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mercredi, 27 juillet 2005
Art triste
Lundi dernier, j'ai fait une petite pause dans cette bonne ville de Reims pour visiter une des caves de ces grandes maisons de Champagne. Cette fois-ci, c'était le tour de Pommery, dont les galeries rafraîchissantes serpentent dans la craie. Le malheur de ces grandes maisons est que pour des raisons de marketing, elles s'estiment en droit de prendre part à tout et à n'importe quoi. Le n'importe quoi, en l'occurence était une de ces expositions d'art contemporain où le vide le dispute à l'idiotie. Cela tombe bien car, par un effet d'humour - convenons-le, bienvenu - l'exposition s'appelait justement "idiotie". Toute exposition de ce type est accompagnée d'une logghorée incompréhensible au commun des mortels. C'est pour faire sentir qu'il y a d'un côté la race supérieure des "peintur-hurleurs" et de l'autre la multitude des bécasses qu'il convient d'amener à un niveau de conscience démocratiquement supérieur. D'accord, le commissaire de l'exposition, Jean-Yves Jouannais se place sous le patronage de Flaubert en désirant faire oeuvre de continuation du "Bouvard et Pécuchet" inachevé, sommet de l'imbécilité bourgeoise. Cela étant, les crottes de dinosaure et les détritus végétaux me laissent un goût amer dans l'oeil, comme une trace de la dégénerescence de l'art d'occident. Petit florilège.
D'Olivier Blanckart - La Merdlhumanité
"hypothèse pataphysique concernant les représentations préhistoriques d'entités féminines : "le sculpteur primitif n'eut d'autre choix pour réaliser les premières sculptures, que de prendre un double modèle formel. Celui de la femme, comme prêtresse de la forme, et celui de la merde comme signature formelle reliant tout le règne vivant"
Gilles Barbier - Le terrier
"L'image majeure du travail de Gilles Barbier est celle du corps absent, consommateur soumis à tous les sondages et à toutes les sondes. C'est un corps ouvert, écartelé par la science comme par la publicité. Cette transparence ultime créé les conditions d'un monde véritablement pornographique au sein duquel peut exister ce Terrier-ventre, inspiré de Kafka"
Michel Blazt - Nature molle au raisin
"Michel Blazy intervient esentiellement sur des matières biologiques. Il expose un paysage fait de fruits et de vaisselle éphémère. Entre un tableau vivant et une nature morte, la beauté délicate de la composition invite aussi à assister au lent spectacle de sa dégénerescence."
J'en passe et des meilleures. Sur le papier, c'est presque alléchant, en réalité, tout tombe à plat, tout est mort, tout est triste, tout est sans espérance, tout décrit une humanité enfermée sur elle-même, se gaussant et se repaissant de sa propre imbécilité manifeste. Je ne sais qui est le plus idiot, des artistes qui ont commis ces "oeuvres", du domaine Pommery qui les abrite, des visiteurs qui paient pour les voir, de moi-même qui n'y comprend rien et qui est fier de le faire savoir, ou de tous ensemble.
Quant à déterminer si c'est de l'art, reprenons la boutade de John Cage (lequel s'y connaissait comme dynamitero musical) en guise de définition de l'exposition que j'ai vu :
No subject
No image
No taste
No object
No beauty
No message
No talent
No technique (no why)
No idea
No intention
No art
No feeling
No black
No white (no and).
Idiot, non ?
10:40 Publié dans Le monde à l'envers | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Art contemporain, Idéologie
lundi, 11 juillet 2005
La comédie du manchot empereur
S'il y a quelque chose qui m'agace en ce vaste monde de communication et d'interactivité dans lequel nous tâchons de survivre tant bien que mal, c'est la dépendance de nos contemporains au téléphone mobile. Ils s'y accrochent comme un bébé à son biberon, ne pouvant supporter, ne serait-ce qu'un instant, être séparé de cette prothèse magique qui leur assure la sécurité du lien invisible avec le monde civilisé, ou supposé tel.
La globosphère de la communication renforce cette dépendance en leur vendant des services dont ils n'auraient pas besoin en temps normal : photographie, accès web mobile, etc. Les petites machines font presque tout sauf l'essentiel : le fait de pouvoir se retrouver en tête-à-tête avec des personnes, elles agissent comme les sédatifs de la solitude pour une époque qui a perfectionné l'art de la communication au point de s'adresser plus à des masses qu'à des personnes. Dans le monde du mobile et du portable, tous sont efficaces, jeunes, beaux, riches, séduisants, connaissant plein de personnes, rencontrant pleins de partenaires, sont aventureux et entrepreneurs : classe de bcbg-bobo n'ayant d'identité sociale que par le volume de la monnaie déposé sur le compte en banque.
Cette masse d'homme arpentant en uniforme les halls de gare, de bureau, de parvis, le regard perdu dans le vide, écoutant les dernières instructions ou vociférations de la blogosphère ou les instructions d'un chef me fait frissonner. Il ne leur reste plus qu'à défiler au pas cadencé pour ressembler aux robots humains que l'on trouvaient sous l'oeil troublant de la caméra de Léni Riefenstahl à Nuremberg. Sauf que nous sommes dans une démocratie quasi populaire et qu'un tel embrigadement est impossible à considérer sauf à passer pour un esprit torve, ce que je suis assurèment.
La dictature de l'instant imposée aux consommateurs, rôle sans lequel la démocratie populaire ne peut tenir aujourd'hui, fait que ceux-ci ne peuvent se distancier de l'évènement et restent soumis au chaos de l'information, sans que le jugement permettent de faire le tri. Qui n'a pas ressenti un bref pincement au coeur quand on lui dit " Ah ! Vous n'êtes pas au courant" ou qu'un orateur suffisant explique doctement : "Comme vous le savez". En fait, personne ne sait rien mais chacun veut faire croire qu'il sait. Monde de dupe soumis à la tyrannie d'un Chronos plus en forme que jamais, monde déconnecté de l'éternité qui se trompe dans l'acédie de masturbations technologiques assouvissant un désir passager mais jamais une joie réelle. Le dialogue de Jésus avec la samaritaine au puit nous frappe alors de plein fouet : "Donne-moi de cette eau, que je n'ai plus jamais soif". Car tel est le désir de l'homme, son désir profond, celui que le progrès technologique, malgré tous ses conforts réels, ne pourra jamais combler.
Il y a quelques mois, un caricaturiste ou humoriste qualifiait les utilisateurs de téléphones portables de manchots, tant cette position du téléphone à l'oreille les faisaient ressembler à des handicapés du bras. Ajoutons maintenant qu'ils sont tout-puissants, du moins leurs comptes bancaires, et qu'ils sont l'attention de tous les flatteurs et l'on sait depuis une célèbre histoire de fromage que "tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute". Nous sommes entrés dans l'ère du manchot empereur et, comme l'animal homonyme, les accros du mobile sont devenus une espèce protégée... au nom de l'économie triomphante.
11:20 Publié dans Le monde à l'envers | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Démocratie, Monde moderne, Communication, Téléphone portable, Mobile
vendredi, 01 juillet 2005
Le côté obscur du sexe
Une fois n'est pas coutume, parlons gaudriole ! L'activité sexuelle étant le moteur interne du monde et du moins l'activité sans laquelle l'Histoire ne serait pas ce qu'elle est, il est quand même important de s'en soucier un tant soit peu.
Depuis quelques millions d'années, l'activité sexuelle répondait à des stimulis assez naturels comme les formes appétissantes des femmes et des hommes (les femmes en ce qui me concerne), les rêves érotiques, les rencontres qui faisaient battre le palpitant,... Bref, tout ce qui faisait et qui fait encore heureusement le charme de la vie. Par ailleurs, les organisations sociales, appuyées par les organisations religieuses faisaient en sorte que cette activité soit dirigée pour le bien de la société, de la nation, de la famille, chacun voyant un intérêt à ce que tout se passe bien, quitte à tomber dans un conformisme bourgeois où le sexe était triste ! Dans ce cas, les infidélités étaient organisées et divulguées sous couvert d'horribles hypocrisies.
Puis ce fut la libération sexuelle des années 60. Hardi petit, défoulons-nous les gonades, titillons la testostérone, ce fut le grand coming-out, celui où le monde se transforma en maison close. Le balancier ne se fit pas attendre avec la terrible épidémie du SIDA. Cette maladie, outre le fait de trouver des débouchés au marché du caoutchouc, fit en sorte que de multiples pratiques virent le jour pour conjurer une ambiance de mort. La tyrannie du plaisir dénoncée par Jean-Claude Guillebaud mis la main sur tous les aspirants à une vie libre et décomplexée. Le train de la libération sexuelle débouchait sur une voie de garage. Au lieu de considérer le corps comme un tremplin vers une existence supérieure spirituelle dans laquelle le plaisir serait pleinement assumé, car voulu par Dieu (l'Eglise a sombré d'ailleurs dans un moralisme puritain durant de nombreux siècles. On entr'aperçoit le bout du tunnel avec la théologie du corps), ceux qui refusent la transcendance ne voient plus leur corps que comme une simple machine dont il faut améliorer sans cesse les performances. D'où les multiples produits allongeant les pénis, les durcissant, les empêchant de mollir au moment critique, multipliant les orgasmes, les érections, augmentant le volume des fluides corporels, etc... Bref, l'homme (car la femme me semble plus raisonnable dans ce domaine quoique certains cas relèvent d'une grave pathologie) devint esclave de son corps, le soumettant à des stimulis qui le conduisent à un état de dépendance avancé. Sans ses produits et ses prothèses, il n'est plus capable de vivre normalement, comme Darth Vador est obligé de porter son appareil respiratoire pour vivre sa haine. Triste destin de prisonnier dans une époque vouée à la libération.
Au titre des derniers gadgets reçus dans le spam qui inonde les boites mails, voici le dernier gadget à la mode, et il faut dire que dans ce domaine, la recherche est assez fructueuse !
Il s'agit d'un anneau vibrant en silicone, facile à poser (j'imagine que le produit a été étudié pour qu'on ait pas besoin d'avoir un mode d'emploi sous la main dans le feu de l'action !) qui peut s'avérer "très drôle pour elle et lui". Il est précisé que ce "produit magique stimule les partenaires en même temps sans être intrusif" (je ne sais si ce dernier mot est le plus adéquat mais il a le mérite d'être clair !). En gros, cet objet s'enfile comme une bague sauf que ce n'est pas autour du doigt et "garde l'homme dans un état de rigidité plus longtemps". Bien entendu, le fait que cet appareil vibre donnera à sa partenaire de plus grandes sensations. La publicité affirme qu'il est ainsi possible d'atteindre le point G à tout moment !
Bref, du sexe automatique donné par une prothèse mécanique alimentée par pile. Tout ce qui fait le charme de la vie ! Jeune Padawan, tes passions incontrôlées déboucheront sur le côté obscur du sexe ! Ecarte-toi du pouvoir de l'Anneau !
15:10 Publié dans Le monde à l'envers | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Sexe, Anneau vibrant, Corps, Chair

