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lundi, 12 septembre 2005
L'usine à idiots
Je retiens toujours la main dans ma poche quand je croise un jeune qui se ballade tranquillement avec un T-shirt ou un sac à l'éffigie d'Ernesto Guevara, dit le "Che". Je la retiens pour éviter deux reflexes pavloviens qui me viennent lorsque je suis mis en réaction avec ce qui touche aux guérillas communistes. Soit je fais le salut hitlérien car le culte du chef me paraît propre à ces guérillas et que ce serait leur rendre hommage que de les marquer par ce salut d'imperator ; soit je colle une baffe. Dans les deux cas, je passerai de toute évidence pour un fieffé réactionnaire, capitaliste, bourgeois, puant, n'ayant de toute évidence rien compris à la beauté de la geste guévarienne qui fit tant pour la liberté du monde opprimé.
Soit, je suis un réactionnaire. J'en assume le qualificatif car un organisme vivant se doit de réagir aux purulations et attaques bactériennes.
Pourquoi donc fabriquons-nous encore ces idiots utiles chers à Lénine dans une sorte d'usine perpetuellement en renouvellement ? Parce que les injustices sont trop criantes et qu'il y a de de quoi foutre tout par terre, répondrons justement ceux dont le sang bout. Heureux les assoiffés de justice et il faut bien avouer que la justice humaine n'est pas le fort des hommes et que nombre de situations sociales absolument scandaleuses mériteraient plus d'attention que la loggorhée verbeuse et diarrhéique d'un entraîneur d'équipe de foot.
Nous fabriquons aussi ces idiots parce que le seul modèle qui leur est offert est un modèle totalitaire. Guévara avait choisi la voie violente. Tous ces pseudos mouvements de libération ont dans la réalité aboutis à l'émergence de régimes dictatoriaux, ne laissant au peuple que la liberté de célébrer la grandeur des dirigeants. Les rêves se sont dissipés dans les couloirs des palais gouvernementaux. Ce que l'on ne voit pas, c'est que le rêve lui-même était corrompus par essence, dans sa prétention à vouloir régir tout le réel à travers sa grille de lecture. Oui, me diront les détracteurs mais l'idéal communiste était juste et tous les pouvoirs qui se sont mis en place n'étaient pas des pouvoirs "vraiment" communistes. J'acquiesce mais tous les pouvoirs communistes qui se sont mis en place se sont transformés en dictature. La coupe était belle mais il a fallu de suite boire la lie, et jusqu'au bout.
La société capitaliste dans laquelle baignent tous les jeunes idéalistes a bien compris le fonctionnement de l'usine à idiots en proposant toute une gamme de produits à l'éffigie du Che, dont les seuls mérites furent finalement de mourir en martyr et d'avoir une gueule d'ange génialement transformée en icône par un bon photographe. Nous en revenons à la société de l'image, superficielle et se dévorant elle-même, marque du zapping apposé sur le front de ses croyants. Les révolutionnaires que croient être ces jeunes sont des marionnettes avec les poches pleines d'euros.
Je leur conseille, lorsqu'ils croiseront un pauvre qui fait la manche avec une haleine avinée et des vêtements d'une puanteur de chacal, de retirer leur joli T-shirt guévarien et de lui offrir. De cette façon, répétant sans doute inconsciemment le geste de Saint Martin à l'entrée de Tours, ils auront fait réellement un geste révolutionnaire. Et cela leur apportera de surcroît la libération du coeur.
09:40 Publié dans Idéologies | Lien permanent | Envoyer cette note | Tags : Idéologie, Communisme, Che Guevara

