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mercredi, 09 mai 2001

Nous ne sommes pas tous des petits LU mais...

Plusieurs grandes entreprises ont annoncé des plans de restructuration se traduisant par des licenciements. Les caciques d'une gauche dure en quête de combat se mobilise pour interdire les licenciements. Si cela doit advenir, nous arriverons à une glaciation de l'économie française et beaucoup d'entreprise délocaliseront leur activité vers des cieux sociaux plus cléments. C'est un extrême dans lequel il ne faut pas tomber pour le bien commun de tous. Tout licenciement est une catastrophe car le personnel licencié prend à juste raison la mesure pour une sanction, l'entreprise sort blessée de cette épreuve, les familles sont dans l'inquiétude pour l'avenir. Tout licenciement ne doit être que la mesure ultime des mouvements de restructuration naturels d'une entreprise.

On doit cependant opérer une distinction entre les licenciements. Le jugement moral est différend selon les situations rencontrées.

Il y a la suppression d'emplois qui est une condition de survie pour une entreprise dans une mauvaise passe. Regrettable car des aménagements n'ont pas été conduits en amont. La stratégie de l'entreprise est-elle bonne ? Le marché porteur ? Beaucoup d'entreprises meurent "naturellement" ainsi. On ne peut conserver des emplois dans des entreprises en état de mort clinique. L'Etat a voulu le faire pour la sidérurgie et le charbonnage. Le résultat fut exhorbitant en coût pour la collectivité nationale.

Il y a les redéploiements économiques au sein d'un groupe, redéploiements négociés avec toutes les composantes de l'entreprise. La vie de l'entreprise nécessite des virages qui sont liés à l'apparition de nouveaux concurrents ou de nouvelles technologies. L'employeur est tenu, moralement, et légalement, d'étudier toutes les possibilités pour éviter des licenciements (RTT, autres activités, préretraite, reclassement, formation longue durée,...)

Il y a enfin les licenciements liés à des motifs purement financiers ou boursiers. Ces licenciements sont dictés à distance par des opérateurs pour reprendre à des attentes de pure spéculation. Il ne peut y avoir de mots assez durs pour condamner ces pratiques esclavagistes qui montrent une dérive financière de l'économie. Il ne s'agit plus, dans ce cas, de sauver une société, ou de la rendre plus conforme à l'état de la concurrence, mais seulement d'accroître la rentabilité boursière. Ces licenciements "au bon confort" des actionnaires sont inacceptables au regard de la finalité de l'opération. La pression des fonds de pension, principaux actionnaires, est anti-économique.



La finalité du travail et de l'activité économique sont d'être au service de l'Homme et non l'inverse. Sombrer dans une logique purement financière et l'aboutissement de la réification du travail humain.

"Le septième commandement (tu ne voleras point) défend de prendre ou de retenir le bien du prochain injustrement et de faire du tort au prochain en ses biens de quelque manière que ce soit. Il prescrit la justice et la charité dans la gestion des biens terrestres et des fruits du travail des hommes" (catéchisme de l'Eglise catholique, N°2401). Le travail des hommes est ici volé par la dérive financière dans une spirale d'irresponsabilité et d'individualisme. Le Catéchisme renchérit au N°2413 en disant que "le septième commandement proscrit les actes ou entreprises qui, pour quelque raison que ce soit, égoïste ou idéologique, mercantile ou totalitaire, conduisent à asservir des êtres humains, à méconnaitre leur dignité personnelle, à les acheter, à les vendre et à les échanger comme des marchandises". Même si cette définition s'applique plus à l'esclavage qu'aux relations économiques "normales", comment ne pas mettre en relation des actes qui font paraître les femmes et les hommes qui travaillent, et qui travaillent bien, comme de simples pions sacrifiables ?

La constitution conciliaire Gaudium et Spes enfonce le clou plus profondément encore (GS 63, 65) en disant qu'une "théorie qui fait du profit la règle exclusive et la fin ultime de l'activité économique est moralement inacceptable. L'appétit désordonné de l'argent ne manque pas de produire ses effets pervers. Toute pratique qui réduit les personnes à n'être que de purs moyens en vue du profit, asservit l'homme, conduit à l'idolâtrie et contribue à répandre l'athéisme car "vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et Mammon".

Le catéchisme (N°2432) affirme que "les responsables d'entreprises portent devant la société la responsabilité économique et écologique de leurs opérations : ils sont tenus de considérer le bien des personnes et pas seulement l'augmentation des profits. Ceux-ci sont nécessaires cependant. Ils permettent de réaliser les investissements qui assurent l'avenir des entreprises. Ils garantissent l'emploi". En l'espèce, ils garantissent seulement le confort du seul actionnaire au détriment de tous les autres. "C'est l'homme en effet qui est l'auteur, le centre et le but de toute la vie économico-sociale" (GS63). Déjà, Paul VI mettait en garde dans sa lettre apostolique Octogesima advenius (N°44) : "Sous la poussée des nouveaux systèmes de production, les frontières nationales éclatent et l'on voit apparaître de nouvelles puissances économiques, les entreprises multinationales, qui par la concentration et la souplesse de leurs moyens peuvent mener des stratégies autonomes, en grande partie indépendante des pouvoirs publics nationaux, donc sans contrôle au point du vue du bien commun. En étendant leurs activités, ces organismes privés peuvent conduire à une nouvelle forme abusive de domination économique sur le domaine social, culturel et même politique".

Bien vu, Jean-Baptiste MONTINI, nous y sommes. Encore un effort donc, messieurs les actionnaires, vous êtes sur la voie de la justice sociale et de l'aube dorée du nouvel âge !