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jeudi, 23 novembre 2006

Spiritualiser la technique : pour une théologie du repassage !

medium_FerARepasser.jpgDans son blog CaelumEtTerra, Philippe Maxence s'interroge sur le rapport avec la technicité, dans la mesure ou celle-ci (en particulier dans le mode de vie occidental) peut nous faire oublier nos racines spirituelles. La tentation serait donc forte de renoncer à la technique pour conserver ce qui nous semble le plus précieux, c'est à dire notre rapport avec le Christ. C'est sans doute dans cette voie que se sont inscrits quelques mouvements, par ailleurs très proches des mouvements prônant la décroissance ou l'écologisme radical.

Il est toujours possible d'avoir la tentation de Venise, en effet. Cependant, la réalité du mode de vie occidental s'impose à nous. Nous sommes nés dans cet environnement, nous y avons été nourris, nous y évoluons, nous sommes soumis aux mêmes stimulis que les autres personnes. De même que Jésus n'a pas renié sa condition d'homme pour se réfugier dans sa divinité (Cf la tentation au désert et Géthsémani), de même nous ne pouvons renoncer à être ce que nous sommes dans le milieu où nous sommes nés. Dès lors que nous sommes dans un cadre donné, il faut que ce cadre devienne le champ (chant) de la grâce. La réalité n'est pas à éliminer mais à sanctifier.

Je me souviens de cette réflexion entendue un jour, il y a fort longtemps d'un prêtre qui disait que le chrétien pouvait prier partout, y compris devant un mur de béton brut recouvert de graffitis. Ce prêtre avait parfaitement raison car il considérait le cadre du monde comme une contrainte qui ne pouvait que nous inciter à nous élever. C'est le champ d'action qui s'ouvre devant nous et que nous devons parcourir avec toutes nos faiblesses, hésitations, renoncements mais aussi avec notre tenacité, notre persistance et avec la certitude de la foi.

Alors c'est bien joli tout cela, mais en quoi cela me concerne-t-il dans "ma vie de tous les jours" ? Ben oui, ma brave dame, c'est pas tout, mais j'ai une bonne pile de linge qui m'attend !

C'est justement cela, la sanctification du réel. Quiconque m'observerait de l'extérieur penché sur ma table à repassage considérerait que non seulement je fais un travail complétement idiot et répétitif, mais qu'en plus cela me vide la tête. Jugement téméraire à tout le moins car la réalité intime est tout à fait différente.

  1. le cadre du repassage s'impose à moi. Je l'accepte car il faut que toute la famille ait des vêtements corrects.
  2. la tâche n'est pas idiote puisqu'il y a une finalité pratique indéniable
  3. elle n'est pas non plus idiote car tout en repassant, je peux utiliser ma tête à autre chose. Je pourrais regarder la télévision, ce que je fais de temps à autre, mais je peux aussi prier ou méditer sur un texte.
  4. je me confronte à la réalité de la matière. Dans un environnement social et professionnel de plus en plus virtuel où la gestion des savoirs et des réseaux sociaux devient plus important que la réalisation technique, ce retour à la matière brute qui résiste permet de trouver un équilibre.

Vous me direz que j'expose une vision idyllique de cette activité et que la réalité sociale est autrement différente. C'est vrai. Je ne me permet cette reflexion que parce que j'ai la liberté du choix alors que pour beaucoup de femmes, c'est une contrainte sociale dont elles peuvent difficilement s'affranchir.

En tant qu'homme, la réalisation des tâches domestiques fait partie de la réalisation du devoir d'état inhérent à chaque couple. Les contraintes doivent être partagées, sur la base d'un contrat tacite. Ce n'est d'ailleurs ni plus ni moins que ce qu'énonce le Code Civil (art 214).

C'est aussi plus que cela car la répétition incessante des piles de linge, trois fois par semaine, est comme une route qui se prolonge sous mes pas. C'est mon pélerinage immobile. Il faut considérer selon l'image véhiculée par la tradition chrétienne, que nous sommes juste des pélerins sur cette terre, en route vers la Jérusalem céleste. Dans mes activités quotidiennes, je n'ai pas les belles bannières au vent, les oriflammes, les chants de groupe et les petits scouts qui font le service d'ordre. Je n'ai pas à mes côtés les dames patronesses en jupes plissées bleu marine et corsage blanc. Je n'ai pas les fanas du chapelet levant au ciel des yeux extatiques. Tout cela tient lieu des images d'Epinal. Dans mon pélerinage, mon pauvre pélerinage quotidien, dans lequel j'embarque bon gré mal gré ma famille, j'ai une pile de linge, une machine fumante et brûlante, et une table pliante. C'est ma cellule et mon cloître dans ce monastère étendu à l'échelle du monde. Et j'emmène le monde collé à mes pieds et mes mains vers le Christ.

mercredi, 22 novembre 2006

Borat ou la mise en abymes

medium_borat.jpgAvouons-le franchement : j'en ai encore les zygomatiques frétillants ce matin. Le Film Borat est un excellent dérideur, à condition toutefois de ne vraiment pas le prendre au premier degré. L'outrance et la vulgarité sont les maîtres mots de ce film mais, à travers l'excès et le côté burlesque "extrême", il échappe à la lourdeur si inhérente à un certain type de films comiques. Car Borat s'inscrit dans la lignée des comiques burlesques, rejoignant par là la grande époque du cinéma muet, en même temps que le film d'opinion. Loin du côté moralisateur de Michaël Moore, trop sérieux dans sa critique de l'Amérique, Borat met les rieurs de son côté.

Et les Américains ont fait une ovation au film, ce qui prouve que cette société a tout de même une faculté certaine à l'auto-dérision. Là où cela devient interessant, c'est quand les critiques français annoncent "urbi et orbi" que ce film est un remède contre la pensée unique. Ces critiques étant eux-mêmes les fournisseurs de la pensée unique, serait-on capable de produire un tel film sur la société française, sans voir se mettre en branle toutes les sociétés de vertu républicaines ? Oh, bien sûr, il serait très facile de pourfendre les marroniers que sont "l'extrême droite" et les "intégristes" catholiques mais serait-on assez hardi pour tailler des croupières à l'Islam, à l'immigration, à la société bobo-médiatique, à l'Art Contemporain sans que ceux qui en font partie s'en offusquent alors qu'ils manifestent à longueur d'année sur la "liberté d'expression" ? Pourrait-on faire un tel film sans voir débarquer la Halde, la Licra, le Mrap, SOS Racisme, j'en passe et des meilleurs ? Je ne suis pas sûr de la réponse.

Borat est excessif, soit, mais il fait rire et ce rire est la meilleure "arme" pour parler de sujets et, in fine, sans doute rapprocher les personnes. On en vient à souhaiter un voyage de Borat dans l'exception française. La mise en abymes deviendrait vertigineuse.

lundi, 20 novembre 2006

Les balises du Iaboc

Voici une série de textes qui m'ont paru important à signaler comme autant de balises ou d'amers pour pouvoir naviguer dans un monde contemporain particulièrement dépourvu de repères :

Jean-Paul II : Les droits des nations
Jean-Paul II : Exhortation apostolique "Ecclesia in Europa"
Jean-Paul II : Les sentinelles du matin
Jean-Paul II : Les trois co-patronnes de l'Europe

 

Alain de BENOIST : 25 réflexions sur le totalitarisme au XXème siècle
Bernard de CASTERA : Douze degrés d'humilité dans un usage de l'intelligence face au réel
Eugenio CORTI : Le communisme n'a pas disparu
Gérard DEFOIS : Jean-Paul II, la France et le droit des nations
Elie FAURE : Vertu de l'Occident
Vaclav HAVEL : L'identité nationale et le grand large
Henri HUDE : La dérive idéologique de la démocratie
Roland HUREAUX : Les 27 critères de l'idéologie
Edouard HUSSON : Retrouver l'esprit d'Helsinki
Joseph JOBLIN : Euthanasie - l'Occident à la croisée des chemins
John MAJOR : L'avenir de l'Europe
Georges MATHIEU : L'Europe de la culture
Ernest RENAN : Qu'est-ce qu'une nation ?
Jean-François REVEL : La grande parade
Michel SCHOOYANS : l'ONU et les nouveaux droits de l'homme
Jean VAGUE : L'aurore sur le gué du Iaboc
Alexandre ZINOVIEV : Pourquoi je rentre en Russie

La lettre d'Amérique : Les raisons d'un combat - Lettre d'Amérique
Le manifeste Atlantide-Europe : Manifeste Atlantide-Europe

La mort et la beauté

Il m'arrive de penser à la mort, même d'y penser régulièrement. L'époque de la Toussaint, du jour des défunts, favorise cet état d'esprit où l'on réfléchit sur les fins dernières.

L'expression "fins dernières" vise non pas la mort mais l'état après la mort car toute reflexion sur la mort entraîne ipso facto un questionnement sur ma propre identité. La mort est le miroir qui renvoie notre propre identite. C'est un lieu commun de la littérature.

La mort est vue traditionnellement comme un passage. Je me demande également dans quelle mesure elle ne peut pas être prise comme une protection créée par Dieu pour sauvegarder notre liberté. Imaginez un instant d'être, dans l'état où nous sommes, faca à face avec Dieu, avec la beauté totale, absolue, avec la force et la puissance, avec la miséricorde et l'amour. Demandez-vous simplement si vous pourriez résister à ce regard qui se pose sur vous.

Pour ma part, j'aurais l'impression d'éclater, de voler en éclat, de me faire pulvériser. Il ne faut pas moins que la barrière de la mort pour protéger mon regard de la beauté fulgurante de Dieu. La mort est une création de sagesse. A nous de l'apprivoiser et de nous préparer à la rencontre qui va bouleverser ... notre vie !

Visez la Croix

medium_lacroix.jpegEntendu ce matin sur le canal Europe 1 la nouvelle campagne de promotion du journal "La Croix".

Après la promotion vantant que le journal est tout beau, tout propre et qu'il fait bien comprendre comme il faut le monde de dingue qui nous entoure, vient le moment du slogan récapitulant la philosophie générale du quotidien.

Chrétiens, accrochez-vous : " VISEZ LA CROIX". J'espère avoir bien entendu car cela aurait pu être "Lisez la Croix" mais si j'ai sursauté, c'est parce que j'ai l'impression qu'il n'y a pas d'erreur (ou alors il faut revoir le message)

Dans le sens commun, viser est très fortement connoté "militaire". Le Trésor de la Langue française nous rappelle que viser , c'est "diriger son regard avec attention sur quelqu'un, quelque chose pour chercher à l'atteindre, notamment en lançant un projectile, en assénant un coup ou pour l'ajuster en pointant une arme ou un appareil optique".

Les autres définitions sont :

1- Diriger et fixer son regard, un objet, une arme vers l'objectif à atteindre
2- Regarder, fixer intensément, examiner quelqu'un, quelque chose
3- Avoir en vue, faire allusion à ; Chercher à atteindre, à obtenir par son action
4- S'adresser à quelqu'un, concerner quelqu'un avec une intention hostile, une attaque, une critique

Bref, le contexte n'est pas à la contemplation sereine de l'instrument de supplice de Jésus, ni de l'explicitation de l'actualité au regard du Mystère chrétien. Un double sens qui peut nuire au message de clarté que veut lancer le quotidien.

... Enfin, si cela avait été "visez la Synagogue" ou "visez le minaret", cela aurait été très certainement plus explicite pour beaucoup !

A quand une plainte pour christianophobie ?

jeudi, 16 novembre 2006

Telethon NON

medium_telethon.jpgL'an dernier déjà, l'utilisation des fonds du Telethon donnait l'occasion d'ouvrir le débat, et cela commençait sérieusement à gratter. Quand je m'offusquais auprès de parents d'elève en leur disant que l'AFM finançait des programmes de manipulation de l'embryon, j'avais des regards lourds me faisant comprendre que j'étais dans la catégorie des pisse-vinaigres chercheurs de poux, calibre intégriste. Comment pouvait-on apporter une ombre sur cette si belle entreprise ?

Je m'étais même fendu d'une lettre auprès du directeur de l'école de mes enfants, reprenant les arguments de la Fondation Jérôme Lejeune. Le directeur a considéré que "l'apprentissage de la solidarité" pouvait se faire par d'autres moyens. Je lui suggérais la Croix Rouge, association reconnue et ayant le mérite de recueillir tous les suffrages.

Bref, c'est avec plaisir que je vois rebondir cette année cette affaire du Teléthon et là, la question semble s'inverser : comment une entreprise aussi généreuse peut-elle s'associer avec des apprentis sorciers. Peut-on faire du bien avec du mal ? La réponse de l'Eglise catholique est catégorique : NON. On ne peut manipuler les êtres humains et les faire mourir pour en soigner d'autres. La solidarité commence par un principe de prudence qui commence au seuil du vivant. S'abriter derrière la loi pour justifier l'éliminsation d'embryons ou la recherche n'est pas digne d'une association de cette ampleur. La loi est du domaine de la politique. Or, dans cette affaire, les catholiques se placent dans le pré-politique, c'est à dire dans l'âme même de ce qui fait les civilisations et les sociétés humaines.

Alors il faut louer le courage de Pierre-Olivier Arduin, responsable de la commission Bioéthique et Vie humaine pour le diocèse de Fréjus-Toulon d'avoir mis les pieds dans le plat cette année. Et cela prend de l'ampleur car après le premier document qui a révêler cette affaire, et la prudence de l'évêque (y compris devant les médias), ce sont d'autres évêques qui se prennent en main pour faire monter la sauce et demander un recadrage sérieux du Télethon.

Pierre-Olivier Arduin a donné sur le site de la Fondation de Service politique - Merci Philippe - un argumentaire détaillé pour expliquer et donner une contre-offensive aux principales objections opposées aux catholiques pour cette résistance à la culture de mort.

Si vous souhaitez vraiment aider la recherche médicale sans risque éthique, une bonne solution : Fondation Jérôme Lejeune.

lundi, 13 novembre 2006

Ipod-potame

medium_ipod.jpgStation Auber, au coeur de la capitale française. M'extrayant de la foule qui s'agglutine dans les wagons malodorants du RER, faisant abstraction de l'odeur d'huile chaude des couloirs, je file vers les ascenceurs qui me mènent vers la correspondance de la ligne 3 du métro.

Avec d'autres personnes, nous sommes 15, de tous bords, conditions et couleurs. Carottage instantané d'une brève portion d'individus en cette France contemporaine du début du XXIème siècle. 15 personnes emportées pour un bref voyage, ensemble et cependant très distantes les unes des autres. Elles sont très proches par la proximité physique, toutes ces personnes qui voyagent avec moi et pourtant, elles sont à des années-lumières. Parmi mes compagnons de voyage improvisés, 5 portent un i-pod, cette espèce de petit viatique du citoyen moderne, emportant dans ses bits tout un chargement musical ou d'emissions de radio reprises en différé par du podcasting. Pour la grande gloire financière d'Apple, ce petit appareil s'est diffusé comme une trainée de poudre, une killer application réduisant la concurrence à l'état de podagre.

Pourtant, à bien regarder ceux qui m'accompagnaient dans notre élévation commune vers des cieux de faïence plus clément, je ne pouvais que me reporter à des années en arrière, à cette fin des années 70 qui a vu la naisance d'un petit appareil nommé Walkman, vendu par la société Sony. A cette époque, tout le monde en voulait un, et un Sony, pas une pâle copie. Nolens volens, le même phénomène se reproduit 25 ans après, montrant par là que la nature humaine ne se défait pas de ses comportements moutonniers. Le joueur de flûte de Hamelin à de beaux jours devant lui : il lui suffit de poser son instrument sur son socle de rechargement !

Ce qui m'effraie le plus est de voir l'état de vacuité des regards de ceux qui s'adonnent à la musique. Quand je dis musique, il ne s'agit bien évidemment pas de Brahms ou de Mozart. Le mot musique (à défaut d'un autre) est ici accolé à une espèce de tchiketi permanent qui s'engouffre directement des écouteurs dans le conduit auditifs de ceux qui se mettent ainsi sous perfusion. Le regard est absent, sans pétillance, sans mobilité, un peu comme celui des moutons que l'on mène à l'abbatoir. Nul offense dans mes propos, c'est un simple constat. L'écoute directe de la musique sans avoir de stimuli extérieur enferme l'auditeur dans un monde abstrait, lui faisant perdre tous ses repères, y compris sociaux.

A la sortie de l'ascenseur, quelques paires d'écouteurs ont filé devant moi. Ils étaient portés par de grands animaux bipèdes s'ébrouant comme sorti d'un fleuve. De dos, je ne voyais que le ballottement mou des cables qui dépassaient des oreilles. Ils étaient presque vivants, faisant une étrange excroissance de la personne, vivants comme des sangsues qui tentaient d'extraire la vie et s'en repaître goulûment. M'est revenu alors en mémoire ce roman noir et prophétique de Norman Spinrad intitulé Rock Machine dans lequel la population se bat pour un bout de cable destiné à lui donner un plaisir infini. Je me suis dit alors que les auteurs de science-fiction sous-estiment toujours la réalité. Cette dernière est mille fois plus pessimiste. Je crois que je préfère le bruit des freins du métro, les messages nasillards des annonces m'intimant l'ordre de ne pas fumer, les jérémiades des vrais et faux mendiants ; bref, ce qui fait les agréments et désagréments de la vie plutôt que de concevoir celle-ci avec un fond sonore produit par une boite de conserve portative. Perfectionnée et séduisante, certes, mais une boite de conserve quand même.

Retour au début des années 80 où je me suis laissé séduire par un appareil de type Walkman. Je l'ai utilisé quelques semaines puis je l'ai abandonné au fond d'un placard. J'avais fait le constat par moi-même qu'il était devenu trop carcéral. Je n'ai plus jamais joué avec des oreillettes ! Et j'ai trouvé une présence intérieure qui vaut toutes les musiques du monde !

vendredi, 10 novembre 2006

Front National, peine de mort et avortement

Il y a certains thèmes abordés par le Front National qui peuvent être séduisants et d'autres qui sont franchement rébarbatifs. Ce parti politique veut rétablir la peine de mort (par exemple pour les meurtriers de policiers). En même temps, il veut abroger complètement le recours à l'avortement. Cela peut séduire de prime abord les partisans d'un rétablissement de la sécurité à un niveau maximal et les chrétiens qui font de la défense de la vie un point non négociable.

Je suis personnellement favorable à une limitation extrême de l'avortement car la suppression d'une vie humaine non née ne me semble pas être un progrès de civilisation. En contrepartie, il faut que l'Etat se fasse réellement le promoteur d'une culture de vie dans laquelle les femmes en réelles difficultés puissent avoir les moyens de s'en sortir. Le noeud du drame contemporain est là. On ne peut interdire un acte intrinséquement mauvais (d'un point de vue social et personnel) sans avoir une franche main tendue envers celles qui n'ont pas d'autres alternatives aujourd'hui. Si la protection intégrale de l'être humain est un objectif louable, les modalités pratiques d'application doivent être soumises à la réalité de la politique. Il faut laisser in fine le choix aux personnes. Une véritable responsabilité sociale entraîne des choix individuels qui ne peuvent être forcés mais il faut que les deux plateaux de la balance soient équilibrés. L'Etat ne peut l'ignorer et se doit de protéger la vie, comme c'est inscrit dans la déclaration universelle des Droits de l'Homme de 1948 (article 3). Ceci implique de facto une limitation des préjudices entraînés par l'avortement. Le Front National a donc raison de s'engouffrer dans cette brêche pour remettre le débat sur la table.

Par contre, il est illogique de défendre le droit à la vie naissante et de promouvoir la peine de mort. On est humaniste en entier ou on ne l'est pas. Même le pire des salauds a droit à la vie, aussi dur que cela puisse paraître pour les victimes. D'ailleurs, si le FN poussait la logique jusqu'au bout, il faudrait que tout assassin d'un citoyen soit passible de la peine de mort. La catégorisation peut être remise en question. Or, la vie ne se discute pas. Il n'est pas dans le rôle de l'Etat d'intervenir sur la vie ou la mort de ses concitoyens (Cf. Robert Badinter), que ceux-ci soit nés ou non. Il est par contre dans le rôle de l'Etat de mettre à l'écart ceux qui commettent des actes gravissimes comme les pédophiles, assasins d'enfants ou de policiers, trafiquant de drogues. En ce sens, le parc des prisons doit être développé et aménagé. La mise à l'écart de la société doit être fait de manière drastique. Rétablir la peine de mort serait un tort.

Mon leitmotiv reste le même : "mort à la peine de mort, à toute peine de mort".

Le christianisme et Confucius

medium_confucius.jpg"Il y a actuellement plus de chrétiens pratiquants en Chine que dans toute l'Europe réunie". C'est ainsi que démarrait l'autre jour une conversation avec Xavier, un ami à qui je remettais un livre déniché dans le fin fond de la bibliothèque familiale, écrit par le colonel Rémy en 1953, appelé "la pourpre des martyrs" et qui traitait du sort des chrétiens dans la Chine de l'immédiate après-guerre. Ce livre montrait d'ailleurs des caricatures dessinées du pape qui me font penser à celles de nos grands journaux progressistes du soir comme du mercredi mais passons...

Et nous voici donc parti dans une conversation sur la Chine et de l'extraordinaire vigueur morale de ce peuple. Xavier étant fin connaisseur de ce pays et ayant travaillé très étroitement pour un ancien ministre qui attendait que la Chine se réveilla, cette conversation fut vite passionnante. Nous remarquions qu'une des fautes majeures de l'évangélisation qui avait été tentée au XVIème siècle avait été de vouloir apporter la romanité à la Chine alors que son terreau culturel de l'acceptait pas. Xavier me fit alors remarquer combien la sagesse naturelle qu'était le confucianisme s'accordait bien avec le christianisme car s'arrétant au seuil de la Révèlation. Un peu, fis-je remarquer, comme Socrate s'arrêtait au seuil du Mystère.

Il se pourrait bien d'ailleurs que Confucius pourrait être le Socrate chinois dont la philosophie et la sagesse pourrait servir d'assise philosophique pour une évangélisation en Asie. Ceci est à méditer car catholicisme veut dire universel et non pas unique. S'il y a unicité de la foi, il peut y avoir pluralité des approches à cette unicité. La sagesse orientale de Confucius est une piste à explorer par l'Eglise, comme la philosophie grecque le fut.

Il est d'ailleurs surprenant de constater que ces deux maîtres à penser de l'Humanité, Confucius et Socrate, vécurent à peu près au même moment, soit 500 ans avant la venue du Christ. On peut évoquer le hasard ou la Providence.

jeudi, 09 novembre 2006

Blog et devoir d'état

Les internautes qui me font l'honneur de me lire peuvent se demander à juste titre pourquoi l'actualisation de se blog est si lente. Bonne question, mais qu'il faut relativiser. En effet, le rythme des personnes peut être très variable d'une personne à l'autre. Certains blogueurs sont professionnels et passent un temps considérable à publier de l'information. D'autres ne font que recopier des informations existantes. Certains encore recopient et ajoutent un commentaire qui donne de la plus-value au contenu.

Prendre un sujet et y donner un contenu et une densité qui soit vraiment interessante demande un certain temps d'analyse. Or, ce temps n'est pas extensible et il convient de l'employer au mieux. Au mieux pour quoi ? Pour satisfaire simplement ce que l'on appelle son devoir d'état. Notion anachronique s'il en est pour une époque qui ne cherche qu'à s'éclater, multiplier les expériences et faire en sorte que le vieux rêve d'ubiquité devienne une réalité : être partout en même temps et donner son avis sur tout.

La vie ne s'arrête pas aux frontières du clavier. Au contraire elle est prioritaire par rapport aux relations virtuelles. Quand l'Evangile me demande de faire attention à mon prochain, sans nul doute que celui-ci n'est pas à l'autre bout du monde mais est assis dans ma cuisine, sur mon canapé et attend que je tourne mon regard vers lui. Il faut savoir fixer quelques priorités dans la vie.

Pour ma part, la première des priorités est ma famille. Cela implique d'avoir une attention particulière à mon épouse et à mes enfants. Cette relation sociale est indispensable pour maintenir un terreau favorable à la croissance de l'ensemble de la communauté que nous formons.

Partant de là, pour subvenir à ma famille, j'ai un travail mais ce travail ne doit pas empiéter sur la vie familiale. J'en ai averti mes supérieurs hiérarchiques et je propose également ce modèle à mes collaborateurs. Dans une époque où les promotions doivent être négociées longtemps à l'avance et où l'ascenseur social est un peu en panne, le manager qui exerce dans un cadre budgétaire et organisationnel plus que contraint a peu de levier de motivation. L'ambiance de travail en est une ainsi que le fait de savoir que l'entreprise n'est pas la finalité de la vie. Mes collègues apprécient et sont motivés.

Les journées de travail étant chargées et les soirées aussi (deux jeunes enfants, c'est prenant), le lecteur comprendra que l'actualisation de ce blog soit un peu décalée dans le temps. Qu'il m'en excuse mais qu'il soit persuadé que ce n'est nullement un abandon.

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