jeudi, 11 janvier 2007
La grande doxologie contre un monde de sots
Dans un sondage paru dans le quotidien La Croix, il est mentionné que simplement la moitié des catholiques croiraient en l'existence de Dieu. Pourquoi sont-ils catholiques ? Comment peut-on se dire chrétien et ne pas croire en Dieu ? Y aurait-il des chrétiens athés ? Si oui, quelle terrible schyzophrénie spirituelle ! Beaucoup se disent catholiques parce qu'ils sont nés dans une famille catholique. C'est un peu une habitude, une tradition familiale et il ne serait pas poli de véxer la grande tante Ginette en disant que l'on ne croit plus en Dieu mais plutôt au Loto ou à la boule de cristal.
Selon ce sondage, je serai classé dans les catholiques extrêmistes car croyant en Dieu et priant. Bon, d'accord, je vais rarement à la Messe car j'avoue que les célébrations avec micro, guitare et rétro-projecteur, je commence à en avoir par dessus la tête mais bon, je me force à aller aux grandes fêtes en me concentrant sur l'Eucharistie et en me disant que le pauvre prêtre qui marmonne son texte comme le Code Général des Impôts a reçu des mains de l'évêque le sacrement permettant d'opérer la Transubstantation du pain en corps et sang de Jésus-Christ. Sans quoi, pourquoi irai-je boulotter un bout de pain azyme alors que la boulangerie d'à côté présente de bien meilleures choses ?
Je suis pratiquant (quand je peux) mais je prie. Discrétement, mais régulièrement. Dans les poches de mes vestes, dans mon porte-monnaie, il y a la médaille miraculeuse de la rue du Bac. Quand je la vois ou la sent du bout des doigts, cela me remet en face de certaines réalités.
Souvent, le matin, après avoir déposé les enfants à l'école, je passe par la petite chapelle de l'église, celle-là même où il y a des rétro-projections de Jésus en couleurs chromo. Je salue quelques instants dans le silence matinal le Saint Sacrement et va mettre un cierge chez ma mère du ciel. Cela ne me prend pas plus de cinq minutes mais ce sont des minutes qui comptent et qui rechargent les batteries pour la journée.
Le soir surtout, juste l'instant avant de sombrer dans le sommeil, quand la tête est déjà sur l'oreiller, je récite la grande doxologie, texte qui m'a toujours plu :
"Gloire au Père, et au Fils, et au Saint Esprit ; comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen"
Mais je le préfère en latin car il a une saveur d'éternité indéniable et une force poétique terrible :
"Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto : sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen."
Avec cette courte prière, j'ai une prière de demande, de remerciement, le rappel de la Trinité et de tout le mouvement du monde. le fameux "in saecula saeculorum" est extraordinaire de profondeur.
[ajout du 26.01.07 : je me rends compte que ce n'est pas la grande doxologie que je récite, mais la petite, la grande étant : "Gloria in excelsis Deo..."]
22:05 Publié dans Chrétiens | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Christianisme, Chrétiens, Foi, Eglise, Incroyance, Dieu, France
Cathophobie ambiante : illustration
Le simple fait d'être chrétien, catholique et pratiquant, passera bientôt pour un délit d'appartenance à un mouvement sectaire. Si mon point de vue est caricatural, ce que je suis prêt à entendre, il n'en reste pas moins que la France vit dans un état ou le fait religieux passe pour suspect. J'ai bien l'impression que la conquête islamique actuelle, et ses cohortes d'intolérance, déteigne sur toutes les autres religions dans un même syndrome : tous pourris, tous opium du peuple.
On peut voir le décalage avec la société française dans les multiples sondages qui sont publiés ça et là. Déjà, dans un récent sondage publié par le Journal La Croix, on pouvait constater que seuls la moitié des catholiques croyaient en Dieu, ce qui est pour le moins surprenant. Dès lors, on peut estimer que la partie restante reste la frange la plus "obscurantiste", "rétrograde" et "ringarde" d'une église moribonde. Dont acte, fermez le ban et transformons ces blocs de pierres que l'on nomme églises en centre musulmans, en maison pour les jeunes ou en salle de ciné.
Reste que l'Eglise est perçue avec un décalage abyssal, que renforce certains sondages. Pour ces derniers, la présentation des questions est très partiale. Sur le site Expression Publique, nous pouvons participer à un sondage intitulé : "Catholique, musulmane, juive : y a-t-il ouverture ou repli des grandes religion ?" (Cf fichier attaché)
D'emblée, avec un titre pareil et compte tenu de l'ambiance laïciste de notre pays, c'est du "pain béni" pour tous les pourfendeurs d'infâme.
Nous apprenons dès la première question qu'il n'y a que 56% d'opinions favorables sur l'Eglise, et les Juifs en recueillent 46%. Les musulmans sont eux à 79%... d'opinions défavorables.
A la seconde question, réponse implicite aux mauvais résultats de la première, nous apprenons que 62% des répondants souhaitent que les religions adaptent leur message pour tenir compte de l'évolution de la société. Donc, la solution est de se dissoudre dans un espèce de bain syncrétique qui ne ferait nul cas d'un être transcendant ayant délivré, et le délivrant encore, un message que les religions ne font que transmettre. Si les religions ne sont que des messagers de Dieu, la société veut être Dieu toute seule.
Nous apprenons que les catholiques ne sont en phase avec la société qu'à 46%, les Juifs à 39% et les Musulmans à 5%. Je dirai que dans les pays Musulmans, ils sont en phase à 95% avec la société.
Viennent ensuite une série de questions destinée à catégoriser les religions. Là, peu de surprise. Selon les internautes, la religion catholique est à mi-chemin entre la tolérance et l'intolérance. Mais, à partir de ce moment, il y a un grave problème méthodologique car à aucun moment l'entreprise de sondage ne définit ce que peut être cette tolérance ou intolérance. Tout dépend du contexte et du sujet abordé. Rappeler une certitude de foi déclenchant des comportements sociaux est bien souvent perçu comme une marque d'intolérance par ceux qui n'ont aucune certitude et qui vivent au vent du relativisme. Reprocher à quelqu'un qu'il roule à 200 Km/h alors que la limite est à 50 Km/h est-il une marque d'intolérance ? Rappeler que les embryons sont des êtres humains que l'on ne peut tuer ni manipuler est-il une marque d'intolérance ? Non, c'est rappeler un principe. Il peut ne pas faire plaisir, certes, mais ce n'est pas de l'intolérance. Par rapport à une dictature de la pensée "inique", tout point de vue contraire est vécu comme une meurtrissure. Dès lors, où se trouve la marque de l'intolérance ? Enfin, les catholiques s'en tirent plutôt bien par rapport à l'Islam parce que là, nous sommes dans le plein choc des civilisations !
La marque de l'intolérance montre son visage dans la question suivante ou 64% des internautes estime qu'il n'est pas normal que les croyants et les religions interviennent dans le débat public. La laïcité est donc comprise comme du laïcisme, c'est à dire l'exclusion de la religion de la vie publique. Or, c'est bien l'inverse qui se produit pour une religion
dont les internautes estiment qu'elle est intolérante, à savoir l'Islam. L'espace public, les institutions publiques et en particulier l'école, font place de plus en plus aux preceptes, en particulier alimentaires de l'Islam. Si l'espace public est vraiment a-religieux, il faut supprimer toutes les marques de différenciation. Ce n'est pas le cas. Et je passe sur les villes où la proportion de Musulmans est très forte, et dans lesquels les élus ont tendance à faire du respect de l'autre le principal mobile pour un renoncement à une laïcité neutre.
Passons sur la question inepte demandant à l'internaute de quel bord politique penche telle ou telle religion. Stupide car une religion n'a qu'un seul parti, celui de Dieu. L'Eglise a depuis longtemps renoncé à ce principe d'avoir un parti catholique. Christine Boutin en a connu les fruits amers et Philippe de Villiers risque fort de voguer dans son sillage. Le National Catholicisme est nul et non avenu. L'Eglise en a souffert sous Franco, quoiqu'on en pense. Mais cette question est quand même infesté d'un sous-entendu car l'Eglise catholique étant vue comme ringarde et réactionnaire, les votes s'orientent sur la droite et, suivez mon regard, surtout sur l'extrême Droite (avec le sifflement entre les dents et le D majuscule).
Ensuite vient une question sur le respect de la loi française où l'on voit qu'à 76% le sentiment des internautes est que les Musulmans ne la respecte pas. Malgré cela, nous avons tout fait pour que les Musulmans soient respectés. "Lèche la main que tu ne peux pas mordre" (vieux dicton arabe teinté d'Islam combattant). Passons, le sujet de ce post n'étant pas l'Islam.
Brusquement, à partir de la question 11, alors que nous parlions jusqu'ici que des trois religions, tout se focalise sur la religion catholique et là, les questionneurs-inquisiteurs rédigent les questions d'une manière très tendancieuse. Le fait de parler de "retour à la tradition" évoque dans l'inconscient populaire une régression sociale. Des décennies de language de "progrès", "avancées" et "luttes" diverses fait paraître le mot "retour" comme marqué au rouge et fait instantanément cliquer sur la réponse que l'on souhaite voir s'afficher, à savoir NON. Qu'importe à l'internaute non croyant et non-catholique le retour à la Traditionnelle Messe de Saint-Pie V ? Il ne connaît pas ce pape au nom rigolo et étrange, il ne sait pas ce que représente une messe et voit la tradition comme un objet exotique non conforme à la marche du progrès. Quant aux catholiques, ils devraient savoir qu'il n'y a qu'une seule et même Messe qui suit plusieurs rites et que les rites, il y a en a une floppée au sein même de l'Eglise universelle, y compris dans les clergés fidèles au pape.
C'est la question 13 du questionnaire qui fait se tenir les côtes : "Par rapport à il y a dix ou quinze ans, estimez-vous que l'Eglise catholique a évolué sur les sujets suivants ?"... Là, attention, ça dépote car les grands juges de la conscience universelle et éclairée montrent le bout de leur nez rouge : homosexualité, laïcité, renonciation aux insignes religieux à l'école publique, l'usage des contraceptifs, le droit à l'avortement, l'euthanasie, le divorce, l'égalité des hommes et des femmes, les rapports avec l'Islam, le remariage, le rapprochement avec les intégristes.
Faut-il y rajouter le viol en réunion, l'extermination d'êtres humains, l'usage des bombes à fragmentation, les executions de masse, la pédophilie (oui, certains membres de l'église essayent d'y renoncer mais le pape est intolérant en les pourchassant !), la zoophilie, la nécrophagie (sacrément intolérante sur ce sujet l'Eglise et pourtant
les chrétiens mangent le corps de leur Dieu !)...
L'internaute digne de foi (si, osons le mot) pense-t-il un moment que sur des questions qui ont longuement été débattues par des générations de théologiens, l'Eglise allait remettre en cause ce qui touche au sacrement (mariage), à la vie (contraception, avortement), tout simplement parce que les sondages lui sont défavorables ? Là-dessus, elle est un roc et heureusement qu'elle est là, d'ailleurs.
Pourtant, paradoxalement, quelques questions plus loin, l'internaute pense à 54% que les catholiques de France sont en phase avec la société (oui, mais ils ne sont que la moitié à croire en Dieu !)
La question 20 est du même acabit et les résultats d'ensemble montre que l'Eglise ne devrait jamais intervenir et que les chrétiens devraient rester des grenouilles bien tranquillement à croasser dans leur bénitier (vous savez, à dire, je croooa, je croooa ). Pas d'intervention sur l'euthanasie, sur l'expérimention sur les embryons, sur le clonage, sur le SIDA (quand on sait pertinement avec certitude que le préservatif ne règle rien, l'attitude de la société est suicidaire mais montre bien que l'attitude courante est celle du chien de Pavlov : on dit SIDA et le bon peuple répond : capote).
Les deux questions suivantes montrent qu'incidemment dans l'inconscient populaire français, l'extrême-Droite est bien catholique puisque ce sont Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers qui sont associés au "parti catholique". Rien n'est plus faux ni dangereux. Il y a sans doute moins de personnes cryant en Dieu au Front National qu'au Parti communiste. Les chrétiens sont au-dessus et redescendent en pluie fine partout. La politique gère les solutions technqiues, pas l'Eglise. Les chrétiens peuvent être de Gauche, de Droite, du Centre, mais ils sont surtout de Dieu. Qu'on ne leur demande pas la schyzophrénique et imbécile attitude d'oublier leur foi chez eux. Dieu, ils le mangent chaque dimanche et l'emmènent donc dans chaque fibre de leur coeur, de leur esprit, de leur âme.
La dernière question résume le sentiment commun : la religion ne sert à rien. Au mieux, c'est une morale de substitution pour les couillons qui ne sont pas capables de penser par eux-même, au pire une aliénation à réprimer.
Affligeant.
20:30 Publié dans Chrétiens | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Eglise, Christianisme, Islam, Juifs, Laïcité, France, Inculture
jeudi, 29 septembre 2005
Salauds d'anglais
Bougre de salauds d'Anglais, maudits rosbifs !
Ah ! Dites-moi, cela fait du bien de se défouler sur nos voisins d'outre-Manche sans passer pour de fiéffés racistes réactionnaires, n'est-ce pas ? Cela faisait longtemps que le monde de la bienséance médiatique ne nous avait pas fait un tel plaisir en faisant un peu sauter la chape de plomb qui pèse sur nos langues. Enfin, on a pû dire ce que l'on pense !
Mais quoi ? Tout simplement que si la Sécurité Sociale est dans le rouge, c'est à cause des Anglais, qui viennent, salauds d'étrangers, se déverser dans nos hôpitaux avec femmes et enfants pour se faire soigner à l'oeil alors qu'ils ont plein de fric au pays natal. Vraiment, pour une fois que l'on peu taper sur les étrangers comme l'a fait Europe 1 ce matin en donnant cet exemple de dérive de la CMU dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité Sociale, on aurait tort de s'en priver.
Mais n'a-t-on pas aussi un peu masqué, un peu seulement et toute proportion gardée, et nonobstant le fait que peut-être, sans exagérer, si on emet le début de l'ombre d'une hypothèse selon laquelle, sous réserve qu'elle soit validée par les instances expertes, le fait que d'autres étrangers pourraient plomber la Sécurité Sociale ? Des étrangers venant de pays exotiques, venus avec des familles nombreuses, que l'on croise faisant la queue en permanence dans les salles d'urgence. Non, bien sûr que non. Alors, je le dis crûment et avec toute la force de la conviction qui m'habite, il faut dire haut et fort que le comportement des Lichensteiniens est anormal !
Europe 1 ne l'a pas relevé non plus, comme c'est dommage et un peu bizarre ! Peut-être cette radio aurait-elle eu un procès sur le dos de la part de l'Association de défense des Lichensteiniens en exil ? A moins qu'elle fasse de l'autocensure mais c'est là un autre débat dans lequel je me refuse d'entrer, étant persuadé que c'est une hypothèse impossible.
15:15 Publié dans Idéologies | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : France, Désinformation, Sécurité sociale, Angleterre, Immigration
mardi, 02 novembre 1999
Europe/USA : le complexe de Gulliver ?
A ceux qui en doutaient encore, et qui ne voyaient dans la domination américaine, qu'un parapluie bien confortable, Claude Imbert, du journal Le Point, vient leur sussurer à l'oreille qu'ils ont tort.
Cependant, M. Imbert, dont il faut louer la plume acérée et les francs propos, nous assène que l'Amérique ne domine qu'à son corps défendant. Certes, c'est une tradition bien implantée aux Etats-Unis que l'application de la fameuse doctrine Monroe. Nous n'avons, européens, pas eus à nous plaindre de la violation de cette doctrine non-écrite. En 1918 et en 1944, nous fûmes bien contents de l'interventionnisme américain.
Cela dit, il n'est pas dit que l'Amérique ait un tempérament non-interventionniste. D'un peuple d'immigrant et de conquérant, on peut s'attendre à tout, au pire comme au meilleur et la politique américaine reflète bien le caractère dual de cette nation. Claude Imbert souhaite que l'Europe se renforce pour faire contrepoids au Gulliver made in USA. Sa méthode est d'abandonner nos refexes d'Astérix pour rejoindre les USA sur leur terrain. Non, je ne suis pas d'accord. Abandonner ce qui fait notre spécificité, ce n'est pas un geste de pugnacité. Il faut au contraire l'affirmer. L'antiaméricanisme primaire est sans doute condamnable mais je pense sincérement que c'est en désignant et en nommant ce qui fait peur que nous arriverons à surmonter nos difficultés. Quant à suivre la voie de l'Amérique, non. J'aime mieux être maître chez moi que chien du maître.
Seuls les poissons morts suivent le courant, les poissons vivants le remontent !
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C'est une première dans l'histoire de l'humanité: l'ubiquité de l'hyperpuissanceaméricaine n'a aucun précédent chez les plus vastes empires des temps jadis. (...) Aujourd'hui, cette domination est à ce point privée de contrepoids qu'elle fait peu à peu glisser l'Amérique, volens, nolens, de la prédominance à l'hégémonie. Toute prédominance sécrète ses poisons. Ici, ce sera l'euphorie missionnaire et la rudesse du shérif. Vous direz qu'on a vu pis. Certes! Mais on a beau se répéter que nous devrions nous réjouir d'avoir au gouvernail d'Occident le grand frère démocratique, l'hégémonie n'en crée pas moins des turbulences. Le peuple américain, d'ailleurs, n'y est pas à l'aise. Plus nombriliste qu'isolationniste, il n'a jamais voulu régenter la planète. Et pour cette raison même, il gère sa prééminence sans ferme ni cohérente vision. Son idéal évangéliste l'incline à un vertueux leadership. Mais, en préposé de fait à la gendarmerie mondiale, de la Corée à l'Irak et d'Israël aux Balkans, il faut bien qu'il donne du sifflet et du bâton. Et là, les soucis commencent: on ne domine pas innocemment.
Ainsi avec l'Europe. S'agit-il pour lAmérique d'un partenaire idéal ou d'une concurrente dangereuse? Le discours officiel est d'en favoriser l'unité, puisque la voici de plus en plus ralliée aux valeurs dominantes de l'Amérique. Mais les Etats-Unis, sous cape, se méfient d'un Vieux Continent ingrat et discutailleur. Ils voient, chez nous, des artistes en savoir-vivre, mais des tire-au-flanc de l'assistance. Bref, Washington - fort échaudé, et pour cause! - doute encore de notre réveil. Jusqu'au dernier moment, il n'a pas cru à l'euro. Et, faute d'une vraie défense européenne, s'irrite de devoir mettre le pied dans la fourmilière balkanique. L'Otan, conçue dans la guerre froide, se globalise et assure en réalité la permanence du leadership américain en Eurasie. Son parapluie s'élargit, mais le Pentagone ne partage guère le manche. Lorsque récemment la docile Angleterre a paru faire de l'oeil à une éventuelle communauté européenne de défense, Washington, sur le moment, a cru s'en étrangler. En fait, comme le géant Gulliver, l'Amérique s'agace de nos Lilliput. Elle nous bouscule. Par exemple à l'ONU fort violentée sur l'Irak. A l'Organisation mondiale du commerce, brutalisée dans les guerres commerciales de la banane, du boeuf aux hormones, sans compter celle des images. L'Amérique, qui modélise le monde avec son veau d'or, la pub, Disney, le jean et le jazz, le modélise plus encore avec l'anglais, qui est de surcroît la langue de l'Internet. Là encore, le dominant... domine.
Sur tous nos différends, cessons donc de pleurnicher et de fanfaronner avec Astérix. Seule une Europe réellement unie pourra défendre sa légitime différence. Le reste est littérature.
Le minable antiaméricanisme français attend depuis un siècle l'effondrement du colosse. Sans doute l'empire américain passera-t-il un jour, comme tous les empires. Mais pas demain matin! Il a ses maladies: la drogue, la violence (1800 000 Américains sont en prison). Surtout, le «dressing » anglo-saxon n'arrose plus la grande salade de communautés de plus en plus disparates. Le Sud et l'Ouest s'hispanisent, le pays devient une étrange « nation-monde ». Mais, pour le moment, il rayonne. En 1899, il y a tout juste un siècle, une énorme vague de confiance dans le bonheur général du XXe faisait rêver des deux côtés de l'Atlantique. On connaît la désastreuse suite... A l'orée du troisième millénaire, l'optimisme américain déferle à nouveau. Cette fois, il ne tient qu'à l'Europe de ramer pour rejoindre Gulliver dans l'île des géants.
Claude IMBERT, LE POINT du 20 mars 1999
21:35 | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : France, Etats-Unis
jeudi, 05 août 1999
Une volonté américaine
Sur les circonstances de la guerre et sur l'incroyable coïncidence de ce conflit avec la fin de l'Otan, on peut se demander si, au final, il n'y a pas eu une volonté délibérée de proroger une domination impériale au frais de petits peuples.
Souvenons-nous qu'au début de l'année 1994, les États-Unis étaient très réticents à intervenir dans les Balkans. C'est logique compte tenu de l'influence profonde qu'a, dans ce pays, les partisans de la doctrine Monroe, c'est à dire de l'isolationnisme. En règle générale, l'Amérique n'intervient que si elle peut rester maîtresse du terrain. C'est ce qu'elle a fait avec l'affaire des Balkans et les incroyables impérities des européens.
Au début de l'année 1994, un obus de mortier explose sur le marché de Markale, faisant de nombreuses victimes. On a aussitôt accusé les serbes de ce forfait et "on" a décidé de faire quelque chose. Le président français de l'époque, avec l'appui de l'opposition, décide de faire appel aux américains.
Jusqu'alors, les États-Unis s'intéressaient intensément à la Turquie pour plusieurs raisons :
1- C'est un accès sur le pétrole du Caucase
2- C'est un château d'eau qui irrigue l'Irak et la Syrie
3- C'est l'accès à la mer noire et la possibilité de bloquer les Russes
4- C'est un peuple de 80 millions d'habitant, consommateurs potentiels
5- C'est un accès incroyable à la turcophonie des ex-républiques soviétiques
La Turquie apparaîssait donc à l'époque comme le pivot de la diplomatie américaine en centre Europe. Cependant, les États-Unis avaient eu de l'intérêt pour l'Albanie et la Macédoine dont les structures déliquescentes leur apparaissait comme un futur ventre mou balkanique.
Au moment où, sur l'initiative de la France, l'Europe fait appel aux États-Unis, il n'a fallu que quelques heures d'hésitation à la Maison blanche et au Département d'État. Les conseillers du Président et les stratèges se sont rendus compte bien vite du parti qu'ils pouvaient tirer de cet appel, en fait un aveu d'impuissance. L'Europe se tirait une balle dans le pied et c'est la France qui appuyait sur la gâchette. Ce qu'il y a de prévisible avec les États-Unis, c'est que lorsqu'ils débarquent, ils débarquent en force et veulent être les maîtres du jeu. C'est une réaction normale compte tenu de leur puissance. Lorsque les rapports de force s'inversent, ils partent illico. Nous l'avons vu en Somalie et nous avons vu aussi que la complexité de la situation au Rwanda a vite fait rendre les armes à la superpuissance. Le marigot africain n'est compréhensible que par ceux qui y vivent !
Les États-Unis ont fait alors le forcing pour mettre en place une fédération croato-musulmane, dans l'objectif de faire plier les serbes. Ils ont bataillé ferme pour armer et renforcer la Bosnie et en faire un État solide, et de surcroît, un État musulman. Cette stratégie s'adressait aussi au monde islamique que l'Amérique courtise pour ses débouchés commerciaux. Elle permettait de faire passer l'Amérique pour autre chose que le Satan habituel car cette fois-ci, les États-Unis aidaient l'Islam. Ils ont donc renforcé le pouvoir de M. Itzebegovic, un des pères du fondamentalisme mulsuman. L'ironie de l'Histoire veut ainsi que celui qui a inspiré l'ayatollah Khomeiny soit devenu l'allié objectif et le protégé du "grand Satan".
C'est a ce moment que l'Europe entière est devenue la vassale de l'Amérique. Comte tenu des budgets militaires alors en cours dans les différentes nations américaines, on s'étonne de constater que l'ensemble des pays n'ait pas réussi à réunir les moyens aéronautiques suffisant pour mener une intervention armée. Ces moyens, les États-Unis les a fourni... et en est resté maître. Les divergences européennes et les arrières-pensées ont divisé les européens. La France aurait gardé un niveau d'équipement militaire correct, elle aurait eu plus les moyens de donner de la voix et les choses n'en seraient peut-être pas où elles en sont aujourd'hui.
L'Amérique a justement conclu de ces atermoiements que l'Europe était incapable de régler ses problèmes internes. Le maintien de l'OTAN au-delà de la date fatidique de 1999 se justifiait donc. Elle se justifiait dans un concept global de sécurité nouveau auquel tous les pays européens ont souscrit sans discuter et avec le fort mouvement démocratique et les débats que l'on sait, c'est à dire le zéro absolu.
Dans ce nouveau concept, ce qui importait surtout aux États-Unis (qui ont quand même une vision a long terme), c'était de prendre pied en Europe centrale pour faire un contrepoids éventuel à des velléités russes. Ont été inclus dans l'OTAN la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie. L'avantage de l'intégration, c'est que la politique de défense, donc la politique étrangère de ces États, passait sous influence américaine avec toutes les conséquences en cascade que cela induisait pour les industries de défense américaine. Par exemple, les vieux MIG ont été remplacés par des F16.
Le bourbier balkanique est venu prêter une main forte extraordinaire à cette nouvelle conception du rôle de l'OTAN. En agissant en sous-main pour armer les mouvement de dissidence (UCK), les États-Unis étaient sûr de maintenir un foyer de fixation de conflit armé nécessitant à un moment ou à un autre leur intervention. La boucle était dès lors bouclée : l'Europe impuissante ne pouvait plus se passer de l'OTAN et l'OTAN s'accrochait comme une tique sur le dos de l'Europe.
Le statut d'esclave coûte cher mais tout le monde l'a approuvé. Honte à vous, principules qui nous gouvernez !
21:35 | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : France, Europe, Otan, Etats-Unis, Serbie, Balkans


Sur tous nos différends, cessons donc de pleurnicher et de fanfaronner avec Astérix. Seule une Europe réellement unie pourra défendre sa légitime différence. Le reste est littérature.