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vendredi, 01 janvier 1999

Henri Hude : La dérive idéologique de la démocratie

Extrait de "101 thèses sur la liberté de l'éducation"

Quand il conçoit la liberté humaine comme un absolu radical qui requiert un autonomisme complet, l'homme cesse d'être raisonnable. La forme d'excès intellectuel, moral et politique propre à ce genre d'homme a pour nom idéologie. Mais l'idéologie n' est pas absolue quand elle peut encore se présenter comme vérité.

L'idéologie ne devient absolue que quand elle se présente comme absence de vérité au nom de la liberté. C'est alors que l'idéologie absolue (relativiste- absolutiste) est exactement le contraire de la liberté de l'esprit et que la démocratie substantiellement identique au totalitarisme.

Quand l'idéologie absolue s'empare d'un esprit, la culture obéit à une loi d'entropie dont le résultat et l'état terminal peuvent être décrits ainsi: la loi morale en son objectivité finit par paraître contraire à l'idée même de la liberté; l'homme se livre à la recherche indéfinie des satisfactions sensibles (hédonisme); il milite pour la destruction de toute autorité raisonnable susceptible de s'opposer à la satisfaction de ses instincts (anarchisme); il se décompose en tant que personne dans une immoralité qui aboutit au désespoir (nihilisme); il cherche un substitut de sens dans la jouissance morose de l'absence de tout sens (héroïsme pessimiste); il finit par rechercher des formes de spiritualité culminant en l'abolition de la personnalité morale.

Si les esprits vent par là, les procédures démocratiques ne seront pas appréciées pour elles-mêmes, mais en tant qu'investies d'une valeur de négation symbolique du principe d'autorité ou en tant que représentation symbolique d'un idéal d'autonomisme humain absolu. La démocratie deviendra alors « idéologique ».

La démocratie idéologique tend à devenir une démocratie absolue. L'idéologue veut que tout soit démocratique, au sens idéologique et absolu, parce que tout doit satisfaire sa manie d'indépendance absolue. Pour un être raisonnable, au contraire, la démocratie n'est pas un idéal universel, ni même une institution sociale, mais un ensemble d'institutions incluant une certaine procédure politique, l'élection libre à suffrage universel, jouant un rôle précis dans une société républicaine, puissante, distincte de l'État, accordée à lui, et composée d'individus raisonnables formant un peuple uni dans une culture reconnaissant l'existence des personnes.

La démocratie absolue et idéologique, en général hostile à l'existence de l'école libre, tend à monopoliser l'État, à établir le monopole de l'école d'État, et à faire de la démocratie absolue une sorte de religion d'État.

La démocratie absolue est une forme originale de régime totalitaire. Son originalité réside dans un intéressant caractère paradoxal. Par exemple, c'est une société permissive, mais extrêmement contraignante, anti-autoritaire, mais complètement oppressive, archi-critique, mais incapable de sortir de sa « pensée unique », antidogmatique, mais archi-dogmatique, tant il y est absolument obligatoire de refuser l'obligatoire et d'y obéir à un principe d'universelle désobéissance.

La démocratie absolue et idéologique a son école, l'école idéologique.

Le contenu principal de l'enseignement de l'école idéologique est le relativisme dogmatique. La forme même de la pédagogie est le refus du principe d'autorité. Les résultats en sont l'analphabétisme, le philistinisme, le crétinisme prétentieux et le cloaque moral.

Bien entendu, il n'y aurait rien de plus manipulable que de tels « citoyens ». Le gouvernement démocratique tendrait alors à se ramener à la manipulation de zombies soi-disant autonomes par une oligarchie cynique et libertine. La passion et le préjugé d'autonomie absolue seraient les deux principaux leviers qui permettraient à l'oligarchie idéologique de mener par le bout du nez une masse déculturée qui ne serait même plus un peuple.

Le grand mérite de l'école libre est de contester, par son existence même, la dérive de la société libre vers la démocratie absolue. L'une des vocations de l'école libre est de former les citoyens d'une société libre.

Quand la démocratie est idéologique, elle est contraire à la république et à la liberté de l'esprit, elle est contraire à l'idée d'une société libre, c'est-à-dire que le mot de démocratie se met à signifier le contraire de la démocratie. La démocratie devient illégitime dans la mesure où elle détruit la république ainsi entendue. La démocratie trouve donc dans la république son cadre et sa limite.

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