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jeudi, 05 août 1999

Une volonté américaine


Sur les circonstances de la guerre et sur l'incroyable coïncidence de ce conflit avec la fin de l'Otan, on peut se demander si, au final, il n'y a pas eu une volonté délibérée de proroger une domination impériale au frais de petits peuples.

Souvenons-nous qu'au début de l'année 1994, les États-Unis étaient très réticents à intervenir dans les Balkans. C'est logique compte tenu de l'influence profonde qu'a, dans ce pays, les partisans de la doctrine Monroe, c'est à dire de l'isolationnisme. En règle générale, l'Amérique n'intervient que si elle peut rester maîtresse du terrain. C'est ce qu'elle a fait avec l'affaire des Balkans et les incroyables impérities des européens.

Au début de l'année 1994, un obus de mortier explose sur le marché de Markale, faisant de nombreuses victimes. On a aussitôt accusé les serbes de ce forfait et "on" a décidé de faire quelque chose. Le président français de l'époque, avec l'appui de l'opposition, décide de faire appel aux américains.

Jusqu'alors, les États-Unis s'intéressaient intensément à la Turquie pour plusieurs raisons :

1- C'est un accès sur le pétrole du Caucase
2- C'est un château d'eau qui irrigue l'Irak et la Syrie
3- C'est l'accès à la mer noire et la possibilité de bloquer les Russes
4- C'est un peuple de 80 millions d'habitant, consommateurs potentiels
5- C'est un accès incroyable à la turcophonie des ex-républiques soviétiques


La Turquie apparaîssait donc à l'époque comme le pivot de la diplomatie américaine en centre Europe. Cependant, les États-Unis avaient eu de l'intérêt pour l'Albanie et la Macédoine dont les structures déliquescentes leur apparaissait comme un futur ventre mou balkanique.

Au moment où, sur l'initiative de la France, l'Europe fait appel aux États-Unis, il n'a fallu que quelques heures d'hésitation à la Maison blanche et au Département d'État. Les conseillers du Président et les stratèges se sont rendus compte bien vite du parti qu'ils pouvaient tirer de cet appel, en fait un aveu d'impuissance. L'Europe se tirait une balle dans le pied et c'est la France qui appuyait sur la gâchette. Ce qu'il y a de prévisible avec les États-Unis, c'est que lorsqu'ils débarquent, ils débarquent en force et veulent être les maîtres du jeu. C'est une réaction normale compte tenu de leur puissance. Lorsque les rapports de force s'inversent, ils partent illico. Nous l'avons vu en Somalie et nous avons vu aussi que la complexité de la situation au Rwanda a vite fait rendre les armes à la superpuissance. Le marigot africain n'est compréhensible que par ceux qui y vivent !

Les États-Unis ont fait alors le forcing pour mettre en place une fédération croato-musulmane, dans l'objectif de faire plier les serbes. Ils ont bataillé ferme pour armer et renforcer la Bosnie et en faire un État solide, et de surcroît, un État musulman. Cette stratégie s'adressait aussi au monde islamique que l'Amérique courtise pour ses débouchés commerciaux. Elle permettait de faire passer l'Amérique pour autre chose que le Satan habituel car cette fois-ci, les États-Unis aidaient l'Islam. Ils ont donc renforcé le pouvoir de M. Itzebegovic, un des pères du fondamentalisme mulsuman. L'ironie de l'Histoire veut ainsi que celui qui a inspiré l'ayatollah Khomeiny soit devenu l'allié objectif et le protégé du "grand Satan".

C'est a ce moment que l'Europe entière est devenue la vassale de l'Amérique. Comte tenu des budgets militaires alors en cours dans les différentes nations américaines, on s'étonne de constater que l'ensemble des pays n'ait pas réussi à réunir les moyens aéronautiques suffisant pour mener une intervention armée. Ces moyens, les États-Unis les a fourni... et en est resté maître. Les divergences européennes et les arrières-pensées ont divisé les européens. La France aurait gardé un niveau d'équipement militaire correct, elle aurait eu plus les moyens de donner de la voix et les choses n'en seraient peut-être pas où elles en sont aujourd'hui.

L'Amérique a justement conclu de ces atermoiements que l'Europe était incapable de régler ses problèmes internes. Le maintien de l'OTAN au-delà de la date fatidique de 1999 se justifiait donc. Elle se justifiait dans un concept global de sécurité nouveau auquel tous les pays européens ont souscrit sans discuter et avec le fort mouvement démocratique et les débats que l'on sait, c'est à dire le zéro absolu.

Dans ce nouveau concept, ce qui importait surtout aux États-Unis (qui ont quand même une vision a long terme), c'était de prendre pied en Europe centrale pour faire un contrepoids éventuel à des velléités russes. Ont été inclus dans l'OTAN la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie. L'avantage de l'intégration, c'est que la politique de défense, donc la politique étrangère de ces États, passait sous influence américaine avec toutes les conséquences en cascade que cela induisait pour les industries de défense américaine. Par exemple, les vieux MIG ont été remplacés par des F16.

Le bourbier balkanique est venu prêter une main forte extraordinaire à cette nouvelle conception du rôle de l'OTAN. En agissant en sous-main pour armer les mouvement de dissidence (UCK), les États-Unis étaient sûr de maintenir un foyer de fixation de conflit armé nécessitant à un moment ou à un autre leur intervention. La boucle était dès lors bouclée : l'Europe impuissante ne pouvait plus se passer de l'OTAN et l'OTAN s'accrochait comme une tique sur le dos de l'Europe.

Le statut d'esclave coûte cher mais tout le monde l'a approuvé. Honte à vous, principules qui nous gouvernez !