mercredi, 12 juillet 2006

Web porno

medium_heatseek.jpgL'excellent blog TechCrunch vient de diffuser la nouvelle du lancement de Heatseek, un navigateur web exclusivement réservé aux sites pornographiques. Loin de s'en faire les gorges chaudes sur fond de ripailleries, il faut surtout s'en affliger.

S'en affliger car à travers ce "progrès" technologique, les drogués du sexe vont pouvoir bénéficier d'un outil qui leur est entièrement dédié. Selon TechCrunch, "Chaque fonctionnalité est conçue pour rendre la consommation plus agréable et empêcher les gens autour de vous de savoir ce que vous faîtes avec votre ordinateur".

Je faisais remarquer dans un post précédent que le corps humain n'appartenait pas à la personne qui l'occupe, n'étant pas à l'origine d'elle-même. Je n'en étais toutefois pas arrivé au point de croire qu'il appartenait complétement aux autres, dans cette course à la réification de l'être. La marée noire de la pornographie, qui surfe sur la pulsion la plus fondamentale de l'être humain, en particulier masculin, continue d'étendre sa bave.

Entrer en pornographie, c'est comme entrer dans une secte. Les symptomes sont exactement les mêmes. La personne qui s'y complait est liée d'une manière très forte aux images qu'il consomme. Naturellement, les pulsions normales de l'homme l'entraîne vers le désir sexuel mais il est aussi tout à fait naturel et normal que l'eros se transforme en agapé, en amour (relire à ce sujet le début de Deus Caritas Est de Benoît XVI). Cette dernière phase est complètement niée par la pornographie qui, en montrant crûment l'acte sexuel comme une fin en soi, ramène l'homme dans une insatisfaction permanente... et entraîne une surconsommation pour tenter de la combler. Dans la pornographie, il n'y a plus de femme ni d'homme, il n'y a que des objets d'un plaisir désincarné (même si on se trouve au plus intime de la chair). Enchaîner les internautes de cette façon, cela s'appelle de l'esclavagisme et de l'incitation au crime.

Rappelons la phrase de Soljenitsine : « On asservit les peuples plus facilement avec la pornographie que par des miradors. »

Et quelle hypocrisie dans le bas de page du site Heatseek : "We support the fight against child pornography". Honte à vous, négriers du net !

mercredi, 15 mars 2006

Barbarie partout

C'est le règne total de la confusion et de la lâcheté la plus abjecte. Le site salon.com publie les photos ayant donné naissance au scandale de la prison irakienne d'Abu-Ghraïb. Ces photos sont insoutenables et pourtant, elles reflètent l'état moral d'une partie des soldats en poste en Irak, la déliquescence de la conscience.

Au nom du droit et de la morale la plus élevée (et sans doute aussi mâtinés d'intérêts moins reluisants), les Etats-Unis ont fait la guerre à l'Irak pour y établir le summum de l'organisation politique humaine, la démocratie. Au nom de cette dernière, on aurait pû s'attendre à ce que soit respectés les droits humains les plus primordiaux même lorsqu'on est prisonnier. Voeux pieux qui s'écroulent devant l'inexorable montée de la bêtise humaine.

Ce qui nous semble le plus abject dans ces photos, c'est sans doute ces sourires confondants de jeunes étudiants qu'affichent certains soldats, hommes ou femmes. Des photos de jeunes communiants, à qui on donnerait le bon dieu sans confession. Ah ! qu'il aurait plus simple de les voir avec des faces de brutes avinées, des tatouages gothiques, des moustaches de guérilleros. Nous aurions pû alors les dénoncer comme des boucs émissaires, jeter sur eux l'opprobre de l'Occident. Mais non, ils sont comme nous, comme ces piétons que l'on croise dans la rue. Comme le disait le philosophe Guy Coq, il ne me faut pas plus d'un quart d'heure pour sombrer dans la barbarie dans certaines circonstances. Le vernis de la civilisation est bien mince.

C'est photos sont ce qu'il y a de plus abject dans l'âme de l'Homme. Elles font d'autrui non plus une personne mais une chose, un esclave. Tout ce contre quoi le christinanisme s'est battu revient en force dans les visages de ces nouveaux barbares.

Il nous faut relire le texte de Paul Valery (1919) tiré de La Crise de l’esprit.

Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.[…/…] Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d'empires coulés à pic avec tout leurs hommes et tout leurs engins; descendus au fond inexplorable des siècles avec leurs dieux et leur lois, leur académies et leurs sciences pures et appliquées, avec leur grammaire, leurs dictionnaires, leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et les critiques de leurs critiques. Nous savions bien que toute la terre apparente est faite de cendres. Nous apercevions à travers l'épaisseur de l'histoire, les fantômes d'immenses navires qui furent chargés de richesse et d'esprit. Nous ne pouvions pas les compter. Mais ces naufrages, après tout, n'étaient pas notre affaire.[…/…] Et nous voyons maintenant que l'abîme de l'histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu'une civilisation a la même fragilité qu'une vie. Les circonstances qui enverraient les oeuvres de Keats et celles de Baudelaire rejoindre les oeuvres de Ménandre ne sont plus du tout inconcevables : elles sont dans les journaux. […/…]

Ce n’est pas tout. La brulante lecon est plus complete encore. Il n’a pas suffit a notre generation d’apprendre par sa propre experience comment les plus belles choses et les plus antiques et les plus formidables et les mieux ordonnées sont périssables après accident; elle a vu, dans l’ordre de la pensée, du sens commun, et du sentiment, se produire des phénomenes extraordinaires, des réalisations brusques de paradoxes, de deceptions brutales de l’évidence.

Je n’en citerai qu’un exemple: les grandes vertus des peuples allemands ont engendré plus de maux que l’oisiveté jamais n’a créé de vices. Nous avons vu sous nos yeux, le travail consciencieux, l'instruction la plus solide, la discipline et l’application les plus sérieuses, adaptés à d’epouvantables desseins. Tant d’horreurs n’auraient pas ete possibles sans tant de vertus. Il a fallu, sans doute, beaucoup de science pour tuer tant d’hommes, dissiper tant de biens, aneantir tant de villes en si peu de temps; mais il a fallu non moins de qualites morales. Savoir et Devoir, vous etes donc suspects?