mercredi, 22 novembre 2006
Borat ou la mise en abymes
Avouons-le franchement : j'en ai encore les zygomatiques frétillants ce matin. Le Film Borat est un excellent dérideur, à condition toutefois de ne vraiment pas le prendre au premier degré. L'outrance et la vulgarité sont les maîtres mots de ce film mais, à travers l'excès et le côté burlesque "extrême", il échappe à la lourdeur si inhérente à un certain type de films comiques. Car Borat s'inscrit dans la lignée des comiques burlesques, rejoignant par là la grande époque du cinéma muet, en même temps que le film d'opinion. Loin du côté moralisateur de Michaël Moore, trop sérieux dans sa critique de l'Amérique, Borat met les rieurs de son côté.
Et les Américains ont fait une ovation au film, ce qui prouve que cette société a tout de même une faculté certaine à l'auto-dérision. Là où cela devient interessant, c'est quand les critiques français annoncent "urbi et orbi" que ce film est un remède contre la pensée unique. Ces critiques étant eux-mêmes les fournisseurs de la pensée unique, serait-on capable de produire un tel film sur la société française, sans voir se mettre en branle toutes les sociétés de vertu républicaines ? Oh, bien sûr, il serait très facile de pourfendre les marroniers que sont "l'extrême droite" et les "intégristes" catholiques mais serait-on assez hardi pour tailler des croupières à l'Islam, à l'immigration, à la société bobo-médiatique, à l'Art Contemporain sans que ceux qui en font partie s'en offusquent alors qu'ils manifestent à longueur d'année sur la "liberté d'expression" ? Pourrait-on faire un tel film sans voir débarquer la Halde, la Licra, le Mrap, SOS Racisme, j'en passe et des meilleurs ? Je ne suis pas sûr de la réponse.
Borat est excessif, soit, mais il fait rire et ce rire est la meilleure "arme" pour parler de sujets et, in fine, sans doute rapprocher les personnes. On en vient à souhaiter un voyage de Borat dans l'exception française. La mise en abymes deviendrait vertigineuse.
07:25 Publié dans Idéologies | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Borat, Exception culturelle, Cinéma

