« 2002-12 | Page d'accueil | 2005-01 »

jeudi, 20 février 2003

New Age : le porteur d'eau vive à la rencontre des enfants du Verseau

Lundi 3 février 2003, le Vatican a rendu public un document intitulé "Jésus-Christ, le porteur d'eau vive. Une réflexion chrétienne sur le New Age", soulignant l'importance du phénomène des "nouvelles religiosités" par lesquelles l'Eglise est mise au défi . Ce document d'importance ( 70 pages remis en forme sur ce site) est une adresse directe à tous ceux qui sont engagés dans une pastorale de terrain efficace. C'est dire sans doute l'urgence de la situation et peut-être l'état inapproprié des réponses apportées jusqu'alors à ce phénomène. Le texte mentionne en effet que "le Nouvel Age séduit surtout parce qu'une grande partie de ce qu'il offre répond à des besoins que les institutions établies n'ont pas toujours été capables de satisfaire". Ce constat s'aggrave par la perte générale d'une sentiment "d'appartenance" à une institution et de la sacralisation d'un individu qui n'est plus disposé à accepter avant le sien un jugement "officiel". Par ailleurs, le document adresse une mise en garde feutrée, mais ferme, à tous les mouvements chrétiens qui seraient tentés de considérer les techniques utilisées par le Nouvel Age comme une nouvelle forme d'approche de la foi. Les antagonismes sont en effet très grands avec le christianisme malgré une recherche "spirituelle" qui pousserait en premier abord à la sympathie. Le Cardinal Poupard a affirmé, au cours de la conférence de presse de présentation que "Le New Age est une fausse utopie pour répondre à la soif profonde de bonheur de l'être humain. C'est une réponse trompeuse aux espoirs d'une nouvelle ère de paix, d'harmonie et de réconciliation avec soi, avec les autres et avec la nature".

Surtout, enfermant ses adeptes ou sympathisants dans un naturalisme fermé à l'altérité, le Nouvel Age peut se définir négativement comme un corps de doctrine informel poussant à accroître le pouvoir sur les autres au lieu d'encourager la communion des personnes dans l'unité. Pouvoir sur autrui aggravé d'une forme d'égoïsme inhérente aux idées véhiculées car on peut réellement douter, averti le texte, de l'apport du Nouvel Age à la réalisation du Bien commun. En effet " au-delà des motivations avancées, tous ces phénomènes doivent être jugés en fonction de leurs résultats, et toute la question est de savoir s'ils promeuvent le moi ou la solidarité, et cela non seulement avec les baleines, les arbres ou ceux qui partagent les mêmes idées, mais avec toute la création, et donc aussi avec l'humanité toute entière. Car comme le dit le Cardinal Ratzinger, le risque le plus insidieux de toute philosophie de l'égoïsme(…), est qu'elle se traduise par un ensemble de stratégies destinées à réduire le nombre de ceux qui mangeront à la table de l'humanité". Cependant, le document incite à reconnaître ce qu'a d'authentique le sentiment religieux chez les personnes influencées par le Nouvel Age.

Le grand avantage du document présenté est de présenter un glossaire détaillé et clair des concepts du New Age, une imposante bibliographie pour tous ceux qui souhaiteraient approfondir la thématique ainsi qu'un condensé critique des doctrines. Disons "des" doctrines plutôt que "la" doctrine tant le New Age apparaît comme un foisonnement de mouvements fluides n'ayant que très rarement des contacts entre eux mais se retrouvant dans ce que l'on pourrait appeler un "rejet de la modernité". La véritable nouveauté du New Age par rapport aux mouvements ésotériques plus anciens est un "un syncrétisme d'éléments ésotériques et séculiers" plus qu'une nouvelle religion. Du point de vue de la foi chrétienne, le Nouvel Age n'est qu'un refuge de plus dans l'idéalisme éthéré, dans le rêve d'une société parfaite ne comportant plus d'éléments "impurs", sorte de rêve Cathare remis au goût du jour. On se rend compte dès lors que cet idéalisme, à l'opposé du retour au réel et de l'engagement chrétien prôné par l'Eglise catholique, est porteur de dérives dont l'humanité, fatalement, ferait les frais.

Ce qui est demandé aux chrétiens, en résumé, c'est d'avoir une foi solide pour exposer cette bonne nouvelle d'un Dieu qui s'abaisse et vient à leur rencontre au lieu d'une conquête imparfaite et frustrante d'une divinité impersonnelle dans laquelle il faudrait se fondre pour trouver un accomplissement personnel. Ce document apporte les réponses à offrir à qui à soif !