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jeudi, 30 juin 2005
Brian ALDISS : Super Etat
Super-Etat : l'Union européenne dans quarante ans
Brian ALDISS
Présentation de l'ouvrage sur la quatrième de couverture :
"Bienvenue au mariage du fils du président de l’Union européenne, le Super Etat qui s’étend de l’Irlande à la Grèce et aux contreforts de l’Est. La mariée a été retenue sur l’Everest par une tempête mais une androïde la remplace avantageusement. (Un seul problème avec les androïdes, ils posent toujours trop de questions sur les humains. Ils sont bruyants, on doit les enfermer le soir dans les placards.) Malgré le printemps, le temps est orageux, mais c’est à cause du réchauffement de l’atmosphère! Le père du marié est très excité par son projet de guerre contre ce petit pays musulman des confins de la Chine, c’est tellement amusant d’essayer des armes nouvelles!
Puis tout bascule: la banquise fond et un raz-de-marée engloutit toutes les côtes de l’Irlande à la Bretagne, la mariée, enlevée, s’amourache d’un terroriste, les Foudéments sèment la panique sur le Net tandis que l’expédition scientifique sur Jupiter trouve une forme de vie et, affamée, la mange.
Un roman de vraie SF intelligent, prémonitoire, noir et drôle."
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Pandémonium
Les ouvrages d'anticipation sont toujours tenus pour d'aimables plaisanteries de la part des auteurs dits " sérieux ". De ce fait, ils ne peuvent être tenus pour prophétiques. Ainsi du " Meilleur des mondes " de Huxley, du " 1984 " d'Orwell. Un principe tacite de non crédibilité des fictions décrites est de rigueur. Cependant, si les hypothèses des auteurs de ces œuvres sont parfois caricaturales, les événements qui nous atteignent dans le monde " réel " leur donne bien souvent un arrière-goût de raison. Lire aujourd'hui le " Meilleur des mondes " provoque insensiblement un malaise ou une sensation terrible de vertige. Si nous nous complaisons à nous plaindre que les sociétés humaines contemporaines sont souvent au bord du gouffre, les œuvres d'anticipations nous font faire un grand pas en avant !
Auteur de nombreux essais, critiques et historiques du genre, anthologiste et écrivain, Brian Aldiss occupe une place de tout premier plan dans la science-fiction britannique depuis les années 60. Il est l'auteur reconnu de la trilogie d'Helliconia et l'instigateur direct du film A.I (artificial intelligence) de Steven Spielberg. Son œuvre tourne principalement autour de la réalisation d'utopies, extra-terrestres ou non. C'est justement l'objet de son dernier roman traduit en français : " Super Etat, l'Union européenne dans quarante ans ". Le titre sonne comme un intitulé de rapport officiel sorti des plus grands instituts de prospective mais le contenu n'incite pas à l'optimisme. Le Super Etat en question s'étend de l'Irlande à la Grèce et aux contreforts de l'Est. Son président est un mégalomane très excité par son projet de guerre contre un petit pays musulman des confins de la Chine (c'est tellement amusant d'essayer des armes nouvelles!). La guerre y est vue comme une distraction politique mineure. Les enjeux politiques internes au Super Etat sont minimes, la démocratie n'étant bien défendue qu'entre les mains d'une oligarchie dont on imagine le philanthropisme. La société civile, quant à elle, dérive au gré des comportements " normaux " ou normés que le vent de l'époque impose. Les mariés peuvent se faire représenter par des androïdes, la jet set est égale à elle-même, les riches sont très riches et les pauvres plus pauvres encore grâce au programme communautaire d'aide sociale. L'art suit la même pente. La télévision assure la " cohérence culturelle " que l'on imagine mais la lecture obligatoire est promue par la distribution gratuite d'œuvres inoffensives, celles du bon Monsieur Nietzsche par exemple. Les bateaux des immigrants sont tout simplement coulés… avec leurs occupants, bien entendu. La monnaie est unique et s'appelle l'univ (toute coïncidence avec des faits réels est bien sûr fortuite). Les clergymen, ou ce qu'il semble en rester, psalmodient un préchi-précha insipide, suant les bons sentiments et digne d'une psychanalyse de comptoir. En bref, un monde " parfait " où règne une administration débordante pétrie d'intentions généreuses. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Le grain de sable arrive cependant car avec le réchauffement de la planète, la banquise fond et un raz-de-marée engloutit toutes les côtes de l'Irlande à la Bretagne, la fille du Président s'amourache d'un terroriste, un groupe à tendance anarchisante sèment la panique sur le Net tandis qu'une expédition scientifique expédiée sur Jupiter trouve une forme de vie et, affamée, la mange. Le Super Etat que l'on croyait policé se transforme dès lors en Pandémonium, copie conforme de la capitale de l'enfer décrite par Milton dans son œuvre Paradise lost.
Ce n'est pas le meilleur livre de Brian Aldiss. La lecture en est très hachée et le style commun, sans relief. Ce n'est pas non plus le meilleur livre d'anticipation sur le sujet. Le lecteur pourrait légitimement lui préférer les livres plus noirs et mordants de Norman Spinrad (Jack Barron et l'Eternité, Rock Machine) ou ceux de Robert Silverberg (Les monades urbaines). Cependant, ce roman est racheté par les courts et savoureux dialogues entre les androïdes qui cherchent à comprendre la " condition humaine ". Quelques personnages hauts en couleur tentent également de vivre une vie tout simplement humaine, donc rétrograde, dans un univers en marche vers une course à l'abîme. L'humour est décalé, caustique. Nul ne souhaiterait que ce roman soit prémonitoire mais en ces choses-là, rien n'est jamais sûr et le pire est toujours à prévoir selon la fameuse loi de Murphy, bien connue des humoristes : " S'il existe deux ou plusieurs manières de faire quelque chose et que l'une de ces manières est susceptible de se solder par une catastrophe, on peut être certain que quelqu'un se débrouillera pour la choisir. ". Quelle époque formidable !
ISBN: 286424442X
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