samedi, 17 septembre 2005
Jean-Luc MAXENCE : L'appel du désert
Jean-Luc MAXENCE : L'appel du désert
Il faut avoir connu le désert pour en parler, l’avoir vécu, physiquement, spirituellement, pour dire son impérieuse nécessité et son exigeant appel. Le désert se donne mais ne se prend pas, ne se prostitue pas dans des catalogues pour touristes en mal de « ressourcement ». Le désert exige beaucoup et s’offre à ceux qui font les premiers pas vers lui. Il devient alors un tremplin, une échelle vers la perfection de cette essence humaine, fragrance discrète et tenace de l’essence divine. Le désert amène naturellement l’homme à la poésie, à l’élévation vers l’inconnu ou l’inconnaissable, à cette poésie mystique que l’auteur de l’ouvrage nous a fait déjà fait découvrir dans une très belle anthologie.
Un proverbe touareg, cité en tête du livre dit que « Dieu a créé un pays plein d’eau pour que les hommes puissent vivre et un pays sans eau pour que les hommes aient soif, et il a créé un désert : un pays avec et sans eau, pour que les hommes trouvent leur âme ». Les pèlerins de l’absolu qui répondent à l’appel du désert sont de cette espèce de rêveurs qui préfèrent contempler les étoiles du ciel pour mieux regarder ensuite les méandres humains. Le désert est en eux bien avant la grande confrontation géographique avec la sécheresse. Les turbulences de leurs vies les ont fait échouer au seuil des questions essentielles qui se posent à l’être après les grands tourments : quelle vocation, quel appel, quel sens à ma vie ? Toute réponse nécessite un cheminement secret en solitaire, aride, amer, confus et bien souvent hors les hommes. Le désert géographique peut figurer le paysage mental de ceux qui le parcourent. Dans la pauvreté apparente du paysage, toute trace infime d’eau, de fraîcheur, d’esprit d’enfance, de foi, prend un relief extraordinaire. Marins, caravaniers, moines, ermites, et nous tous, humbles et grands, peuvent affronter et accueillir l’appel du désert comme la voix – la voie – vitale. Dans nos vocations diverses, des similitudes peuvent être trouvées.
C’est parce qu’ils sont « deux phares, deux étoiles au grand large, particulièrement brillantes dans les ténèbres du doute » que Jean-Luc MAXENCE rapproche le frère universel, Charles de Foucauld, et l’auteur du Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry, « celui qui croyait au ciel » et celui y croyait presque. Confrontant les biographies, les caractères, les conflits, les disparitions, Jean-Luc Maxence nous trace les portraits détaillés, surprenants et attachants de deux grandes figures du XXème siècle qui, ayant épousé les lumières et les ombres de l’histoire, décidèrent de ne plus se laisser porter par le courant du monde mais de le remonter jusqu’à la source. Le désert, dans son aridité terrible, fut une source de vie pour les deux hommes, pour des résultats très opposés. Leurs voix prophétisant dans le désert, y compris le désert humain, nous parviennent maintenant déformées, floues, pour nos époques qui ne savent plus ce que prier veut dire. Remercions l’auteur de nous les avoir rendues à nouveau audibles et si proches.
ISBN-13: 978-2856168387
12:20 Publié dans Lectures | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Jean-Luc Maxence, Charles de Foucauld, Antoine de Saint-Expuréry

