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lundi, 14 mars 2005

Cène de jalousie

A défaut de sang, cela fait couler de l'encre, ce qui en soit est déjà un très bon résultat. Quoi donc ? Cette simple affiche dont la pose des personnages rappelle pour beaucoup la Dernière Cène, le tableau de Léonard de Vinci :

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Et bien entendu, l'usage de cette image n'a pas été autorisée, ce dont s'offusque l'inénarrable journal Le Monde, journal satirique quotidien dont beaucoup croient encore au sérieux, à l'objectivité et à l'indépendance, en publiant un entrefilet. Cette fois-ci, c'est l'ordre moral qui pointe son nez, sous les cris outré des dévôts :


La Ligue des droits de l’homme (LDH) a dénoncé, vendredi 11 mars, « un retour de l’ordre religieux », après la décision de la justice d’interdire l’affichage d’une publicité des créateurs de mode de prêt-à-porter Marithé et François Girbaud qui présentait une libre interprétation de « La Cène » de Léonard de Vinci. Les magistrats avaient donné raison, le 10 mars, à l’association Croyances et libertés, représentant l’épiscopat, qui avait saisi en référé le tribunal de grande instance de Paris (Le Monde du 12 mars). « Cette décision d’interdiction est une scandaleuse régression », écrit la LDH dans un communiqué. Il s’agit d’« une atteinte délibérément disproportionnée à la liberté d’expression de la publicité, laquelle ne devrait avoir de comptes à rendre qu’aux artistes qu’elle pille pour vendre ». Pour la LDH, ce jugement restaure « le délit de blasphème » et signe « le retour de l’Inquisition ».La société Girbaud ayant annoncé son intention de faire appel de la décision, la LDH indique qu’elle « interviendra (…) aux côtés des publicitaires ».


Quoi, la République laïque donnerait raison à une bande d'affreux calottins, représentants d'une monarchie théocratique qui n'a même pas compris que le préservatif était le zénith de la pensée des Lumières. Diable, où allons-nous si même les publicitaires ne peuvent saccager les images pieuses ? Il est vrai que l'Eglise elle-même, à travers des ouvrages comme ceux de Mgr Rouet sur l'art contemporain et la foi, pouvait seule sauter à pieds joints sur son fondateur !

On peut supposer que la Ligue des Droits de l'Homme soit une organisation où la tolérance et l'anti-fanatisme s'affichent, de même que la tempérance qui semblerait être une seconde peau chez de si zélés défenseurs des droits humains. Oui mais c'est sans compter les saintes colères de ses dirigeants. Il faut bien examiner les termes employés pour se rendre compte que le progrès humain est définitivement en marche vers une aube dorée où tous les hommes pourront jurer et sacrer en piétinant la foi d'autres hommes, surtout si ces derniers sont des catholiques. Bref, à bien y réfléchir, le catholique n'est pas vraiment un homme et rien ne vaudrait une bonne euthanasie pour calmer les partisans de l'Infâme !

Donc, respecter l'opinion et la foi d'autres hommes est "une scandaleuse regression" ! Sage décision qui ouvre des perspectives assez interessantes.

J'aime particulièrement bien ce passage qui ouvre dans mon esprit des abîmes de reflexions : « une atteinte délibérément disproportionnée à la liberté d’expression de la publicité, laquelle ne devrait avoir de comptes à rendre qu’aux artistes qu’elle pille pour vendre ».

Bien entendu, ce cher Léonardo n'est pas là pour entendre de telles absurdités, et encore moins pour défendre un droit d'auteur qui n'existait pas à l'époque. Mais poussons un peu plus loin le bouchon. Qui est finalement l'auteur de la Cène ? Leonardo ou le Christ ? Leonardo n'a fait que représenter un événement qui eut lieu bien avant sa naissance. Le véritable auteur de la Cène est bel et bien le Christ et c'est donc à Lui et à Lui seul que la publicité et ses publicitaires devraient rendre compte. La situation est cocasse, avouons-le et je ne doute pas un instant de la mansuétude de Jésus envers les griffoneurs dénués d'imagination qui ont singé le moment où il faisait un don entier de son être à toute l'humanité. Certains proclament les droits de l'homme à en faire pêter la glotte contre la calotte et d'autres donnent leur vie pour que les hommes accèdent à l'éternité. Ce n'est pas un gribouillage de publicitaire qui reviendra là-dessus.

Passons sur les imbécilités habituelles : "délit de blasphème", "retour de l'Inquisition". Les petits Fouquier-Tinville ergotteux et merdaillons ont toujours eu des éructations etronesques. Imbéciles, si blasphème il y a, vous devrez en rendre compte non pas devant de pauvres juges humains mais devant le créateur des mondes connus. De toute manières, comme vous n'y croyez pas, que cela vous chaut ? Quant à l'Inquisition, le mieux serait un peu de se moucher avant de plonger le nez dans les études historiques dignes de ce nom. Si l'Inquisition a eu tort lorsqu'elle fut détournée par les pouvoirs politiques - profitant de l'incurie de l'Eglise - rien ne peut dépasser les crimes commis au nom de la Liberté dans le monde. Là, effectivement, il y a quelques dossiers à creuser plutôt que de pleurnicher sur une image.

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