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samedi, 17 septembre 2005

Jacques BENOIST-MECHIN : Ce qui demeure

medium_2841002454.08.3.jpgJacques BENOIST-MECHIN : Ce qui demeure

"Grand connaisseur des armées, Benoist-Méchin a rassemblé ici des lettres de soldats tombés au champs d'honneur lors de la Première Guerre mondiale. Evoquant ces morts sacrifiés, Benoist-Méchin écrit : "Ce qui demeure, envers et contre tout, et qu'aucune main ne saurait effacer, c'est toute la part de leur lutte qui n'était pas tributaire du sort capricieux des armes. C'est l'image de leurs souffrances, de leurs efforts, de leur énergie surhumaine ; c'est l'exemple de la prodigieuse victoire qu'ils ont remportée sur eux-mêmes ; c'est l'incroyable hauteur morale à laquelle ces hommes sont parvenus"

Ces lettres sont un témoignage saisissant sur la guerre de 1914-1918"

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De cet ouvrage atypique, on en retire un profond sentiment d'écoeurement devant le grand gâchis de ce que fut cette "grande saignée". On pourrait porter en citation devant nos élèves analphabètes presque toutes les pages de cet ouvrage, leur expliquer que l'Europe s'est suicidée à ce moment-là. Un suicide non pas tant physique, quoique la démographie a ses lois ineluctables, que moral. C'est une civilisation qui s'écroulait devant nos yeux. Le premier siècle après les Lumières se terminait sur une boucherie incommensurable. Comment ne pas ressentir une profonde émotion devant ces lettres de soldats, écrites dans une langue à jamais perdue, dans des lieux abominables et pourtant, qui expriment la foi et l'espérance des jours meilleurs.

"... Il nous restera de cette tourmente une immense aspiration vers la pitié, la fraternité et la bonté"

"Sache qu'il y aura toujours de la beauté sur terre et que l'homme n'aura jamais assez de méchanceté pour la supprimer. J'en ai recueilli assez pour meubler une vie. Fasse notre destinée que j'aie plus tard à faire fructifier tout ce que j'ai recueilli à présent. Il est une chose que nul ne pourra nous arracher, c'est le trésor d'âme que nous avons amassé"

"Chère mère bien-aimée, nous voici sur l'extrême position d'attente. Je t'envoie tout mon amour. Quoi qu'il arrive, la vie aura eu de la beauté."

En lisant ces lignes, je voyais mon arrière grand-père, Jules, l'instituteur parti au front, écrire à sa femme et à ses enfants.

Voici la plaque qui figure sur sa tombe :

"M..... Jules
Caporal au 276ème R.I.T
Mort pour la France le 7 novembre 1916"

Décédé au fort des Parroches et inhumé au cimetière militaire de Saint-Mihiel, Lorraine