lundi, 25 décembre 2006
Et le Verbe s'est fait chair...
... et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité" - Jean, 1,14-18

Nous n'avons pas découvert Dieu, c'est lui qui nous a cherché et qui s'est révélé, progressivement, doucement, en tenant compte de la liberté insensée et fondamentale qu'il laissait à sa créature. Dieu, l'incréé, celui qui, par définition, n'a ni début ni fin, à qui appartiennent tous les attributs de perfection et que personne n'a vu de ce côté-ci de la mort, Dieu donc, entre dans sa Création. L'artiste entre dans son oeuvre, comme élément fondateur de son oeuvre, comme élément essentiel du tableau qu'il parachève de sa signature en demandant à l'oeuvre de participer à la vie intime de l'artiste. Nul peintre, sculpteur, musicien, danseur, n'est allé aussi loin dans la rencontre.
Si Noël est devenu une fête chrétienne que l'on cache au nom du respect des différences de l'autre et d'un matérialisme abrutissant de crasse consumériste, la méditation sur l'Incarnation de Dieu ouvre des perspectives gigantesques. Des perspectives qui s'ouvrent sur l'infini et l'éternité. En naissant dans la chair humaine, Dieu, par un effet de miroir, montre comment l'Homme peut naître à la vie de Dieu. En deux mots, "si je suis venu à toi, viens également à moi". La main tendue par le Seigneur est une main amoureuse. Elle est une main qui s'offre et s'ouvre. Elle est cette main qui prolonge magnifiquement celle qu'a voulu dessiner Michel-Ange sur le plafond de la chapelle Sixtine, où l'on voit Dieu le Père réveiller Adam d'un geste tendre et plein de force.
Noël, c'est la commémoration de la manifestation au peuple juif du mystère de l'incarnation qui consiste dans l'union en Jésus du Verbe engendré de la substance du Père avant tous les siècles avec l'humanité engendrée de la substance de sa mère dans le monde. Et ce mystère se complète par l'union de nos âmes au Christ qui nous engendre à la vie divine.
Noël, c'est la prise de risque du Créateur des mondes qui s'incarne et se confie entièrement aux mains de l'humanité. Dieu s'est d'abord donné à une femme, la Femme par excellence, qui a pris sur elle, en son for intérieur et avec la plus manifeste liberté, d'accueillir son créateur et de devenir ainsi sa mère. Ce paradoxe total, incompréhensible par la raison raisonnante, rejeté par les Juifs et les musulmans car trop fou ou scandaleux, est au coeur du message évangélique.
"Accepte, mon frère, de tordre ta logique et d'entrer dans la mienne. Accepte qu'il y ait quelqu'un qui te dépasse complètement. Fais faire un acte d'humilité à ton intelligence et prend les choses comme je te les présente. Sois un enfant comme je fus un enfant courant dans tes allées empierrées, jouant dans la poussière, courant avec mes camarades et me réfugiant dans les bras de ma mère quand les peurs m'angoissaient. Frère Homme, je sais ce que tu es car je suis ce que tu es. Et je suis ce que tu es car JE SUIS et que je t'appelle à être ce que je suis. J'ai fait un petit pas vers toi, fais un pas vers moi. Je suis celui que tu attends de tout ton coeur". Voici, sans offense ni blasphème, ni intention de gnoser, ce que pourrait être le message du créateur vers sa créature mais les phrases sont réductrices quand parle l'infini et, qui plus est, parle de coeur à coeur, sans ce médium pitoyable des mots.
Ainsi donc, ami lecteur, qui que tu sois, où que tu sois, et quelque soit ta relation avec Dieu, et même si tu n'as aucune relation, et que tu veuilles même ne jamais en entendre parler, reçois donc en ce "Dies Natalis" 2006, fête de l'Incarnation de Dieu, tous mes voeux d'espérance, de justice, de miséricorde et de joie profonde. Car mes voeux ne sont que le pâle reflet de ceux que formulent le Seigneur pour nous.
La gloire du Seigneur sera révélée et toute chair verra le salut de notre Dieu - Isaïe 40,5
Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime - Luc 2,14
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vendredi, 15 décembre 2006
Ere limbique
Le cerveau limbic est le siège des émotions et des souvenirs. Le cerveau reptilien est celui de l'instinct, de la faim. Le cerveau néo-cortex est celui de la raison. Sur lequel agit le ressort du monde actuel, en particulier quand on regarde l'évolution de la marchandisation du corps humain à travers la prostitution et la pornographie ? Sur le cerveau reptilien et le limbic. La raison, plaidée par Benoît XVI et l'Eglise dans son ensemble font appel au cerveau néo-cortex, aux hautes facultés intellectuelles de l'Homme (je n'ai pas dit haut Q.I.). La foi également fait appel à ce même cerveau. Quand le monde occidental dans son entier et dans sa frénésie gesticulatoire fait appel aux niveaux inférieurs du cerveau, cela s'appelle une décroissance du cerveau.
Et c'est d'ailleurs pour cela qu'il est si difficile de lutter contre la pornographie. L'impact de la pulsion sexuelle combinée au stimuli des images est une véritable bombe qui s'incruste dans les replis les plus intimes du cerveau. Plusieurs heures après, les images reviennent à la surface, comme ces mini-bombes lachées dans les champs sous forme anodine de jouets et qui pêtent en arrachant des jambes. Faire appel commercialement à ces couches intermédiaires et basses du cerveau est déshonnorant pour ceux qui utilisent de telles méthodes mais ils n'ont déjà pas d'honneur et ignorent même l'existence de ce mot comme ils ignorent celui de "dignité".
Nous ramènent également à l'hypertrophie du cerveau limbic tous les groupuscules, agences et organes de presse qui, sous pretexte de libération des moeurs et d'évolution sociétale, font descendre le degré de conscience des citoyens au dessous de la ceinture et s'en gargarisent. Ils se réclament de l'intelligence alors qu'ils en sont restés au stade anal des petits enfants. Ils se réclament de la pensée critique alors que toute leur démarche est faite pour que les personnes restent enchaînées à leurs émotions. Nous sommes entrés dans l'ère limbique de plein pied, en vouant aux Gémonies tout ce qui pourrait contrarier cette décroissance voulue.
Alors que le monde nous vend un Eros frelaté, l'Eglise nous souhaite une Agapé sereine et joyeuse. Alors que le monde nous bourre le crâne en nous persuadant que nous ne sommes que des grains de matière nés du hasard et voués à une jouissance sans fin, le Christ nous entraîne vers le Logos créateur qui promet la vraie joie permanente à côté de laquelle la jouissance sexuelle n'est que de la rigolade. Alors que le monde nous souhaite des fêtes orgiaques, Dieu nous accorde la Communion des saints.
Loin de refuser la chair, bien au contraire, il nous appartient de l'assumer au plus haut point, en la maîtrisant, en la forçant à devenir l'instrument de notre croissance spirituelle plutôt que d'être l'instrument de notre esclavage. Telle est la vocation humaine : glorifier la Création à travers la chair, en la portant en communion avec l'autre, puis le Tout Autre.
La glorification de la chair, c'est ce qui se passe à Noël, fête de l'Incarnation de Dieu.
23:15 Publié dans Le monde à l'envers | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Pornographie, Incarnation, Noël, Christianisme, Cerveau
mardi, 11 juillet 2006
Ceci est mon corps
J'évoquais récemment le pillage de la culture chrétienne au profit d'opérations mercantiles. Les chrétiens n'égorgeant pas, ne coupant pas les mains, ne brûlant pas de drapeaux, il n'y a nulle raison pour que cela s'arrête. Bien entendu, les actes de christianophobie, même larvée, paraissent normaux car nous sommes au coeur d'un continent qui fut chrétien avant de verser dans l'apostasie. Cela fait partie des expressions populaires, de notre culture. Ceux qui font ces couvertures de magazines ne savent même pas ce qu'ils font. Donc, "Père, pardonne-leur".
Mais enfin, le magazine Enjeux Les Echos, magazine très sérieux d'économie, nous avait habitué à plus de tact. Se plaçant dans le prolongement de SAMSUNG, du film AMEN, de l'affaire MARITHE GIRBAUD, il nous offre cette affiche ambigue. Ambugue non pas par le texte, non pas par la photo, d'ailleurs très belle, mais par l'alliance des deux et de ce que cela évoque pour les chrétiens.
"Ceci est mon corps" est une des paroles du Christ instaurant le sacrement de l'Eucharistie lors de la Cène, c'est à dire son dernier repas. L'Eucharistie, c'est le don de Dieu aux hommes, le don de l'Eternité à travers ce qui est éphèmère et qui se mange, le don de l'immatériel à la matière. A travers le petit morceau de pain blanc tout pauvre que le prêtre offre de sa main indigne, c'est le Christ en personne qui vient à nous et s'offre à nouveau.
Dans la couverture du magazine, rien de tout cela. Passons sur la nudité, cela ne choque personne et moi en premier car nous sommes nés nus et nous retournerons nus à la terre. Le corps est beau car il est d'essence divine. D'essence divine mais pas à diviniser. C'est là que le bât blesse car le dossier porte justement sur la divinisation du corps pour lui-même. Notre époque, réduite à la matière ne se rend plus compte que l'Homme est corps ET âme, pas l'un ou l'autre. Diviniser le corps, c'est se l'approprier pour soi-même et uniquement soi-même (même s'ily a un reflet qui transparait dans le regard de l'autre). Où donc est le don dans ce renfermement de mollusque ?
Notre corps nous appartient-il ? En sommes-nous l'auteur ? La réponse à ses deux questions est NON. Nous ne sommes que le dépositaire d'un patrimoine corporel qui nous a été donné et que nous devons transmettre au mieux en en prenant soin de ce qui nous a été confié.
Surtout, en détournant la phrase du Christ reviennent en mémoire les slogans féministes disant exactement les mêmes choses pour ouvrir la brêche du drame de l'avortement, considérant que les cellules de l'être humain en gestation n'étaient que des tumeurs à éliminer selon les souhaits des personnes qui les portaient. En disant "Ceci est mon corps", nous interdisons à autrui, insignifiant petit autrui, de dire la même chose.
Il est simplement dommage que Les Echos aient pris ce titre pour un dossier interessant.
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Sommaire repris du site Les Echos
34. Ceci est mon corps
Beauté, santé et jeunesse régentent nos sociétés modernes. Au-delà de l'émancipation des corps, un nouveau conformisme n'est-il pas en train de naître ?
40. A CORPS PARFAIT
Inspirées par les médias, entretenues par la société,
les normes de beauté et de santé s'imposent jusque
dans l'entreprise et modèlent l'économie.
42. Vingt-quatre heures de la vie d'un corps parfait
52. La santé, un patrimoine capital pour la croissance
58. Etats-Unis : bonne santé obligatoire en entreprise
64. Au travail, l'apparence éclipse la compétence
68. Belle, blonde et mince : la règle d'or des médias
74. TOUS MUTANTS
Transformé par la vie moderne, surentraîné par les sportifs, réparé et fabriqué par la médecine, repensé par la méditation… Voici les dernières métamorphoses du corps.
76. L'homme moderne, plus grand, plus gras, plus âgé
80. Le sportif de haut niveau, vers l'ultime performance
82. L'humain en pièces détachées, bon pied bon œil
86. Le bébé sur mesure, la création sous contrôle
90. L'apprenti yogi, corps et âme en quête d'harmonie
92. ENTRETIEN. Alain Milon
"Dans la cyberculture, le corps n'a plus de chair."
94. LE CORPS SANS LIMITES
D'où est issue l'humanité ? Est-on propriétaire de son corps ?
Masculin et féminin sont-ils les seuls genres possibles ? En mal de repères, l'individu interroge la société.
96. Les origines de l'homme toujours en débat
102. Vie, sexe, mort : à qui appartient mon corps ?
104. ENTRETIEN. Marie-Hélène Bourcier
"Le queer réinvente féminités et masculinités."
18:05 Publié dans Le monde à l'envers | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Christianisme, corps, incarnation
mardi, 27 juin 2006
De l'incarnation
S'étalant en 4mx3 sur les murs du métro, une photo d'un téléphone mobile du dernier cri avec ce slogan : "Imaginez la beauté incarnée". Rien de plus banal que cette surenchère des superlatifs pour des produits qui seront passés de mode dans six mois. Après tout, c'est la règle du jeu de ce monde voué à l'éphémère et il faut rester indulgent et charitable envers les benêts qui salivent à la vue d'une vulgaire mécanique, sophistiquée certes, mais vulgaire mécanique tout de même.
Ce qui m'a le plus interloqué, comme chrétien, c'est encore l'utilisation des concepts de la foi que je professe pour vendre un produit. A défaut de reconnaître ses racines chrétiennes, la société française pille son inconscient.
Si on me demandait à brûle-pourpoint ce que je peux imaginer comme "beauté incarnée", je répondrais : Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme... et par lui tout a été fait !
C'est le vrai sens d'incarner, "qui vient dans la chair". Rien à voir avec des composants électroniques assemblés par des robots sophistiqués.
Alors, qui est comme Dieu ? Quis ut Deus, Mi Ka El ? Certainement pas cette petite mécanique de poche. L'utilisation du concept même d'incarnation rend compte de l'incroyable dégradation de la mystique dans une société qui se prosterne devant le premier veau d'or venu.
Incarnation de la beauté, avons-nous dit ? Peut-être pouvons-nous dès lors réciter cette prière si ancienne qu'est l'angelus dans laquelle se trouvent ces deux versets tirés du prologue de l'évangile de Jean, et qui me font toujours frémir :
Et le verbe s'est fait chair
Et il a habité parmi nous
22:35 Publié dans Chrétiens | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : christianisme, incarnation

