entretien?" Cette question ne survient pas au terme de L'Entretien du désespoir, en conclusion "pour un maximum d'effet", mais en son centre, elle désigne l'exigence et la condition de possibilité de ce livre et son principal enjeu: comment maintenir la possibilité d'une pensée critique, - comment créer cette ouverture sans la promettre - , sans qu'elle ne soit totalement avalée par ce qui "ignore l'humain, et s'emploie à reproduire spectaculairement cette méconnaissance"?

Dès les premières pages de ce texte, les motifs du renoncement et de l'ascèse sont présentés comme des figures obligées du travail de la création et considérés en ce qu'ils traduisent eux-mêmes l'enjeu éthique et esthétique d'une œuvre en fonction de son "potentiel de spectacularisation de la souffrance". Il n'y a donc aucune rédemption à attendre de l'art. Paradoxalement, René Lapierre récupère et intègre à son texte le langage de la réclame, il transcrit littéralement ses aphorismes et met en scène le ressassement persuasif de la publicité, ce qui inscrit négativement, à même la forme de cet essai, dans son écriture, le mécanisme de la fascination et de l'affolement .

Mais l'impossible se rappelle à nous du moment que l'acuité critique du propos ajoute à la démoralisation ou que la densité de l'écriture, sa résistance devant le bavardage, apparaît sans issue. Accepter alors d'aller plus lentement, plus près de ce qui manque, de faire faux bond, contre l'entretien du désespoir.

 

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