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mercredi, 24 janvier 2007

L'Abbé Pierre au-delà de l'icône médiatique

medium_abbepierre.jpgLe décès d'Henri Grouès, appelé plus familièrement l'Abbé Pierre, donne lieu à un débordement de sentimentalisme qui évoque les larmes des crocodiles. Comment les plus hautes autorités de l'Etat - en deuil d'un christianisme traditionnel français qu'elles ont renié, ont-elles pû se jeter sur son cadavre pour récupérer une fraction de sa lutte quotidienne en faveur des pauvres, alors que ces mêmes autorités en place depuis des années ne font que peu de choses, somme toutes, pour loger les SDF (dont nombre de français de "souche") ? Cette récupération républicaine est honteuse car l'Abbé Pierre appartient d'abord aux pauvres et à eux-seuls. Il fut leur étendard et leur glaive, leur bouclier et leur manteau, leur chaussures et leur casque. Bien sûr, Henri Grouès avait des opinions politiques très arrêtées, avec lesquelles je ne peux être d'accord. Le militant surgissait parfois, laissait paraître le bout de son drapeau rouge mais son principal drapeau rouge, c'était celui du manteau d'officier romain de Saint Martin.

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Comment ne pas mettre en relief cette proximité entre le geste insensé de Martin, qui savait la condamnation qui l'exposait pour avoir donné du matériel militaire à un civil, et la radicalité évangélique qui a saisit le jeune Henri avant son vingtième anniversaire. Entre les deux hommes, il y avait le regard du pauvre, le regard du Christ. L'Abbé Pierre appartenait au Christ avant d'appartenir à Marx, il le rappelait et défendait son Eglise, même s'il n'était parfois pas d'accord avec Elle, et un peu en marge. Il savait qu'il vivait sous le regard du Christ, dans l'espérance folle de le croiser le jour où son tour serait venu.

Petit collégien, j'ai eu l'occasion de rencontrer l'Abbé Pierre. Je me souviens de sa tête d'icône médiatique - qu'il cultivait tout de même un peu - mais fidèle à ce qu'il semblait être sur les images de la télé ou des magazines. Il avait le verbe haut et parlait des pauvres. Non pas de ces pauvres abstraits qui font l'objet des campagnes se "solidarité", si désincarnées, mais des personnes qui avaient une vie, des amis, de la famille, que l'on croisaient tous les jours. Il nous avait distribué des médailles où - si ma mémoire ne me trahit pas - il y avait une miche de pain d'un côté et le mot "Emmaüs" de l'autre, car c'est dans ce village, en rompant le pain, que les apôtres reconnurent le Christ. Voilà mon souvenir de cet homme que le pouvoir laïc d'une république sans âme et sans pitié pour les plus faibles canonise sans vergogne.

L'Abbé Pierre a choisi la radicalité de l'Evangile, comme les prêtres et les évêques, les moniales et les moines, les laïcs chrétiens du monde entier. Il a appliqué à la lettre les prescriptions du Christ : donner à manger à ceux qui ont faim, vêtir ceux qui ont froid, loger ceux qui sont dehors.

Puissent ses oeuvres éclairer les nôtres... et puissions-nous rester, nous aussi, sous le regard du Christ.