lundi, 19 juin 2006
Rebatet, la lumière et l'ombre
Je viens de terminer, terrassé, "les deux étendards" de Lucien Rebatet. La fin n'est pas heureuse, laisse un sentiment d'inachevé et de gâchis mais, au milieu de cette boue se dégage l'aventure amoureuse unique de Régis, Michel et Anne-Marie. Anne-Marie, surtout, l'admirable figure dont le filigrane illumine ce roman magique, est un hymne à la féminité la plus tendre et la plus sauvage.
Rebatet n'a jamais pû aller au-delà de ce roman. Il ne le pouvait plus. Avoir tout donné comme cela, dans ce style qui arrache les tripes, est tout simplement fabuleux. Pour me tenir en haleine durant 1300 pages dans un roman qui ne parle que d'amour de la première à le dernière page, il faut avoir un talent énorme, disproportionné.
Au-delà du personnage glauque de Lucien Rebatet, son style est prodigieux. Mais quel anti-clérical, quelle charge virulente contre l'Eglise et le catholicisme... et quel roman chrétien parlant de l'amour le plus brûlant, à travers ses phases spirituelles puis extrêmement charnelles et érotiques. L'être humain dans toute sa démesure de passion entre le ciel et la terre, les deux étendards, au milieu duquel flotte la figure féminine.
Répètons-le avec nos pauvres mots dérisoires : un maître roman du XXème siècle, trop méconnu.
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jeudi, 04 mai 2006
Rebatet, les deux étendards et l'amour
Je suis plongé, littéralement plongé dans cet immense roman de Rebatet qu'est "Les deux étendards", ce pour quoi ce blog est en sommeil partiel. Nos écrits sont de bien piètre qualité devant la ferveur littéraire dégagée par cet imposant ouvrage de plus de 1300 pages.
Lucien Rebatet, dont je n'avais connaissance que par une réputation sulfureuse de collaborateur, chantre du fascisme, anti-sémite convaincu, a écrit une oeuvre majeure, un roman qui est un des meilleurs que j'ai lu ces dernières années. Quand un livre prend aux tripes de cette façon parce qu'il est humain, terriblement humain, c'est qu'il est une perle. L'uppercut ressentit par la lecture du "voyage au bout de la nuit" de Céline, ou du "Cheval Rouge" d'Eugenio Corti, me retasse le foie avec les "deux étendards".
Quelle langue, quelle admirable langue utilisée par Rebatet. Des mots polis, léchés, incisifs dans des phrases concises, acérées comme des poignards. Un style français dans son plus beau sens classique, presque du Voltaire dans la manière dont la phrase est amenée pour nous jeter hors de nous.
Autour de ce thème désuet de l'amour d'un homme pour une femme engagée auprès d'un autre, Rebatet visite toute la psychologie humaine dans une flamboyante fresque qui ravage les coeurs. Dire que ce roman a été écrit en prison, alors que l'auteur attendait sa condamnation à mort pour fait de collaboration, écrit dans une urgence qui lui faisait craindre de ne pas pouvoir l'achever avant d'être exécuté, laisse pantois.
Un livre majeur, et méconnu, de la littérature française du XXème siècle, à mon humble avis.
Je replonge dedans !
Voir le dossier sur Sombreval, les Carnets de JLK
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