« 2005-02 | Page d'accueil | 2005-04 »

mardi, 29 mars 2005

Mon nom est Légion

Je dois être absolument imperméable à la publicité, ou du moins percevoir celle-ci comme une continuelle agression ! A tout le moins, j'ai un filtre de lecture qui pourrait paraître à d'aucuns comme singulièrement déréglé.

Bref, lorsque jeudi dernier (Jeudi Saint), j'ai vu apparaître l'image ci-dessous sur les murs du métro, je me suis dis que c'était encore moi qui faisait une fixation liturgico-psychologique !

Mais avouons que la coïncidence est troublante. Le jour même où nous célébrions le dernier repas du Christ et de la temporelle et éphèmère domination du Prince de ce monde sur le Fils de Dieu, un joli visage de diable apparaissait sur les murs. Après la Cène détournée, voici le Négateur qui s'affirme !

I am what I am


Ce n'était "que" la dernière publicité du marchand de chaussures Reebok, lequel a trouvé très original de convoquer un certain nombre de personnes en vue (pas de moi en tous cas), pour vendre ses semelles. On pourrait disserter des heures sur le concept fumeux de Reebok ainsi que sur les slogans qui apparaissent sur les affiches et le site de la marque. Dans cette image, je relève : "concentre-toi sur ceux qui t'aiment et avance". Là, je cale ! Paradoxal pour me vendre des accessoires qui sont supposés me faire courir ! Un joli diable cornu entouré de flammes qui m'aime... chaleureusement ! Il aime mon portefeuille, nuance, et pour l'atteindre, est prêt à utiliser tous les ressorts de sa psychologie béotienne.

Enfin, le tempo était particulièrement bien trouvé de la part de Reebok : en pleine Semaine Sainte. Avouons que si cela n'est pas fait exprès, cela tombe quand même bien.

Il y a des jours où certains bottages de fesse me démangent les orteils. J'éviterai de chausser des Reebok pour cela !

lundi, 28 mars 2005

L'homme muet

Bien des personnes ne se sont arrêtés qu'au silence forcé de Jean-Paul II lors de la bénédiction Urbi et Orbi du dimanche de Pâques. Les télévisions du monde entier ont diffusé les images de l'homme qui n'est plus que silence après avoir été un des grands communiquants de ce siècle. Cependant, son silence est plus éloquent que le flot de bavardage insipide qui a entouré son apparition. Dans un siècle où les ondes sont envahies de paroles creuses prononcées, sussurées, déblatérées par des hommes creux, il apparaît que seul, désormais, le silence peut arriver à toucher le coeur des hommes en recherche de Dieu.

Jean-Paul II, l'homme muet


Plus le temps passe et plus la figure du pape ressemble à celle du serviteur souffrant, épousant, heures après heures, le chemin de son frère et maître le Christ, lequel n'a rien dit lorsqu'on le souffletait, ou qui se contentait de tracer des lignes absconses dans le sable lorsque les pharisiens le mettaient en difficulté. N'est-ce pas l'essentiel de ce message visuel dans une époque qui ne compte plus que par l'oeil, bien que ne sachant plus regarder l'essentiel ? Au-delà du silence de la voix, les gestes du pape délivrent un discours qui est dans la continuité des mots qu'il prononçait : la dignité de la personne est intégrale, de sa conception à son terme naturel, l'être humain est le temple du Seigneur, n'ayez pas peur. L'âge ne change rien, les tremblements non plus.

Les signes tracés dans l'air d'une main tremblante désignent une réalité transcendante que nous ne pourrions voir de nos yeux sans être écrasés par le fardeau. Lui, l'homme en blanc, nous en montre la voie, continuant sa vocation de faiseur de pont entre le monde visible et l'invisible, littéralement "pontifex".

Quant au message Urbi et Orbi, le voici tel qu'il a été diffusé sur le site du Vatican

-----

1. Mane nobiscum, Domine!
Reste avec nous, Seigneur! (cf. Lc 24, 29)
par ces paroles les disciples d’Emmaüs
invitèrent le mystérieux Voyageur
A rester avec eux, alors que parvenait à son terme
le premier jour après le sabbat
au cours duquel l’incroyable était arrivé.
Selon la promesse, le Christ était ressuscité;
mais eux ne le savaient pas encore.
Toutefois, au long de la route, les paroles du Voyageur
avaient progressivement réchauffé leur coeur.
C’est pourquoi ils l’avaient invité: «Reste avec nous».
Puis, assis autour de la table du repas,
ils l’avaient reconnu à la «fraction du pain».
Et aussitôt il avait disparu.
Devant eux restait le pain rompu,
et dans leur coeur, la douceur de ses paroles.

2. Chers Frères et Soeurs,
la Parole et le Pain de l’Eucharistie,
mystère et don de la Pâque,
demeurent au cours des siècles comme la mémoire éternelle
de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ!
Aujourd’hui, Pâque de Résurrection, nous aussi,
avec tous les chrétiens du monde nous répétons:
Jésus, crucifié et ressuscité, reste avec nous!
Reste avec nous, ami fidèle et soutien assuré
de l’humanité en marche sur les routes du temps!
Toi, Parole vivante du Père,
mets confiance et espérance dans le coeur de ceux qui cherchent
le vrai sens de leur existence.
Toi, Pain de vie éternelle, nourris l’homme
affamé de vérité, de liberté, de justice et de paix.

3. Reste avec nous, Parole vivante du Père,
et enseigne-nous des paroles et des gestes de paix:
paix pour la terre consacrée par ton sang
et baignée du sang de tant de victimes innocentes;
paix pour les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique,
là où tant de sang continue aussi à être versé;
paix pour toute l’humanité, toujours menacée
par le danger de guerres fratricides.
Reste avec nous, Pain de vie éternelle,
rompu et distribué aux convives:
donne-nous, à nous aussi, la force d’une solidarité généreuse
envers les multitudes qui, aujourd’hui encore,
souffrent et meurent de misère et de faim,
qui sont décimées par des épidémies mortelles
ou touchées par de terribles catastrophes naturelles.
Par la force de ta Résurrection
que tous soient aussi rendus participants d’une vie nouvelle.

4. Nous aussi, hommes et femmes du troisième millénaire,
nous avons besoin de Toi, Seigneur ressuscité!
Reste avec nous maintenant et jusqu’à la fin des temps.
Fais que le progrès matériel des peuples
n’estompe jamais les valeurs spirituelles
qui sont l’âme de leur civilisation.
Soutiens-nous, nous t’en prions, sur notre chemin.
En Toi nous croyons, en Toi nous espérons,
parce que Toi seul tu as les paroles de la vie éternelle (cf. Jn 6, 68).
Mane nobiscum, Domine! Alléluia !

mercredi, 23 mars 2005

Le long chemin de la mémoire des crimes communistes

Il est toujours interessant de sonder les politiques sur le fameux "devoir de mémoire" qui les taraude au sujet de la Seconde Guerre Mondiale. Cette mémoire, si commode à invoquer dans certains cas et si commode à passer sous silence dans d'autres (relisons Revel). Bien entendu, tout un chacun a l'exemple de la Shoah à l'esprit, événement incompréhensible, trou noir de la condition humaine. Comment d'ailleurs, parler de la Shoah sans évoquer la complicité de ceux qui la rendirent possible par leurs écrits, leurs comportements, leurs absences, leurs silences, leurs incompréhensions du monde alors même que leur place dans la sphère publique et politique devait faire en sorte qu'ils soient capables de saisir l'insaisissable ? Mutatis Mutandis, le même phénomène est sans doute en train de se cristalliser à nouveau sous nos yeux aveugles en ce qui concerne les dérives eugéniques de la politique de santé.

Ce devoir de mémoire a été encore récemment évoqué lors de l'inauguration du Mémorial de Yad Vashem. Le Premier Ministre français était présent et a prononcé un discours de belle tenue morale.

Oui, mais voilà. La Shoah masque le reste, elle est la pointe de l'iceberg de l'horreur. Reste à faire émerger tous les cataclysmes du XXeme siècle qui ont ruiné l'homme, les tsunamis déclenchés au nom d'une idée du progrès dont le procès reste à faire. Il faut nommer sur la seconde marche du podium des atrocités le Communisme.

Or, la bataille est loin d'être gagnée. En France, malgré les débats sur les crimes du communisme, il n'est pas encore passé dans les idées que ce fut une idéologie guerrière et meurtrière. Trop d'intellectuels sont mouillés, l'URSS n'a pas eu son procès de Nuremberg. Et pourtant, la France a de l'avance (relative) sur ce terrain.

Lors du Salon du livre de Paris de 2005, dont le pays invité était la Russie, des débats ont eu lieu sur cette mémoire du communisme. Des débats de haute qualité, lucides, sur cette mémoire à retrouver. Les Russes sont certainement plus lucides que les français car ils ont, eux, touchés du doigt l'hydre rouge. Ils connaissent le prix à payer.

Dans les débats auxquels j'ai assisté, j'ai relevé que :

1- Sur les 15 millions de morts estimés au communisme, seuls 1,5 million de noms ont été mis à jour en dix ans. Un intervenant russe pensait qu'il faudra donc un siècle pour arriver au bout du décompte.

2- Les russes n'oublient pas mais ne parlent pas non plus du passé pour le moment. Ils ne sont pas mûrs, obnubilés par la soif de rattrapper le retard perdu. Ils regardent devant, pas derrière.

3- Le pouvoir russe est plus préoccupé par le fait de se faire un passé glorieux mélant tsarisme et soviétisme que par faire des recherches sur les assassinats d'Etat.

4- Les traces des camps s'effacent inexorablement dans la nature. La mémoire risque de fondre pareillement sans lieu où s'exprimer. Si aucun camp n'est conservé, le négationnisme apparaîtra dans peu de temps, malgré la qualité des travaux des historiens. L'expression "lieu de mémoire" chère à Pierre Nora doit prendre là tout son sens.

Il s'ensuit que l'exemple ne viendra pas de Russie pour le moment. Alors peut-être de la France, patrie des droitsdelhomme en tous genre, surtout de ceux qui vont naître ou de ceux que l'on ne considère pas encore comme des hommes ! Restons cruels surtout dans cette évocation d'une mémoire hypocrite où la sincérité le dispute à la niaiserie.

A la suite de l'inauguration du Mémorial de Yad Vashem, le journaliste d'origine roumaine Radu Portocala a donc envoyé une lettre au Premier Ministre, lui demandant :

1- Quelques commémorations officielles reconnaissant la réalité des crimes de l'idéologie communiste ;

2- D'avoir quelque pudeurs lorsque la France reçoit officiellement les dirigeants des régimes communistes, et en premier lieu la Chine (on se souvient encore des valses de la première dame avec l'empereur rouge !)

3- Que soient interdits l'utilisation des symboles communistes comme sont interdites les croix gammées !

Ce dernier point est un relais d'une demande faite par deux eurodéputés, l'ancien président de la Lituanie, Vytautas Landsbergis, et le Hongrois Joszef Szajer. Bien entendu, cette proposition ne rencontre pas que des enthousiastes, lequels arguent d'un retour à un fascisme latent !

Pourtant, Landsbergis fait la part des choses et réclame à cor et à cris que la voix du sang ne soit pas oubliée, que l'ombre des disparus ne soit pas une fois encore diluée dans les orbes du monde : "Le sang des victimes de la Deuxième Guerre Mondiale appelle la justice et l'équité, mais également de l'honnêteté quant à l'identité des individus et aux raisons qui entraîné leur tragique destin. Si ceux qui se rassembleront à Moscou le 9 mai prochain valident les crimes de guerre soviétiques, ils feront preuve d'insensibilité face aux cris silencieux des dizaines de millions d'innocents morts lors de la Deuxième Guerre Mondiale. Le seul véritable gagnant serait l'esprit de ce mal."

Tout ce processus entre dans la douloureuse acceptation de la mémoire, certains se réfugiant derrière l'auréole de la lutte anti nazie (justifiée) en oubliant la tragédie totale que fut l'application de la doctrine communiste dans les pays d'Europe Centrale.

Bien entendu, le Conseil européen "Justice" du 24 février dernier a rejeté la proposition, disant que cela lui paraissait difficile d'interdire d'emblée tous symboles (y compris les nazis d'ailleurs) et laissant cette responsabilité aux Etats. En gros, personne n'est près, et la France encore moins. Il n'y a même plus de pierre tombale en Russie pour témoigner ! Nuit et brouillard des deux côtés du Mur !

---------------

Monsieur Jean-Pierre Raffarin
Premier Ministre
Hôtel Matignon
55 rue de Varenne
75007 Paris


Paris, le 17 mars 2005


Monsieur le Premier Ministre,

Vous vous trouviez, l’autre jour, à Jérusalem. Là, dans l'auditorium de Yad Vashem, ce Mémorial qu’Israël a érigé en souvenir de ses enfants tués par la fureur nazie, vous avez fait part de vos réflexions aux délégations internationales présentes.

« Le devoir de mémoire n'est pas qu'un mot ou une obligation qu'on expédierait à travers quelques commémorations officielles », disiez-vous.

Et vous aviez raison !

Pourtant, dans ce monde qui chérit la mémoire, cent millions de victimes sont passés à la trappe de l’oubli. Cent millions, Monsieur le Premier Ministre ! Tous tués par la fureur communiste, au nom d’une idéologie qui, en dépit des statistiques électorales, a, de nos jours, beaucoup d’adeptes en France et ailleurs. Comme il serait moral qu’il y ait, en souvenir des victimes de cette autre abomination, au moins « quelques commémorations officielles » ! Comme il serait juste que leur calvaire soit reconnu autrement qu’à travers des livres, et qu’une condamnation frappe enfin le système qui a voulu leur supplice !

« La tragédie de la Shoah n'est pas qu'histoire. Elle a un poids de chair, de sang et de souffrance qui demeure ancré dans nos souvenirs », disiez-vous.

Et vous aviez raison !

Pourtant, la chair tourmentée des miens, leur sang répandu dans les cellules de l’univers concentrationnaire communiste demeurent ancrés dans mon seul souvenir. Ma mémoire, notre mémoire embarrasse, Monsieur le Premier Ministre, et nul État, nul gouvernement, nulle personnalité officielle n’accepterait de la partager publiquement. Nos cent millions de morts n’ont droit qu’à la piété privée.

« Oublier que la défense de la dignité humaine nécessite un engagement constant est déjà trahir ce devoir de mémoire », disiez-vous.

Et vous aviez raison !

Pourtant, lorsque le monde libre déroulait le tapis rouge sous les pieds des responsables communistes, au moment même où, suivant leurs ordres, des êtres humains étaient torturés et tués, qui pensait à la dignité de nos cent millions de morts ? Personne, Monsieur le Premier Ministre. Le monde libre trahissait, alors, son devoir moral, tout comme il trahit, maintenant, une grande partie de son devoir de mémoire. Mais l’esprit qui s’impose l’amnésie, cherchant à la faire cohabiter avec la mémoire, encourt le danger de ne vivre qu’à moitié.

« La répression est nécessaire, nous n'y mettrons aucune faiblesse. Mais tout autant que la répression, c'est l'éducation qui compte », disiez-vous.

Et vous aviez raison !

Pourtant, s’il est désormais répréhensible d’arborer les symboles du régime criminel nazi, il est parfaitement légal, démocratique, de brandir les symboles du régime criminel communiste qui a fait cent millions de morts de par le monde. Et, si aucun type de répression n’est prévu contre ces agissements, il va de soi, Monsieur le Premier Ministre, qu’aucune forme d’éducation en la matière n’est envisagée non plus. Que savent les élèves français, les élèves occidentaux des crimes communistes ? Presque rien. Que vont-ils en savoir dans vingt ans ? Encore moins. Inutile à présent, cette histoire-là, celle de mes morts et de nos morts, finira par s’effacer.

Le monde d’aujourd’hui, qu’amoindrit l’oubli volontaire pratiqué par les hommes politiques, est le monde immoral, le monde tragique qui sera laissé en héritage aux générations de demain.

Radu Portocala

samedi, 19 mars 2005

Shamrock et la Trinité : Heureux les simples...

Le 17 mars dernier se fétait la Saint Patrick, occasion de fêter l'esprit batailleur des irlandais, l'évangélisation de la verte Irlande, un Patrick canonisé, et occasion aussi de verser force libations. A dire le vrai, je connaissais mal ce Patrick, bien qu'ayant visité l'Irlande, ayant gravi le Croag Patrick, vu le Rock of Cashel et tous les hauts lieux irlandais.

Il y a quelques jours, à l'occasion de cette fête, j'entends à la radio que Patrick avait fait basculé l'Irlande dans le camp du Christ en expliquant aux gens incrédules que la Trinité était très simple à comprendre et pour cela, qu'il suffisait de prendre un trèfle et constater que la même plante, unique, pouvait produire trois lobes très distincts et pourtant unis. J'imagine que cette comparaison a dû parler pour les irlandais de l'époque. En tous cas, elle m'a parlé immédiatement à moi. Bête que je suis, bien entendu, c'est aussi simple que cela. Qu'allons-nous chercher une réponse à nos questionnements mystiques dans des traités de théologie abscons et poussiéreux quand elle se lit en se collant le nez dans le gazon ? Merci cher Patrick, d'avoir lu dans le grand livre du monde cette marque discrète de l'auteur des galaxies. Le trèfle, modeste plante théologique, simple, discrète, prolifique, mangée par les vaches, manduquée par ces bovins patients et doux que l'on a déclarés fous un jour parce qu'on leur faisait manger du cadavre. La vache, également promue depuis animal théologique, est devenu folle car elle était séparée du trèfle trinitaire, comme nous-mêmes, pauvres andouilles, devenons fous à lier quand nous nous séparons de ce principe vital, trine et un.

Les artistes Irlandais et celtes, conquis et charmés, ont retranscris cette unicité et cette indissolubilité de la Trinité dans les entrelacements infinis de leur art. Cela, également, vaut mieux que tous les traités.

Avons-nous donc l'esprit si embrumé par les fadaises philosophiques des quatre siècles passés que nous ne sachions plus considérer simplement les vérités théologiques comme une manifestation de simplicité ? La simplicité évangélique, est-ce donc cela ? L'évidence est sous nos yeux mais nous ne voyons pas. Nous attendons que le Christ viennent, à nous aussi, nous appliquer un peu de salive sur les paupières et nous renvoyer à la piscine de Siloë. Oui, décidemment, heureux les simples d'esprit, le royaume des cieux est à eux. Merci Patrick, de me dire que ce n'est pas le trèfle à quatre feuilles qui est un porte bonheur, mais celui à trois.

mercredi, 16 mars 2005

No comment

medium_blabla.jpgAllez savoir pourquoi j'ai désactivé la rubrique "commentaires" de ce blog ? Sans doute pour ne pas à subir les litanies des commentateurs. Je commente moi-même, je n'ai pas envie que l'on commente mes commentaires.

Le monde est bien bavard et je pense que seul le silence est à même de faire, finalement, le seul commentaire qui vaille. La parole humaine est déliquescente, elle entraîne vers le non-être alors qu'elle ne devrait être que la réminiscence et l'aspiration vers la Parole divine, le souffle duquel sont sorties toutes choses. Je peine excessivement, dans mes traînasseries de lombric, à sortir une seule parole qui soit à la hauteur du destin de géant qui est le notre. Alors subir la parole d'autrui, qui a peu de chance d'être libératrice, ne me plaît qu'à moitié.

Cependant, si vous voulez réagir malgré mes propos éminemment désobligeants, vous pouvez vous diriger vers le site des origines, le Gué du Iaboc, lequel prend son nom du combat que livra Jacob contre l'ange sans dire un mot. Mais je peux garder le silence sur vos demandes, hypocrites lecteurs, mes frères.

lundi, 14 mars 2005

Cène de jalousie

A défaut de sang, cela fait couler de l'encre, ce qui en soit est déjà un très bon résultat. Quoi donc ? Cette simple affiche dont la pose des personnages rappelle pour beaucoup la Dernière Cène, le tableau de Léonard de Vinci :

medium_cene.jpg



Et bien entendu, l'usage de cette image n'a pas été autorisée, ce dont s'offusque l'inénarrable journal Le Monde, journal satirique quotidien dont beaucoup croient encore au sérieux, à l'objectivité et à l'indépendance, en publiant un entrefilet. Cette fois-ci, c'est l'ordre moral qui pointe son nez, sous les cris outré des dévôts :


La Ligue des droits de l’homme (LDH) a dénoncé, vendredi 11 mars, « un retour de l’ordre religieux », après la décision de la justice d’interdire l’affichage d’une publicité des créateurs de mode de prêt-à-porter Marithé et François Girbaud qui présentait une libre interprétation de « La Cène » de Léonard de Vinci. Les magistrats avaient donné raison, le 10 mars, à l’association Croyances et libertés, représentant l’épiscopat, qui avait saisi en référé le tribunal de grande instance de Paris (Le Monde du 12 mars). « Cette décision d’interdiction est une scandaleuse régression », écrit la LDH dans un communiqué. Il s’agit d’« une atteinte délibérément disproportionnée à la liberté d’expression de la publicité, laquelle ne devrait avoir de comptes à rendre qu’aux artistes qu’elle pille pour vendre ». Pour la LDH, ce jugement restaure « le délit de blasphème » et signe « le retour de l’Inquisition ».La société Girbaud ayant annoncé son intention de faire appel de la décision, la LDH indique qu’elle « interviendra (…) aux côtés des publicitaires ».


Quoi, la République laïque donnerait raison à une bande d'affreux calottins, représentants d'une monarchie théocratique qui n'a même pas compris que le préservatif était le zénith de la pensée des Lumières. Diable, où allons-nous si même les publicitaires ne peuvent saccager les images pieuses ? Il est vrai que l'Eglise elle-même, à travers des ouvrages comme ceux de Mgr Rouet sur l'art contemporain et la foi, pouvait seule sauter à pieds joints sur son fondateur !

On peut supposer que la Ligue des Droits de l'Homme soit une organisation où la tolérance et l'anti-fanatisme s'affichent, de même que la tempérance qui semblerait être une seconde peau chez de si zélés défenseurs des droits humains. Oui mais c'est sans compter les saintes colères de ses dirigeants. Il faut bien examiner les termes employés pour se rendre compte que le progrès humain est définitivement en marche vers une aube dorée où tous les hommes pourront jurer et sacrer en piétinant la foi d'autres hommes, surtout si ces derniers sont des catholiques. Bref, à bien y réfléchir, le catholique n'est pas vraiment un homme et rien ne vaudrait une bonne euthanasie pour calmer les partisans de l'Infâme !

Donc, respecter l'opinion et la foi d'autres hommes est "une scandaleuse regression" ! Sage décision qui ouvre des perspectives assez interessantes.

J'aime particulièrement bien ce passage qui ouvre dans mon esprit des abîmes de reflexions : « une atteinte délibérément disproportionnée à la liberté d’expression de la publicité, laquelle ne devrait avoir de comptes à rendre qu’aux artistes qu’elle pille pour vendre ».

Bien entendu, ce cher Léonardo n'est pas là pour entendre de telles absurdités, et encore moins pour défendre un droit d'auteur qui n'existait pas à l'époque. Mais poussons un peu plus loin le bouchon. Qui est finalement l'auteur de la Cène ? Leonardo ou le Christ ? Leonardo n'a fait que représenter un événement qui eut lieu bien avant sa naissance. Le véritable auteur de la Cène est bel et bien le Christ et c'est donc à Lui et à Lui seul que la publicité et ses publicitaires devraient rendre compte. La situation est cocasse, avouons-le et je ne doute pas un instant de la mansuétude de Jésus envers les griffoneurs dénués d'imagination qui ont singé le moment où il faisait un don entier de son être à toute l'humanité. Certains proclament les droits de l'homme à en faire pêter la glotte contre la calotte et d'autres donnent leur vie pour que les hommes accèdent à l'éternité. Ce n'est pas un gribouillage de publicitaire qui reviendra là-dessus.

Passons sur les imbécilités habituelles : "délit de blasphème", "retour de l'Inquisition". Les petits Fouquier-Tinville ergotteux et merdaillons ont toujours eu des éructations etronesques. Imbéciles, si blasphème il y a, vous devrez en rendre compte non pas devant de pauvres juges humains mais devant le créateur des mondes connus. De toute manières, comme vous n'y croyez pas, que cela vous chaut ? Quant à l'Inquisition, le mieux serait un peu de se moucher avant de plonger le nez dans les études historiques dignes de ce nom. Si l'Inquisition a eu tort lorsqu'elle fut détournée par les pouvoirs politiques - profitant de l'incurie de l'Eglise - rien ne peut dépasser les crimes commis au nom de la Liberté dans le monde. Là, effectivement, il y a quelques dossiers à creuser plutôt que de pleurnicher sur une image.

jeudi, 03 mars 2005

Le choix des lames : la voie de la sainteté ou de l'enfer !

Ce que je vais dire ne concerne que les hommes, les velus, et traite de la voie qui s'offre à eux désormais pour devenir des saints ou des bourreaux. Ceci par la grâce du poil qui pousse inéxorablement sur leur menton.

C'est bien une histoire horripilante de poils qui est en jeu en ce bas monde et le risque est que certaines décisions risquent de faire basculer le pivot fragile de notre globe.

medium_lames.jpegAvez-vous remarqué, messieurs, combien l'acquisition de lames de rasoirs dans les temples du commerce que sont les hyper et supermarchés devenait une course épuisante de combattant ? Jadis, en un temps que les imberbes actuels ne peuvent connaître, nous pouvions prendre dans les rayons et payer simplement à la caisse ces petits paquets de lames onéreux destinés à éliminer les pilosités de nos joues. Or, ce n'est plus le cas. Par la faute des petits malfrats voleurs à la tire, les paquets de lames ne sont plus accessibles. On vous place soit des cartonnettes qu'il faut échanger en caisse, soit des blisters protégés qu'il faut également protéger en caisse. L'acquisition de lames de rasoirs est devenu une course d'obstacle. Soit il n'y a plus de cartonnettes, soit il y en a mais ne correspondant pas au stock, soit vous êtes dans la caisse ou le blister ne peut pas être déprotégé. Bref, c'est devenu horripilant, presque autant qu'un discours de Jacques Chirac (zénith de l'horripilation).

Les sociétés productrices de ces lames (fort chères au demeurant) ont essayé de mettre en place des solutions assez apocalyptiques avec prise de photo des consommateurs (pour des lames de rasoir !) ou mise en place de puces RIFD. Si, si !

Bien évidemment, de telles initiatives ont fait se lever des tas de boucliers d'hommes velus au point que Gillette à l'honneur d'un site de boycott et a finalement fait marche arrière.

Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi les sociétés qui vendent des produits d'après-rasage ne se soient pas non plus manifestées tant le fait de se tailler le poil est indissolublement lié à leur commerce. Que d'aucuns se mettent, par réaction, à se laisser pousser la barbe et c'est tout un pan de l'économie occidentale qui s'éffondre !

Puisque les hommes sont désormais concernés au plus près par ces questions, je vois d'ici la tentation affriolante de certains de changer complètement leur mode de vie, à défaut de changer la face du monde.

Soit ils restent glabres en achetant des rasoirs éléctriques (chers et donnant désormais l'impression de de se coller un téléphone portable sous le menton), soit ils se laissent pousser la barbe, et c'est là que cela devient interessant car plusieurs choix s'offrent à eux.

1- la voie de la sainteté évangélique

Je prendrais d'abord pour exemple le plus célèbre de tous les barbus chrétiens, à savoir Jésus de Nazareth, mon maître et mon frère, dont la contemplation éternelle dans son royaume reste mon objectif primordial. Si certains chatte-mittes contemporains ont pû considérer que le Christ était glabre, ainsi qu'on le représentait dans les premières imageries de type grecques, force est de constater que depuis la mise au jour du linceul du Christ, celui-ci est toujours représenté barbu. D'ailleurs, c'est ainsi que son image s'est transmise jusqu'à nous par cette incroyable opération d'Impression-Retrait sans contact opérée sur le linceul qui abritait son corps, encore appelé Linceul de Turin

Bien entendu, cette voie n'est pas réservée aux nazirs juifs et il faut reconnaître qu'en matière de barbe, le Prophète Mahomet en connaissait quelques longueurs. Au point que le port de la barbe est assez réglementé et que quelques centimétres de l'appendice décoratif pileux du fondateur de l'Islam se trouvent précieusement gardés au Musée de Topkapi, à Istambül. Remarquons simplement que le port de la barbe n'est pas sans risque et que ceux qui réclament ensuite le retour à la "glabreté" s'exposent à de graves inconvénients. En 1963, au Cachemire, la région fut mise à feu et à sang parce qu'un poil de barbe du Prophète avait disparu d'un sanctuaire !

"Mais il est tout à fait possible de prendre un autre modèle bien connu (sans doute moins pour une sainteté qu'il reste à démontrer tant son empressement évangélique à baptiser fut "énergique") à savoir Charlemagne, dit aussi "l'empereur à la barbe fleurie. Bien entendu, dans cette histoire, tout est histoire de faussaire car Carolus Magnus ne portait pas de barbe. C'est l'imagerie populaire qui, estimant qu'une absence de système pileux fourni ne faisait pas sérieux, l'en a doté. En vieux français « flori » signifie « blanc », et sur la mosaïque du Latran on voit Charlemagne et le pape Léon IV entourer saint Pierre mais Charlemagne est imberbe… C’est au Moyen Age que Charlemagne se vit attribuer une barbe. En effet à l’époque on ne pouvait concevoir qu’un « puissant » en soit démunit ! (Molière dit « Du côté de la barbe est la toute-puissance »)(Source).


2- la voie des enfers

Dans cette voie, pavée bien entendu de bonnes intentions, il faut bien avouer que les modèles pileux ne manquent pas.


Nous avons d'abord Barbe Noire, pirate de sa condition et dont la tête finit sur le gibet. Edward Teach, de son vrai nom, a "un air imposant, avec une haute taille et une forte carrure. Il porte une barbe noire maculée de graisse, s'étalant sur sa poitrine. Son corps est jamais lavé. Il sent la sueur mélangée au Rhum et à la poudre de canon. Ses vêtements, déchirés par les nombreux combats, sont de couleur sombre, tâchés de sang et de boissons diverses. Certains capitaines se donnaient une image de gentleman vêtu de tissus fins et rares et préféraient la négociation. Barbenoire, préférait cultiver son image de furie, de monstre. Au combat, sa barbe était tressée d'une dizaine de nattes attachées par des rubans rouge sang. Au combat, il avait pour habitude d'accrocher deux brandons enflammés sous son chapeau, lesquels pendaient le long de son visage. Il utilisait cette méthode pour terrifier ses adversaires" (source).


Nous avons également Barbe bleue, lequel servait à effrayer les petits enfants autrefois et avait une tendance facheuse à la polygamie meurtrière. Rappelons un peu l'histoire : "Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la ville et à la campagne, de la vaisselle d'or et d'argent, des meubles en broderies et des carrosses tout dorés. Mais, par malheur, cet homme avait la barbe bleue : cela le rendait si laid et si terrible, qu'il n'était ni femme ni fille qui ne s'enfuît de devant lui". (Anne, ma soeur Anne, voici la suite...)


Nous avons encore les frères Barberousse, corsaires des barbaresques spécialisé dans les razzias sur la Méditerrannée et les côtes de l'Afrique. Belle engeance rappelée à l'ordre de la bienséance la plus élémentaire par les marins de la République de Gênes!



Nous avons enfin Barbe Rouge, autre pirate repris par la bande dessinée. Et décidemment, on se demande si la vocation de nos vendeurs de lames de rasoir n'est pas de faire éclore des vocations de flibustiers dans les arrières-cours des immeubles en forçant les adolescents boutonneux à utiliser leurs lames de cutters dès qu'ils ont trois poils qui se battent en duel !

La voie de la perdition est donc semée de poils et à ce titre, mentionnons pour l'exemple et en conclusion le plus célèbre des petits Hitler contemporains à savoir Oussama Lerecherché, dit "Le Ben Laden", moustache taillée et barbe laissée telle quelle comme le veut la tradition islamique.


Si la voie de la perdition est parsemée de poils, la voie de la liberté l'est également car, en mettant des entraves à l'acquisition des lames de rasoirs par des mesures aussi stupides qu'inefficaces, les fabricants nous entraînent vers une islamisation forcée. Non, non, ne riez pas. Le costume ne fait pas le moine, certes, mais il y contribue. Et au-delà de l'exagération et de l'humour qui sont les miens sur ce sujet -vous l'aurez noté, j'espère, il est à noter que le fait de se raser est une voie de la libération de la tyrannie.

Souvenez-vous des rues de Kaboul lors de la chute des Taliban, quand les afghans se précipitèrent dans les échoppes de barbiers pour se faire tondre le poil. En 1910 également, le Parlement ottoman a connu des discussions sur ce sujet au moment de l'adoption d'une loi concernant la carte d'identité ottomane. Cette loi exigeait que soit mentionnée sur la carte d'identité la couleur de la barbe. Certains députés ottomans ont alors estimé que cette mention était inutile puisqu'il était toujours possible de se raser la barbe. Là dessus, le député d'Amasya, Fazil Arif Efendi, se leva pour déclarer sévèrement: "Un vrai patriote ne rase jamais sa barbe. Ceux qui coupent leurs moustaches et leurs barbes ne sont que de vulgaires imposteurs !" (source). Voyez comme certains sont assez raseurs.

Je ne voudrai pas ajouter de confusion dans votre tête mais il ne faut point non plus trop de liberté car on commet de grands crimes en son nom et à ce titre, je voudrais rappeler qu'un des petits noms de la guillotine était : "rasoir national". Comme quoi, si ne pas se raser peut conduire au paradis ou en enfer, le fait de le faire peut conduire droit à l'échafaud !

Comme on le voit au final, le simple vouloir de contrôler le consommateur peut engendrer vers l'être humain qui couve en ce dernier (on l'espère) des tendances qu'il serait hasardeux de vouloir toucher. Lorsque nous serons tous barbus par la faute de quelques imbéciles, quelques vieux barbons dont je serai réfléchirons sur les affres de la destinée humaine. Il sera cependant trop tard lorsque, le soir tombé, nous ferons le point sur nos vies délirantes. Peut-être le sommeil ne viendra-t-il pas devant cette crasse insane qui nous inondera et nous finirons simplement par faire comme le capitaine Haddock, à choisir entre barbe en-dessous et barbe au-dessus.

Toutes les notes