jeudi, 11 janvier 2007

La grande doxologie contre un monde de sots

Dans un sondage paru dans le quotidien La Croix, il est mentionné que simplement la moitié des catholiques croiraient en l'existence de Dieu. Pourquoi sont-ils catholiques ? Comment peut-on se dire chrétien et ne pas croire en Dieu ? Y aurait-il des chrétiens athés ? Si oui, quelle terrible schyzophrénie spirituelle ! Beaucoup se disent catholiques parce qu'ils sont nés dans une famille catholique. C'est un peu une habitude, une tradition familiale et il ne serait pas poli de véxer la grande tante Ginette en disant que l'on ne croit plus en Dieu mais plutôt au Loto ou à la boule de cristal.

Selon ce sondage, je serai classé dans les catholiques extrêmistes car croyant en Dieu et priant. Bon, d'accord, je vais rarement à la Messe car j'avoue que les célébrations avec micro, guitare et rétro-projecteur, je commence à en avoir par dessus la tête mais bon, je me force à aller aux grandes fêtes en me concentrant sur l'Eucharistie et en me disant que le pauvre prêtre qui marmonne son texte comme le Code Général des Impôts a reçu des mains de l'évêque le sacrement permettant d'opérer la Transubstantation du pain en corps et sang de Jésus-Christ. Sans quoi, pourquoi irai-je boulotter un bout de pain azyme alors que la boulangerie d'à côté présente de bien meilleures choses ?

Je suis pratiquant (quand je peux) mais je prie. Discrétement, mais régulièrement. Dans les poches de mes vestes, dans mon porte-monnaie, il y a la médaille miraculeuse de la rue du Bac. Quand je la vois ou la sent du bout des doigts, cela me remet en face de certaines réalités.

Souvent, le matin, après avoir déposé les enfants à l'école, je passe par la petite chapelle de l'église, celle-là même où il y a des rétro-projections de Jésus en couleurs chromo. Je salue quelques instants dans le silence matinal le Saint Sacrement et va mettre un cierge chez ma mère du ciel. Cela ne me prend pas plus de cinq minutes mais ce sont des minutes qui comptent et qui rechargent les batteries pour la journée.

Le soir surtout, juste l'instant avant de sombrer dans le sommeil, quand la tête est déjà sur l'oreiller, je récite la grande doxologie, texte qui m'a toujours plu :

medium_Trinite.jpg"Gloire au Père, et au Fils, et au Saint Esprit ; comme il était au commencement, et maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen"

Mais je le préfère en latin car il a une saveur d'éternité indéniable et une force poétique terrible :

"Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto : sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen."

Avec cette courte prière, j'ai une prière de demande, de remerciement, le rappel de la Trinité et de tout le mouvement du monde. le fameux "in saecula saeculorum" est extraordinaire de profondeur.

[ajout du 26.01.07 : je me rends compte que ce n'est pas la grande doxologie que je récite, mais la petite, la grande étant : "Gloria in excelsis Deo..."]

lundi, 25 décembre 2006

Et le Verbe s'est fait chair...

... et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu'il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité" - Jean, 1,14-18

medium_nativite.jpg

Nous n'avons pas découvert Dieu, c'est lui qui nous a cherché et qui s'est révélé, progressivement, doucement, en tenant compte de la liberté insensée et fondamentale qu'il laissait à sa créature. Dieu, l'incréé, celui qui, par définition, n'a ni début ni fin, à qui appartiennent tous les attributs de perfection et que personne n'a vu de ce côté-ci de la mort, Dieu donc, entre dans sa Création. L'artiste entre dans son oeuvre, comme élément fondateur de son oeuvre, comme élément essentiel du tableau qu'il parachève de sa signature en demandant à l'oeuvre de participer à la vie intime de l'artiste. Nul peintre, sculpteur, musicien, danseur, n'est allé aussi loin dans la rencontre.

Si Noël est devenu une fête chrétienne que l'on cache au nom du respect des différences de l'autre et d'un matérialisme abrutissant de crasse consumériste, la méditation sur l'Incarnation de Dieu ouvre des perspectives gigantesques. Des perspectives qui s'ouvrent sur l'infini et l'éternité. En naissant dans la chair humaine, Dieu, par un effet de miroir, montre comment l'Homme peut naître à la vie de Dieu. En deux mots, "si je suis venu à toi, viens également à moi". La main tendue par le Seigneur est une main amoureuse. Elle est une main qui s'offre et s'ouvre. Elle est cette main qui prolonge magnifiquement celle qu'a voulu dessiner Michel-Ange sur le plafond de la chapelle Sixtine, où l'on voit Dieu le Père réveiller Adam d'un geste tendre et plein de force.

Noël, c'est la commémoration de la manifestation au peuple juif du mystère de l'incarnation qui consiste dans l'union en Jésus du Verbe engendré de la substance du Père avant tous les siècles avec l'humanité engendrée de la substance de sa mère dans le monde. Et ce mystère se complète par l'union de nos âmes au Christ qui nous engendre à la vie divine.

Noël, c'est la prise de risque du Créateur des mondes qui s'incarne et se confie entièrement aux mains de l'humanité.  Dieu s'est d'abord donné à une femme, la Femme par excellence, qui a pris sur elle, en son for intérieur et avec la plus manifeste liberté, d'accueillir son créateur et de devenir ainsi sa mère. Ce paradoxe total, incompréhensible par la raison raisonnante, rejeté par les Juifs et les musulmans car trop fou ou scandaleux, est au coeur du message évangélique.

"Accepte, mon frère, de tordre ta logique et d'entrer dans la mienne. Accepte qu'il y ait quelqu'un qui te dépasse complètement. Fais faire un acte d'humilité à ton intelligence et prend les choses comme je te les présente. Sois un enfant comme je fus un enfant courant dans tes allées empierrées, jouant dans la poussière, courant avec mes camarades et me réfugiant dans les bras de ma mère quand les peurs m'angoissaient. Frère Homme, je sais ce que tu es car je suis ce que tu es. Et je suis ce que tu es car JE SUIS et que je t'appelle à être ce que je suis. J'ai fait un petit pas vers toi, fais un pas vers moi. Je suis celui que tu attends de tout ton coeur". Voici, sans offense ni blasphème, ni intention de gnoser, ce que pourrait être le message du créateur vers sa créature mais les phrases sont réductrices quand parle l'infini et, qui plus est, parle de coeur à coeur, sans ce médium pitoyable des mots.

Ainsi donc, ami lecteur, qui que tu sois, où que tu sois, et quelque soit ta relation avec Dieu, et même si tu n'as aucune relation, et que tu veuilles même ne jamais en entendre parler, reçois donc en ce "Dies Natalis" 2006, fête de l'Incarnation de Dieu, tous mes voeux d'espérance, de justice, de miséricorde et de joie profonde. Car mes voeux ne sont que le pâle reflet de ceux que formulent le Seigneur pour nous.

La gloire du Seigneur sera révélée et toute chair verra le salut de notre Dieu - Isaïe 40,5
Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime - Luc 2,14

lundi, 20 novembre 2006

La mort et la beauté

Il m'arrive de penser à la mort, même d'y penser régulièrement. L'époque de la Toussaint, du jour des défunts, favorise cet état d'esprit où l'on réfléchit sur les fins dernières.

L'expression "fins dernières" vise non pas la mort mais l'état après la mort car toute reflexion sur la mort entraîne ipso facto un questionnement sur ma propre identité. La mort est le miroir qui renvoie notre propre identite. C'est un lieu commun de la littérature.

La mort est vue traditionnellement comme un passage. Je me demande également dans quelle mesure elle ne peut pas être prise comme une protection créée par Dieu pour sauvegarder notre liberté. Imaginez un instant d'être, dans l'état où nous sommes, faca à face avec Dieu, avec la beauté totale, absolue, avec la force et la puissance, avec la miséricorde et l'amour. Demandez-vous simplement si vous pourriez résister à ce regard qui se pose sur vous.

Pour ma part, j'aurais l'impression d'éclater, de voler en éclat, de me faire pulvériser. Il ne faut pas moins que la barrière de la mort pour protéger mon regard de la beauté fulgurante de Dieu. La mort est une création de sagesse. A nous de l'apprivoiser et de nous préparer à la rencontre qui va bouleverser ... notre vie !