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vendredi, 15 février 2002

Tolérance : dire Amen à tout ?

medium_amen.jpgSur les murs parisiens commence à se monter l'affiche du film de Costas-Gavras, Amen, qui n'est que l'avatar filmé de la pièce scandale "le vicaire", de Rolf Hochhut, parue en 1963 et sensée dénoncer les silences de l'Eglise catholique romaine sur l'extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale.

Osons le dire, au risque d'en mécontenter, l'affiche est très réussie. Du point de vue de l'impact visuel, elle est d'une force terrible. Tout le sujet du film s'y trouve résumé, et aussi la manière dont le film a traité le sujet. Le rouge des croix entremélées a une signification de sang, de pouvoir, de violence, et le noir est le néant, l'ombre, la nuit et le silence. Le concepteur de l'image connaît fort bien son métier et le met en application avec une efficacité redoutable. Dommage que ce talent soit si mal utilisé, ou à des fins si basses.

Les ennemis de l'Eglise instrumentalisent dangeureusement la Shoah pour leurs basses oeuvres. Osons espérer que les dignitaires israélites monteront au créneau pour stigmatiser cette récupération. L'Eglise a souffert du régime nazi, régime profondément anti chrétien et antisémite. Si les Juifs ont subis atrocement le calvaire de cette époque, les chrétiens en eurent leur part. Citons pour mémoire, dans la longue file des martyrs et suppliciés, Saint Maximilien Kolbe entre autres.

Les travaux historiques sur cette période, s'ils restent encore à compléter, démontrent que le "silence" fut plus subtil qu'il n'en a eut l'air, ou bien alors, au nom du "silence", il faudrait traduire devant les tribunaux d'exception tous ceux qui n'ont rien dit et qui n'ont découvert la réalité des camps que fort tard.

Il faudrait aussi accuser tous les conducteurs de trains, la gendarmerie, les juges, les anonymes qui fermèrent les yeux quand les wagons à bestiaux se remplissaient de leurs voisins. L'Eglise a toujours agit avec prudence en ne souhaitant pas aggraver une situation déjà tendue. La prudence est-elle un silence ? Faut-il agir discrétement ou sous le regard des foules et des médias ? Des ombres, il y en a dans l'histoire de l'Eglise et elles sont inacceptables au point de vue de la foi. Les ombres sont les griffes qui déchirent encore et encore la tunique du Christ. L'Eglise n'a jamais été et ne sera jamais du côté des barbares dont l'idéologie n'a de but que de ruiner l'homme. Elle a été martyrisée durant la seconde guerre mondiale et même avant pour son engagement contre le nazisme (L'encyclique de Pie XI dénonçant le nazisme : mit Brennender Sorge est lue sous le manteau [texte intégral en français] [article sur cette diffusion].

L'amalgame de cette affiche de cinéma est au final intolérable pour les chrétiens. Assimiler la Croix du Christ à la croix gammée suggère fortement que les chrétiens sont des nazis, des persécuteurs, des racistes et des antisémites. Plus le mensonge est gros, plus il laisse des traces. Salissez, salissez, il en restera toujours quelque chose. Les crachats, les chrétiens les connaissent depuis la Passion du Christ. Leur action dans le monde sera toujours un signe de contradiction.

Après la lecture de l'encyclique de Pie XI, le régime nazi s'est déchainé contre l'Eglise. En 1942, une circulaire confidentielle de Martin Bormann, Reichsleiter, tire avec une rage froide les conséquences de la condamnation pontifical de 1937 : « Les conceptions nationale-socialiste et chrétienne sont incompatible. Les Églises chrétiennes forment l'homme dans l’ignorance et s’efforcent d’y maintenir la majeure partie de la population, car c’est pour elles la seule façon de conserver leur pouvoir. Par contre le national-socialisme repose sur des bases scientifiques (…) Il en résulte que nous devons empêcher le renforcement de croyances religieuses déjà existantes et l’encouragement des croyances naissantes, en raison de leur incompatibilités avec le national-socialisme. Il n’y a pas lieu de faire ici de distinction entre les diverses confessions chrétiennes. (…) Il faut limiter de plus en plus le champ d’action des Églises et de leurs ministres. Les Églises ne se laisseront bien sûr pas faire, et réagiront à cette perte de pouvoir, mais elles ne doivent jamais plus retrouver leur influence sur le destin de la nation. Cette influence doit au contraire être brisée complètement et pour toujours. »

A en lire la lettre de ce dignitaire nazi, le programme national-socialiste semble particulièrement bien en cours de réalisation dans les milieux incultes de la culture. L'Eglise gêne toujours. Il faut la discréditer, par tous les moyens. La liberté de parole que revendique à juste titre des réalisateurs comme Costa-Gavras doit être corrélée avec la responsabilité et la recherche de la vérité. Or cette affiche -réussie, je le redis - est un pur mensonge de la propagande la plus grossière. Après tout, ce genre de technique marche encore, même et surtout dans notre époque sur-communicante. Pourquoi donc s'en priver ?

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