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lundi, 17 septembre 2001

Le premier jour du XXIème siècle

Le 11 septembre 2001 semble devenir réellement le premier jour du XXIème siècle. Jusque là, ce premier jour était fixé le 25 décembre 1991, date à laquelle le drapeau rouge sang de l'ex-URSS fut amené pour la dernière fois à Moscou.

Le siècle finissait par l'écroulement d'une hérésie de l'esprit et l'on s'attendait à voir poindre l'âge d'or d'un nouvel ordre mondial où les États-Unis d'Amérique auraient pris la tête du peloton. L'événement de New-York, cet ignoble attentat qualifié par la presse d'hyperterrorisme, sonne douloureusement le glas de cette douce illusion. Un pas de plus à été franchie vers les ténèbres. La tension politique, générée souvent par une politique américaine peu précautionneuse et d'une intransigeance hautaine, alliée à des rancoeurs de longue date et un islamisme dur comme un diamant glacé, s'est libérée en un torrent de pure haine.

L'Occident était visé : l'Occident païen, dépravé, matérialiste, hédoniste qui nous offusque et nous pollue le peu de pureté qui nous fait sortir la tête de l'eau, mais aussi l'Occident chrétien, riche de ses civilisations, de son art de vivre, de son histoire, de ses tolérances si douloureusement admises au cours de guerres sanglantes. Ne nous trompons pas de camp. Si critique que nous soyons envers l'Amérique, nous sommes toujours avec les américains, avec ce peuple de pionniers dont l'histoire, neuve et entachée d'ombres, fait aussi partie de notre histoire européenne. L'Amérique, ce n'est pas l'empire américain, c'est le peuple américain. Nuance.

L'Europe doit faire face à cette tragédie avec sa vocation propre : raffermir ses racines spirituelles, armer sa volonté. Ce ne sera pas en faisant du suivisme béat, ce sera en consolant fraternellement nos cousins d'outre-Atlantique et en conseillant souplement mais fermement. Encore faut-il que la politique de nos dirigeants aille dans cette voie. Peut-être l'électrochoc du WTC sera-t-il bénéfique, dessillera-t-il les yeux ? C'est en tout cas le moment de prendre conscience que le pacifisme sirupeux n'a pas sa place. Au nom du "drouadelommisme", on en est venu soit à tout supporter, soit à adopter une attitude partiale, engendrant une injustice légitime, terreau de tous les fanatismes.

Quand l'idée, laïque ou religieuse, se meut en fanatisme, en absolu glacé, quand elle n'est plus qu'un système ou une théorie, sans relation aucune avec le réel, quand l'appel de la pureté tend à détruire le monde, alors vraiment, le danger est présent. Cathares, hérétiques, communistes, islamistes, républicains, chrétiens, tous ont connu cette tentation séduisante de réformer le monde qui est pour le conformer à ce qu'on imagine qu'il doit être. "Je t'offrirai tous les royaumes de la terre" : cette tentation de la puissance absolue guette nos civilisations. La haine du monde et de l'Homme, l'adoration de l'intelligence et de l'idée pure est une marque du Mal. Ce mal traverse chacun de nous, il est plus ou moins enfoui et rejailli par bouffées sporadiques. Dieu ne s'est pas fait Homme (folie ou scandale) pour tout bouleverser mais pour tout accomplir, pour assumer pleinement cette imperfection apparente qui est notre condition. L'Islamisme, l'appel à la pureté absolue et la soumission sans condition à cet appel, germe en chacun de nous, faisant remonter qui la race, qui la foi, qui l'argent, qui le pouvoir, qui la croisade et la guerre sainte. Chaque fois que nous cédons à cette tentation, nous nous renions.

Que les États-Unis d'Amérique ne versent pas dans l'islamisme des droits de l'Homme au nom d'une morale abstraite qui leur sied mal. Que le temps du deuil, pour cette catastrophe indicible, marque de la folie des hommes, soit un temps d'appel à la sagesse et à la justice. Que la riposte ne soit pas une riposte de voyous mais un acte de justice, dur et ferme, mais équitable.