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mardi, 20 septembre 2005
Nicolas JONES-GORLIN : Rose bonbon
Nicolas JONES-GORLIN : Rose bonbon
Kleenex
"Tout ça pour ça ?". Ainsi serait-on tenté de s'exclamer à la lecture de Rose bonbon, dont la parution a déclenché un joli tohu-bohu médiatique. Pourquoi ce livre alors que tant d'autres médiocrités littéraires jonchent les étalages et sont infligés à un public parfois un peu voyeur.
Que de flammes dans la presse, comme celles de Michel Braudeau, membre du comité de lecture de Gallimard : "La censure ne résout rien. Elle attise, au contraire. Elle déclenche la curiosité. C'est la censure qui rend le crime attrayant, la prohibition qui encourage le trafic, sans le tarir. Un citoyen honnête doit être reconnaissant à un auteur de prendre sa part dans l'exorcisme des démons de tous. Mesurer le risque qu'il encourt ainsi. Apprécier le danger bien pire qui consiste à ne pas dire, ne pas voir, ne pas regarder. Un viol commence toujours par un bâillon et un bâton. Le secret est le poison des familles et des nations, comme le silence. Les lecteurs français n'ont pas à être traités en mineurs par qui que ce soit, bleu ou brun." (Libération du 5 septembre 2002).
La vague d'indignation des partisans du "désordre moral" et de la liberté littéraire étant passé, voyons de quoi il ressort et si cette agitation valait la peine. Bref, exorcisons, puisqu'on nous y invite !
Le sujet traite d'un homme enchaîné à des pulsions pédophiles qui conte ses dérives et désirs de repentance dans un délire verbal. Monologue caricatural d'un monstre qui ne peut provoquer que le rejet, et c'est d'ailleurs bien l'intention de l'auteur. Tout le récit porte sur une fuite en avant, une geste personnelle de la terre brûlée, un enfoncement graduel et contenu dans l'horreur jusqu'à l'irréversible qui détruit même le narrateur.
Enlevons le mot pédophile et ce texte ne vaut plus grand chose, l'objet de scandale étant retiré. La vulgarité voulue et l'espèce de "scat" verbal permanent qui jonche les pages ressemble à du sous San-Antonio, si cette comparaison était possible. Dans Rose bonbon, tout sort en vomis, inconstruit, chaotique, spasmodique. On supporte ou on supporte pas, c'est selon, mais le matraquage du "pipi-popo-caca-cucul" à longueur de page fatigue à la longue, et éclabousse plus l'esprit de salissures qu'il ne le rassasie d'une réflexion sur la pédophilie. Ajouter de la fesse n'ajoute pas de talent.
Quant au fond, je suppose qu'une lecture au 10ème degré pourrait en faire une dénonciation de la pédophilie mais, foin de ratiocinations trop poussées, cela n'est finalement que racolage. Car en fait, ce récit s'efforce d'arracher des sourires au lecteur par les jongleries verbales d'un monstre sans foi ni loi, et ce faisant, dédramatise l'aspect purement abject et sordide du phénomène pédophile. S'il y avait une apologie de l'esclavage, même sous forme ludique, les grandes consciences n'auraient-elles pas unanimement condamnées l'ouvrage ? Prenons-le dès lors comme cela, l'itinéraire d'un trafiquant de chair humaine, sans guère de remords.
Drôle de pays vraiment que celui ou les déclarations universelles des droits de l'homme et de l'enfant servent de papier hygiénique à des écrivains en quête de nouvelles "libertés". Que de complaisance décidément pour arriver à dire que l'interdiction de ce roman serait un retour à un ordre moral. Parmi ceux qui occupent le terrain médiatique et la sphère publique, beaucoup, et haut placés, ont eu des tendresses, parfois juste intellectuelles, pour les amoures "mineures". Il y a eut des écrits, des pétitions, aujourd'hui qualifiées d'une "insoutenable légèreté".
On crie aujourd'hui haro sur le baudet pédophile, d'accord, mais le baudet est toujours en rut ! Ah les tartufes. On s'atermoie, on met un joli cellophane sur la couverture du livre et un petit mot précisant que "Rose bonbon est une œuvre de fiction" et qu'aucun "rapprochement ne peut être fait entre le monologue d'un pédophile imaginaire et une apologie de la pédophilie" et bien sûr, que "c'est au lecteur de se faire une opinion sur ce livre, d'en conseiller ou d'en déconseiller la lecture, de l'aimer, de le détester, en toute liberté". Admirable cache-sexe des mots.
Rattrapons seulement ce récit – que l'on a vraiment du mal à appeler roman – par sa seule mise en exergue d'une passion dévorante pour les enfants. C'est cette passion exclusive, monstrueuse, démesurée, que l'on retrouve aussi dans le phénomène pornographique, qui pousse à ne plus voir l'être humain en face de soi mais un objet de consommation, simple mouchoir que l'on jette après l'avoir utilisé et bien entendu, froissé et chiffonné.
La réification de l'être est l'ultime point d'arrivée de la libération des passions et des pulsions. L'auteur de Rose bonbon en est bien conscient quoique l'exprimant de manière fort éructive, et érective si on me permet cette pirouette. Pour le reste, on peut largement se dispenser de la flagellation que nous inflige la maison Gallimard et donner les quelques euros que coûte ce livre à une œuvre qui se bat contre la pédophilie. Si vous souhaitez tout de même le lire, munissez-vous d'un pince-nez, l'odeur est bien faisandée.
ISBN-13: 978-2070766659
09:55 Publié dans Lectures | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Nicolas Jones-Gorlin, Pédophilie

