mercredi, 17 janvier 2007

Christine SOURGINS : Les mirages de l'Art contemporain

medium_sourgins.jpgChristine Sourgins : Les mirages de l'Art contemporain 

L’art du vide

A ceux qui s’interrogent légitimement sur certaines démarches artistiques contemporaines, notamment du point de vue de la compréhension des œuvres, manquait un guide de décryptage de ce que l’on appelle « Art contemporain ».

C’est chose faite avec ce petit livre, dense mais jamais ennuyeux, dans lequel Christine Sourgins, historienne de l’art, expose avec brio les ressorts d’une démarche artistique bien particulière. En effet, la confusion est vite faite, et savamment orchestrée, aux yeux du public entre « Art contemporain » et « Art moderne », le premier se voulant l’exclusif continuateur du second.

Christine Sourgins montre que l’Art contemporain n’est en rien celui que l’on croit être, c'est-à-dire un mouvement artistique équivalent à d’autres plus anciens, qui n’aurait d’avantage que celui d’être le dernier en date. Il est plutôt une démarche intellectuelle reposant sur les fondements destructeurs du surréalisme. Détrônant l’art moderne à coup de surenchères dans les années 60, il s’est révélé sous son véritable visage, à savoir une démarche vide, liberticide et surtout officielle. L’Art contemporain a fait place nette dans les cabinets ministériels et les collectivités locales, chassant progressivement toute autre démarche artistique, plus conventionnelle et classique, au nom de l’audace et de la rupture. Or, ce que montre bien le livre de Christine Sourgins, et qui est très éclairant eu égard aux exemples fréquents qui défrayent la chronique dans ce domaine, c’est que l’Art contemporain ne peut rien construire de lui-même, pris dans sa tourmente destructrice interne. Pour vivre, l’Art contemporain doit être greffé sur un art vivant, afin de pouvoir le consumer de l’intérieur et le vider de sa substance vitale. De même, il se réclame du droit de création pour protéger ses propres déprédations, montrant paradoxalement ainsi que la rupture avec l’ordre établi atteint une limite qu’il ne s’autorise pas à franchir.

La rupture annoncée est en réalité un parasitage en règle qui se développe de manière tumorale sur l’art plus classique mais également dans tout le corps social et dans le domaine intellectuel. Par sa prétention à tout réinterpréter et revisiter, l’Art contemporain entre dans une démarche d’ordre totalitaire, au même titre que les grandes idéologies modernes. Après une première partie didactique identifiant le phénomène qu’est l’Art contemporain, l’auteur va développer sa pensée autour de trois thèmes. Tout d’abord en analysant le rapport de la société avec l’Art contemporain dans lequel sont particulièrement évoqués les errements de l’Etat culturel. Ensuite le rapport, compliqué et subtil entre le spectateur et l’Art contemporain. Dans cette partie sera particulièrement analysée toute la force de subversion qui aboutira à la manipulation de celui qui vient en simple spectateur. Enfin, le troisième thème sera consacré à la sacralisation de l’Art contemporain, vu non seulement comme ultime Eldorado artistique mais également comme seul filtre valable pour tout convertir. Une mention spéciale est accordée aux rapports entre l’Art contemporain et le christianisme. Dans bien des cas en effet, nombre de clercs se sont fait prendre dans les rets du système, souvent en toute bonne foi, en croyant ouvrir les portes de l’Eglise à l’Art – chose que l’Eglise a fait par ailleurs de tout temps. C’était sans compter la volonté systématique de l’Art contemporain de vouloir tout désacraliser et subvertir, sauf lui-même.

Au-delà des facéties de certaines « performances » qui peuvent déclencher la sympathie, l’Art contemporain vu par Christine Sourgins se présente sous une facette « orwellienne » sombre et inquiétante. Le savoir grâce à cet ouvrage est une manière de mettre l’accent, a contrario, sur les autres démarches artistiques pour lesquelles la rupture avec la culture héritée des siècles est contre-nature.

ISBN 2-710327910

mercredi, 27 juillet 2005

Art triste

De l'idiotie comme mécanisme d'éducation à la beauté de l'art.Lundi dernier, j'ai fait une petite pause dans cette bonne ville de Reims pour visiter une des caves de ces grandes maisons de Champagne. Cette fois-ci, c'était le tour de Pommery, dont les galeries rafraîchissantes serpentent dans la craie. Le malheur de ces grandes maisons est que pour des raisons de marketing, elles s'estiment en droit de prendre part à tout et à n'importe quoi. Le n'importe quoi, en l'occurence était une de ces expositions d'art contemporain où le vide le dispute à l'idiotie. Cela tombe bien car, par un effet d'humour - convenons-le, bienvenu - l'exposition s'appelait justement "idiotie". Toute exposition de ce type est accompagnée d'une logghorée incompréhensible au commun des mortels. C'est pour faire sentir qu'il y a d'un côté la race supérieure des "peintur-hurleurs" et de l'autre la multitude des bécasses qu'il convient d'amener à un niveau de conscience démocratiquement supérieur. D'accord, le commissaire de l'exposition, Jean-Yves Jouannais se place sous le patronage de Flaubert en désirant faire oeuvre de continuation du "Bouvard et Pécuchet" inachevé, sommet de l'imbécilité bourgeoise. Cela étant, les crottes de dinosaure et les détritus végétaux me laissent un goût amer dans l'oeil, comme une trace de la dégénerescence de l'art d'occident. Petit florilège.

D'Olivier Blanckart - La Merdlhumanité
"hypothèse pataphysique concernant les représentations préhistoriques d'entités féminines : "le sculpteur primitif n'eut d'autre choix pour réaliser les premières sculptures, que de prendre un double modèle formel. Celui de la femme, comme prêtresse de la forme, et celui de la merde comme signature formelle reliant tout le règne vivant"

Gilles Barbier - Le terrier
"L'image majeure du travail de Gilles Barbier est celle du corps absent, consommateur soumis à tous les sondages et à toutes les sondes. C'est un corps ouvert, écartelé par la science comme par la publicité. Cette transparence ultime créé les conditions d'un monde véritablement pornographique au sein duquel peut exister ce Terrier-ventre, inspiré de Kafka"

Michel Blazt - Nature molle au raisin
"Michel Blazy intervient esentiellement sur des matières biologiques. Il expose un paysage fait de fruits et de vaisselle éphémère. Entre un tableau vivant et une nature morte, la beauté délicate de la composition invite aussi à assister au lent spectacle de sa dégénerescence."


J'en passe et des meilleures. Sur le papier, c'est presque alléchant, en réalité, tout tombe à plat, tout est mort, tout est triste, tout est sans espérance, tout décrit une humanité enfermée sur elle-même, se gaussant et se repaissant de sa propre imbécilité manifeste. Je ne sais qui est le plus idiot, des artistes qui ont commis ces "oeuvres", du domaine Pommery qui les abrite, des visiteurs qui paient pour les voir, de moi-même qui n'y comprend rien et qui est fier de le faire savoir, ou de tous ensemble.

Quant à déterminer si c'est de l'art, reprenons la boutade de John Cage (lequel s'y connaissait comme dynamitero musical) en guise de définition de l'exposition que j'ai vu :

No subject
No image
No taste
No object
No beauty
No message
No talent
No technique (no why)
No idea
No intention
No art
No feeling
No black
No white (no and).


Idiot, non ?