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lundi, 19 juin 2006

Rebatet, la lumière et l'ombre

medium_rebatet.jpgJe viens de terminer, terrassé, "les deux étendards" de Lucien Rebatet. La fin n'est pas heureuse, laisse un sentiment d'inachevé et de gâchis mais, au milieu de cette boue se dégage l'aventure amoureuse unique de Régis, Michel et Anne-Marie. Anne-Marie, surtout, l'admirable figure dont le filigrane illumine ce roman magique, est un hymne à la féminité la plus tendre et la plus sauvage.

Rebatet n'a jamais pû aller au-delà de ce roman. Il ne le pouvait plus. Avoir tout donné comme cela, dans ce style qui arrache les tripes, est tout simplement fabuleux. Pour me tenir en haleine durant 1300 pages dans un roman qui ne parle que d'amour de la première à le dernière page, il faut avoir un talent énorme, disproportionné.

Au-delà du personnage glauque de Lucien Rebatet, son style est prodigieux. Mais quel anti-clérical, quelle charge virulente contre l'Eglise et le catholicisme... et quel roman chrétien parlant de l'amour le plus brûlant, à travers ses phases spirituelles puis extrêmement charnelles et érotiques. L'être humain dans toute sa démesure de passion entre le ciel et la terre, les deux étendards, au milieu duquel flotte la figure féminine.

Répètons-le avec nos pauvres mots dérisoires : un maître roman du XXème siècle, trop méconnu.