mardi, 10 octobre 2006

Doulce France...

L'article satyrique publié par le site web senegalaisement.com sur "Venir en Europe : mode d'emploi", a été apprécié de diverses manières.

A droite, ce fut la consternation de trouver une liste des bonnes méthodes pour venir dans un supposé Eldorado européen, surtout pour gratter des sous un peu partout sur le dos des indigènes (dans ce sens là, les indigènes ont des visages pâles !). Ce fut un bon argument pour Le Pen de dénoncer la "marée montante" de l'immigration. Vu le contexte  d'invasion actuelle, il faut peu d'arguments au Jean-Marie pour faire monter la sauce. Elle monte sans lui !

A gauche, ce fut l'indignation envers ces "salauds" de Noirs qui osent se moquer d'un système européen "panier perçé" et donnent du grain à moudre aux "fascistes". Des habitants du tiers-monde se moquant ouvertement des tiers-mondistes. C'est un peu le monde à l'envers.

On ne peut que sourire devant le cynisme de l'article. Mais, s'il est ordurier dans ses conclusions et développements, une chose est sûre : il y a de la liberté de ton et d'expression, ce qui n'est jamais condamnable... sauf aux yeux de certains bien-pensants de notre beau pays pour lesquels les Africains sont des victimes.

Car c'est un peu le fond de l'affaire. A la place d'un Sénégalais, je ferai pareil pour échapper à la décomposition d'un pays qui part en quenouille alors que ses dirigeants sont soutenus à bout de bras par les pays occidentaux, et la France en particulier. Nous n'avons que la monnaie de notre pièce. Si j'étais Sénégalais, je ferai des pieds et des mains pour aller dans un Eldorado que je suppose comme tel, même si la réalité de l'affaire est bien plus sordide.

Quand donc aurons-nous une politique adulte envers les pays d'Afrique en leur disant que leurs problèmes politiques et économiques sont avant tout les leurs et pas ceux des anciennes puissances coloniales ? Sans doute quand le personnel politique africain sera lui-même assez adulte pour ne pas considérer l'Occident comme une vache à lait disponible à loisir rien qu'en agitant les mots "esclavage" et "colonisation". Mais pour cela, il faut d'abord que nous considérions l'Afrique avec des yeux un peu plus larges. Le respect des Hommes passe avant tout par le respect des pays et des Nations qui les composent.

Un vieux dicton africain, datant surement de l'époque coloniale, dit que "le Blanc est fort [i.e. pour faire des lois, des codes, des machines, des routes, des systèmes complexes], mais que le Noir est malin". C'est finement vu. Ne reprochons pas aux Africains de tenter leur chance. Regardons-nous d'abord dans les yeux, prenons nos responsabilités et, en même temps que la fermeture totale des frontières, faisons la politique de la main tendue aux pays Africains, pas une mendicité humiliante. Cessons par ailleurs de pleurnicher sur la colonisation et l'esclavagisme. Mon pays a une histoire et je l'assume même si je n'ai connu ni l'esclavagisme, ni la colonisation. Cette histoire est la mienne et je ne la renie pas, je l'assume et je peux également en être fier, à condition d'en méditer les leçons. La première d'entre elle est qu'à force de cracher sur les racines, on fait pourrir l'arbre. Cela pourrait être un proverbe africain !