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mardi, 27 juin 2006
De l'incarnation
S'étalant en 4mx3 sur les murs du métro, une photo d'un téléphone mobile du dernier cri avec ce slogan : "Imaginez la beauté incarnée". Rien de plus banal que cette surenchère des superlatifs pour des produits qui seront passés de mode dans six mois. Après tout, c'est la règle du jeu de ce monde voué à l'éphémère et il faut rester indulgent et charitable envers les benêts qui salivent à la vue d'une vulgaire mécanique, sophistiquée certes, mais vulgaire mécanique tout de même.
Ce qui m'a le plus interloqué, comme chrétien, c'est encore l'utilisation des concepts de la foi que je professe pour vendre un produit. A défaut de reconnaître ses racines chrétiennes, la société française pille son inconscient.
Si on me demandait à brûle-pourpoint ce que je peux imaginer comme "beauté incarnée", je répondrais : Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme... et par lui tout a été fait !
C'est le vrai sens d'incarner, "qui vient dans la chair". Rien à voir avec des composants électroniques assemblés par des robots sophistiqués.
Alors, qui est comme Dieu ? Quis ut Deus, Mi Ka El ? Certainement pas cette petite mécanique de poche. L'utilisation du concept même d'incarnation rend compte de l'incroyable dégradation de la mystique dans une société qui se prosterne devant le premier veau d'or venu.
Incarnation de la beauté, avons-nous dit ? Peut-être pouvons-nous dès lors réciter cette prière si ancienne qu'est l'angelus dans laquelle se trouvent ces deux versets tirés du prologue de l'évangile de Jean, et qui me font toujours frémir :
Et le verbe s'est fait chair
Et il a habité parmi nous
22:35 Publié dans Chrétiens | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : christianisme, incarnation
jeudi, 22 juin 2006
Anti-football pride
Fier ! Oui, je suis assez fier d'avoir réussi à n'écouter aucune émission de radio sur le football, de n'avoir lu aucun article sur la coupe du monde, de n'avoir vu aucun match de cette coupe du monde dont on nous rabat les oreilles. La puissance de feu médiatique orchestrée pour cet évènement de la mondialisation heureuse n'a eu aucun effet sur moi. Absolument aucun. Je me suis même offert le luxe d'acheter une TV écran plat grand format et de demander la livraison exprèssement APRES la coupe du monde, histoire de voir autre chose que de la pelouse avec vingt-deux types qui cavalent après la baballe (et pas dans le même sens parait-il !).
Oui, il est possible de résister à l'offensive.
Ce que je fais de mes soirées ? J'ai décidé hardiment de m'offrir les classiques de la littérature latine. En ce moment, c'est le grand Virgile qui s'occupe de me distraire avec ses Bucoliques.
"Incipe, parve puer, risu cognoscere matrem :
Matri longa decem tulerunt fastidia menses.
Incipe, parve puer : qui non risere parenti,
Nec deus hunc mensa, dea nec dignata cubili est."
"Commence, petit enfant, à reconnaître ta mère en souriant, ta mère qui supporta dix mois de longs dégoûts.
Commence, petit enfant ; celui qui n'a pas souri à sa mère n'est jugé digne, ni de la table d'un dieu, ni de la couche d'une déesse" - Les Bucoliques, IV - Pollion.
C'est mieux que de brailler devant un écran en mangeant des pizzas, non ?
22:35 Publié dans Le monde à l'envers | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Football, Virgile
lundi, 19 juin 2006
Rebatet, la lumière et l'ombre
Je viens de terminer, terrassé, "les deux étendards" de Lucien Rebatet. La fin n'est pas heureuse, laisse un sentiment d'inachevé et de gâchis mais, au milieu de cette boue se dégage l'aventure amoureuse unique de Régis, Michel et Anne-Marie. Anne-Marie, surtout, l'admirable figure dont le filigrane illumine ce roman magique, est un hymne à la féminité la plus tendre et la plus sauvage.
Rebatet n'a jamais pû aller au-delà de ce roman. Il ne le pouvait plus. Avoir tout donné comme cela, dans ce style qui arrache les tripes, est tout simplement fabuleux. Pour me tenir en haleine durant 1300 pages dans un roman qui ne parle que d'amour de la première à le dernière page, il faut avoir un talent énorme, disproportionné.
Au-delà du personnage glauque de Lucien Rebatet, son style est prodigieux. Mais quel anti-clérical, quelle charge virulente contre l'Eglise et le catholicisme... et quel roman chrétien parlant de l'amour le plus brûlant, à travers ses phases spirituelles puis extrêmement charnelles et érotiques. L'être humain dans toute sa démesure de passion entre le ciel et la terre, les deux étendards, au milieu duquel flotte la figure féminine.
Répètons-le avec nos pauvres mots dérisoires : un maître roman du XXème siècle, trop méconnu.
22:40 Publié dans Lectures | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Rebatet, roman d'amour, christianisme, anti-cléricalisme
lundi, 12 juin 2006
Les clercs contre l'Eglise
Une fois de plus, j'ai assisté à une éniemme tentative de destruction de l'Eglise par ses clercs. Ah ! les affaires du film Amen ou du Da Vinci Code sont ridicules tant elles sont outrancières. Contre ces films, les bons arguments existent. L'opposition est frontale avec ceux qui ne comprennent rien à cette fichue affaire d'un Dieu trinitaire incarné, et ceux qui ne croient plus en rien si ce n'est à leurs petits dieux personnels pris au supermarché du briciolage religieux ou matérialiste.
L'affaire pourrait rester simple à ce stade. Cela devient beaucoup plus pernicieux lorsque ce sont les propres clercs de l'Eglise qui sapent les fondements de "l'ecclesia", de l'assemblée des chrétiens. La France est un désert chrétien, hormis désormais les ilots luxuriants et prolifiques des nouvelles communautés, des ordres divers et variés. Les paroisses urbaines et rurales sont abandonnées aux prêtres qui veulent bien y aller, et dont la plupart sont agés. Mais encore faudrait-il que ces prêtres tiennent un langage à peu près cohérent et ne sombrent pas dans le préchi-précha sirupeux et télévisuel lors des célébrations des sacrements.
Samedi dernier, lors d'une célébration de baptême dans un petit village de Normandie, l'officiant a perdu l'occasion d'expliquer la foi chrétienne à l'assemblée qui était réunie. Dans toutes ces personnes autour de l'enfant, beaucoup n'ont plus de liens avec l'Eglise, ou l'ont fuit. Ces célébrations liturgiques familiales sont les seules reliques encore accessibles à un peuple déchristiannisé et ne sachant pas quels gestes faire au bon moment. C'est l'occasion justement pour l'officiant de bien expliquer ce qu'est un baptème, la signification des symboles de l'eau et du feu. Non, rien ! Ce fut d'un formalisme fonctionnarisé terrible. Encore heureux que les textes officiels de la liturgie soutenaient un tant soit peu l'ensemble car sinon, il eut été préférable d'aller arroser le nouveau baptisé au café du coin.
Et dire que ce village était au haut Moyen-âge le siège d'une puissante abbaye, haut lieu intellectuel de France, que ses moines ont émigré en Angleterre où ils ont fondé Oxford. Voir cette petite église paroissiale médiocre dans sa construction néo-bourgoise de 1902 face aux ruines puissantes et fière de cette abbaye, donne le tournis sur la dégradation spirituelle de notre pays.
Bref, j'avais envie de sortir et de pleurer. Seigneur, je t'en supplie, envoie des ouvriers dans ta vigne de France, les ceps sont en train de pourrir !
Si encore les évêques étaient à la hauteur. Mais ces pauvres évêques du CEF, au lieu de faire des déclarations sur ce qui met en péril la foi, là où on les attend, ne cessent de faire des communiqués de presse sur des sujets qui sont de l'ordre laïc. Le dernier en date est celui de l'immigration. Intervenir ailleurs que dans son champ de compétence, cela s'appelle de l'incompétence et dans le cas présent, du cléricalisme. C'est la dérive la plus idiote que peut avoir l'Eglise de France, qui veut s'occuper de tout pour ne pas paraître à la traine, et qui en fait ne s'occupe plus de ses ouailles.
Saint Michel, Sainte Marie, Sainte Jeanne d'Arc, à l'aide, ils sont devenus mous !
11:00 Publié dans Chrétiens | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Christianisme, cléricalisme, baptême

